Algérie. Dans l’attente des « révélations » de Hamel

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Abdelghani Hamel et tous les membres de sa famille comparaîtront aujourd’hui de nouveau devant la cour d’Alger. Ce procès est très attendu en raison des graves révélations faites en juillet dernier lors de son jugement en appel.

Abla Chérif – Alger (Le Soir) – L’ancien patron de la DGSN avait, en effet, mis les « pieds dans le plat », accusant l’ancien responsable de la Gendarmerie nationale d’être à l’origine de ses déboires. « C’est Beleksir et ses éléments qui sont derrière cette cabale, déclare-t-il. Je vais vous dire ce que je n’ai pas osé dire. La présidence de la République m’avait demandé de mener une enquête sur son fils car il avait demandé la main de la nièce du Président Bouteflika. Lorsqu’il a appris que la présidence avait ouvert une enquête au sujet de ses enfants à Annaba, il l’a très mal pris et très mal réagi (…) Beleksir et ses éléments ont fait ce que les terroristes n’ont pas pu faire, avec moi et mes enfants ». Le général Beleksir, qui se trouve à ce moment en fuite à l’étranger, fera, un mois plus tard (au mois d’août 2020), l’objet d’un mandat d’arrêt international.

Les propos de Hamel trouvent naturellement de larges échos dans la presse, les avocats s’en saisissent et en font l’élément central de leurs plaidoiries, mais ils semblent en revanche peu influer sur les magistrats qui le jugent et se focalisent, eux, sur les chefs d’inculpation retenus contre le prévenu et sa famille. Abdelghani Hamel, son épouse et leurs quatre enfants sont principalement poursuivis pour enrichissement illicite, abus de pouvoir et blanchiment d’argent. La liste des biens étalée par le président du tribunal laisse en effet sans voix : une villa à Oran acquise en 2006 pour un mondant de quinze millions, un logement acquis dans une coopérative militaire et acheté à 800 millions, une maison de 111 mètres carrés au bord de la mer à Oran, et une autre de 318 mètres carrés à Douaouda, un logement à Tlemcen, un terrain à Staoueli, deux terrains à Oran, 25 comptes bancaires ouverts à son nom dans le cadre de transactions immobilières, plusieurs comptes à la BEA, à Rouiba, El-Mouradia, un logement acquis dans une coopérative militaire et acheté à 800 millions, un logement à Tlemcen, un terrain à Staoueli, deux terrains à Oran et plus d’une quarantaine de comptes bancaires dont 25 inscrits au nom de l’ancien DGSN.

Hamel accuse la police judiciaire d’avoir exagéré durant son enquête. Sa première peine, 15 ans, est revue à la baisse. Il est condamné à douze ans de prison et sommé de verser une amende de 8 millions de DA. Ses avocats introduisent une nouvelle demande de cassation auprès de la Cour suprême en août dernier.

Aux côtés des membres de sa famille, Abdelghani Hamel comparaîtra avec trois anciens ministres poursuivis en qualité d’anciens walis d’Oran, Abdelmalek Boudiaf et Abdelghani Zaâlane, et d’anciens walis de Tipasa et de Tlemcen, Moussa Ghelaï et Bensebane Zoubir. Tous les concernés ont affirmé avoir vécu des «moments de terreur et de pression intenses» pour accéder aux demandes de Hamel.

La particularité du procès qui se déroulera aujourd’hui est liée à une somme d’informations qui circulent depuis plusieurs semaines au sujet de l’intention qu’aurait Hamel d’aller plus loin dans ses révélations. On dit également que son collectif de défense s’est « bien préparé » et qu’il s’apprête à fournir «toutes les preuves de l’innocence de son client». Ces probables nouveautés viseraient à prouver que leur client a bel et bien fait l’objet d’une «cabale». L’espoir de pouvoir obtenir une nouvelle réduction de peine dans cette affaire est d’autant plus grand que le collectif a déjà pu obtenir la relaxe de leur client dans le dossier de Blida. Le 7 novembre dernier, Abdelghani Hamel et l’ancien chef de la Sûreté de la wilaya d’Alger, Noureddine Berrachdi, ont été en effet acquittés dans une affaire où ils avaient été condamnés à quatre ans de prison pour abus de fonction. Les deux hommes étaient accusés d’avoir mené illégalement une enquête sur les bénéficiaires de logements d’une promotion immobilière appartenant à Kamel «el Bouchi» (principal accusé dans l’affaire des 701 kg de cocaïne) et une autre enquête autour d’une affaire portant sur le blanchiment d’argent (125 millions de DA) dans le dossier même de Kamel Chikhi. Les avocats affirment avoir fourni les preuves de la caducité du dossier sur la base duquel les deux hommes ont été poursuivis.

Même en cas de surprise de taille dans le procès qui débutera aujourd’hui, Hamel ne sera pas au bout de ses peines. Le 24 novembre prochain, il comparaîtra devant le tribunal de Boumerdès où il sera jugé pour trafic de foncier.
Il s’agit d’une partie du dossier «enrichissement illicite» qui a été déféré devant ce tribunal pour des raisons de compétence territoriale. Ce procès est donc une suite de celui qui se déroule à la cour d’Alger et son issue dépend également de celui qui aura lieu à Alger. Il reste en effet également sous le coup du verdict (dix ans de prison) prononcé en octobre 2020 dans l’affaire de Mme Maya, de son vrai nom Nechnache Zoulikha, fille prétendue de Abdelaziz Bouteflika.

Abla Chérif

Le Soir d’Algérie, 17/11/2021

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