Une nouvelle feuille de route pour la diplomatie algérienne

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Les diplomates algériens en poste à l’étranger ou qui viennent d’être nommés pour l’être, devront être destinataires d’une feuille de route dont les grandes lignes leur seront tracées aujourd’huipar le président de la République à travers son discours inaugural de la conférence qui se tient à cet effet au Palais des Nations et qui s’étalera en principe sur trois jours.

Comme annoncé dans notre édition du samedi 6 novembre en page 4, le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger réunira aujourd’hui et pendant trois jours les chefs des missions diplomatiques et consulaires au Palais des Nations de Club des pins, à Alger.

La conférence regroupera, comme indiqué par des sources diplomatiques, «tous les ambassadeurs et les consuls généraux actuellement en poste ou nouvellement désignés, les cadres du MAECNA et certains membres du gouvernement».

Il est attendu que le président de la République prononce un discours qui devra recadrer les missions de l’ensemble des diplomates algériens en poste à l’étranger en vue de défendre les intérêts nationaux quelles qu’en soient les conjonctures, les circonstances et les difficultés.

L’intitulé même de la conférence « La diplomatie algérienne et les défis internationaux» porte en effet en lui toutes les complications et les obstacles qui pourraient empêcher l’Algérie de progresser voire de se préserver contre toute sorte de provocations et de menaces. Encerclée par des guerres géostratégiques, par de lourds conflits armés, sécuritaires, militaires, tribaux, ethniques, économiques, sociaux, l’Algérie ne peut plus se contenter de réagir par des rodomontades contre des provocations ou des bravades que certains responsables étrangers se plaisent à lui lancer de temps à autre. « Ce n’est pas avec des piètres artifices de communication, marqués par une grande légèreté et désinvolture, que l’on croit pouvoir continuer à anesthésier et à tromper l’opinion publique sur des résultats décevants (…), au moment où se dessinent les nouvelles cartes géostratégiques et géopolitiques de la région», écrivait en août dernier un spécialiste des relations internationales dans ces mêmes colonnes. Il avait relevé que « l’absence d’encadrement ou d’accompagnement diplomatique a lourdement impacté négativement, certains dossiers cruciaux notamment, lorsque l’Egypte et les Emirats et non les Etats-Unis, comme le pensent certains, se sont mobilisés pour bloquer la nomination, par le secrétaire général de l’ONU, de Ramtane Lamamra en qualité d’Envoyé spécial en Libye. Aujourd’hui, le contexte international est en ébullition avec le retour du soft power américain et le rebond du multilatéralisme après le traumatisme des années Trump et son piétinement du droit international».

Les impératifs «de la perspicacité, la clairvoyance et du discernement»

Depuis quelque temps, faut-il le rappeler, ce sont carrément les bruits de bottes qui se font entendre au niveau de toutes ses frontières nationales. Des échos en provenance des différentes régions militaires avancent que l’état d’urgence est décrété par le Haut Commandement de l’Armée nationale populaire dont les troupes se tiennent prêtes pour réagir promptement à tout imprévu. «Les signes ne sont pas bons», a lâché un des dignitaires habitant aux frontières ouest après l’assassinat le 1er novembre dernier de trois ressortissants algériens à Bir Lahlou, dans les territoires libérés du Sahara Occidental. Dans notre édition du samedi, nous écrivions que pour nos diplomates, la conférence d’aujourd’hui vient à point nommé pour redéfinir la feuille de route aux personnels des chancelleries algériennes accrédités à l’étranger, appelés à défendre les intérêts du pays avec tous les moyens légaux et de lobbying nécessaire. « La dernière offensive marocaine, avec beaucoup d’agressivité contre l’Algérie, oblige aujourd’hui notre diplomatie à déployer de grands efforts pour sortir le pays de l’encerclement qui lui est imposé par des forces qui veulent lui nuire à lui et à toute la région», soutiennent nos sources. Bien que certains milieux nationaux et étrangers s’attendent à ce que l’Algérie riposte avec la même force et les mêmes moyens lourds qui ont perpétré l’assassinat de ses ressortissants en territoires sahraouis, « il est de la sagesse de la Nation qu’elle a été tout au long de son histoire, qui respecte les peuples, leurs principes, leurs valeurs et leur dignité, de ne pas sombrer dans l’adage œil pour œil et dent pour dent, un Etat digne de ce nom doit garder son sang-froid et affronter les défis avec tout ce que cela exige comme courage, perspicacité et clairvoyance», soutiennent des stratèges d’institutions de l’Etat. L’appel au «discernement entre qui fait quoi dans chaque escalade contre les intérêts nationaux, par quelles voies et pour quels objectifs» en est pour nous sources un préalable impératif à toute décision politique, diplomatique ou militaire.

