Fonds détournés par les oligarques: L’Algérie ne lâche pas

Fonds détournés par les oligarques: L’Algérie ne lâche pas – malversation, gabégie, détournement,

Le président Abdelmadjid Tebboune, en se présentant à la présidentielle du 12 décembre 2019 (et dont on vient de marquer le deuxième anniversaire), avait pris 54 engagements dont celui de récupérer les fonds détournés par les oligarques qui gravitaient autour de Saïd Bouteflika, et cela en résonnance avec l’une des revendications du Hirak réclamant dans ses marches « la récupération de l’argent du peuple ». « Je sais comment récupérer cet argent, je sais où il se trouve », s’est avancé, alors le président Tebboune, alors candidat, en réponse à la question d’un journaliste qui cherchait à en savoir plus sur la façon avec laquelle il comptait s’y prendre pour remettre la main sur cette masse financière, objet de tous les fantasmes.

Deux années après cet engagement et sans avoir le moindre doute quant à la volonté du président Tebboune, lui- même victime sacrificielle de ces oligarques, force est de constater qu’ « il y a loin entre la coupe et les lèvres » et ces deux années ont permis de dévoiler surtout, aux responsables politiques, judicaires et aux observateurs, combien il est difficile, voire impossible de faire bouger les choses face à un puissant système où l’opacité rime souvent avec la complicité des états où sont déposés ces fonds. Des approches, entourées d’ailleurs d’une grande discrétion ont été initiées par l’ancien garde- des sceaux Belkacem Zeghmati sans pour autant aboutir à quelque chose de palpable, comme il l’avait lui-même admis en pointant ce qu’il avait qualifié d’« Omerta mafieuse » , en référence aux refus de collaboration des autorités judicaires des pays qualifiés de paradis fiscaux.

Deux années après, les choses sont au point mort. Face à un tel mur, les autorités algériennes, doivent-elles renoncer à prétendre récupérer cet argent par la voie de la coopération judicaire internationale ? Visiblement, aucune décision n’est encore prise dans ce sens pour le moment, à en croire les propos de Lotfi Boudjemaâ, directeur des Affaires judicaires et juridiques qui s’exprimait hier sur Echourouk TV. Selon lui, pas moins de 150 commissions rogatoires internationales ont été initiées dans le cadre de la lutte contre la corruption, mais les résultats restent assez mitigés pour laisser envisager aujourd’hui la perspective d’un recouvrement de ces fonds dont on ignore jusqu’au montant.

Reste maintenant le règlement à l’amiable, c’est-à-dire la mise en place d’une négociation, notamment avec les oligarques emprisonnés, pour récupérer au moins une partie de cet argent, en échange d’un allégement de leur peine. C’est un levier que de nombreux pays, notamment en Amérique du Sud, ont utilisé pour récupérer dans des fonds placés des banques offshores, du temps des dictatures dans les seventies. En Algérie, des responsables de partis politiques ont défendu le bien-fondé d’une telle démarche, lors des législatives du 12juin dernier et le débat a rebondi de nouveau lors des élections locales, dans la bouche de Abderrazak Makri, Abdelkader Bengrina et même le très prudent Abou El Fadhl Baâdji qui « a marché sur les œufs » en posant le problème.

La décision est avant tout politique ; elle relève des seules compétences du chef de l’Etat qui doit donner ou non son feu vert, s’il a des assurances que les détenteurs de ces fonds, pour ceux qui sont actuellement en prison, voudraient bien collaborer.

H. Khellifi

L’Est Républicain, 14/12/2021

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