L’initiation au lobbying

Pour l’heure et pour toujours, pour reprendre notre éditorialiste, la parole doit être donnée à la diplomatie même s’il est évident que les hautes instances sécuritaires du pays prônent la vigilance et veillent sur tous les fronts. Les diplomates algériens sont instruits pour anticiper les défis régionaux et internationaux auxquels l’Algérie devra faire face avec une grande vigilance et beaucoup d’attention tant ils s’annoncent dangereux, difficiles et même destructeurs de l’Etat et de la Nation. Les nouveaux représentants permanents auprès des Nations Unies, de la Ligue des Etats arabes et d’autres organisations régionales, les ambassadeurs accrédités auprès des pays puissants, doivent désormais se préparer à affronter des campagnes féroces contre l’Algérie. L’ouverture des hostilités par de nombreux Etats n’est plus à prouver. L’Algérie est poussée à l’esseulement au fur et à mesure que les Etats arabes officialisent leurs relations avec Israël et que les Occidentaux continuent de verser dans le néocolonialisme en se disputant ce qu’ils appellent le tiers monde. «C’est un contexte régional inflammable marqué par des turbulences et des crises où les puissances régionales et internationales se livrent avec acharnement y compris dans les pays voisins en crise, à des luttes féroces pour préserver et gagner des zones d’influence géopolitique et des espaces géostratégiques ne laissant aucune place à l’amateurisme, à la mollesse diplomatique ou à l’improvisation », a encore écrit le spécialiste.

Il estime ainsi que «dans cet environnement tendu, les signes d’une nouvelle géopolitique arabe voire méditerranéenne apparaissent notamment avec le rétablissement des relations diplomatiques de certains pays arabes avec l’entité sioniste ou les acteurs notamment régionaux se déploient dans de nouvelles stratégies d’alliance pour se positionner et gagner des zones d’influence, même au prix de la déstabilisation des États. La tenue récemment du Sommet du G7 et celui de l’OTAN augure de l’émergence de ce qui semble être un directoire mondial avec des nouvelles formes de conflictualité dominées notamment par la rivalité sino-américaine sur l’innovation technologique».

La «remontada diplomatique»

Comme il l’a avancé, il est urgemment attendu de Ramtane Lamamra d’«entreprendre une véritable remontada diplomatique (terme connu par les amateurs de football)» pour que l’Algérie puisse tenir bon «face à ces vastes zones de turbulences internationales avec leurs enjeux et défis majeurs».

Le MAECNA se doit « de reconstruire un secteur stratégique largement laminé de ses compétences et renouer avec une diplomatie active, réactive et d’influence pour permettre à notre pays de retrouver son rôle d’acteur clé d’équilibre, crédible pour peser de tout son poids dans la solution des crises régionales».

L’on apprend que Lamamra voulait organiser depuis longtemps une conférence comme celle d’aujourd’hui pour avoir en face tous les diplomates algériens en poste à l’étranger et leur donner les orientations nécessaires. L’on sait que beaucoup d’entre eux ont manqué de perspicacité dans une conjoncture où des pays sans grande envergure ont senti « le bon moment» pour (re)bondir et se placer en interface pour contenir de profonds antagonismes.

L’on pense qu’aujourd’hui (propos du spécialiste) qu’avec «la grande capacité d’anticipation de Lamamra et sa vision de prospective stratégique, l’Algérie peut percevoir les évolutions et les développements géopolitiques et géostratégiques en vue de les accompagner et tenter de les infléchir dans le sens de ses intérêts, ainsi la voix de notre pays cessera d’être inaudible dans une région considérée comme notre profondeur géostratégique, où les risques d’instabilité aux frontières sont importants et où les rapports de force se redéfinissent brutalement».

Le sommet des chefs d’Etat de l’Union africaine prévu en février prochain sera un véritable test pour Lamamra et ses équipes diplomatiques pour tenter de rejeter l’intrusion d’Israël au sein de l’organisation panafricaine. La tenue du sommet arabe à Alger en sera autant sinon plus, parce que l’Algérie aura la lourde responsabilité d’atténuer des empressements de nombreux pays arabes qui veulent renverser les équilibres en faveur de l’entité sioniste au détriment de la cause palestinienne.

Et aussi de peser pour obliger la Ligue à se réformer et à se débarrasser de ses vieux carcans. Des tests certes très difficiles mais qui devront au moins permettre à la diplomatie algérienne de se repositionner d’une manière pertinente dans les arcanes régionaux et internationaux et pratiquer le lobbying, la diplomatie de l’ombre et celle parallèle qui en sont devenus la règle.

Le Quotidien d’Oran, 08/11/2021

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