Algérie: Le marché italien va-t-il remplacer le français?

Algérie: Le marché italien va-t-il remplacer le français? – L’expérience de l’Italie en économie, une chance à saisir

Le premier dossier qui représente un grand un intérêt pour l’Italie et l’Algérie est le renforcement des relations algéro-italiennes dans l’hydrocarbure. L’Italie est considérée comme première destination dans l’exportation du gaz avec une progression de 109% durant le premier trimestre de l’année en cours par rapport à 2020. L’expérience italienne hors hydrocarbure et la réforme bancaire sont des atouts que les experts appellent le gouvernement algérien à acquérir.

Renforcement des relations en hydrocarbure

Dans le cadre économique, les Italiens visent bien le renouvellement du contrat de gaz naturel de gazoduc transméditerranéen entre l’Algérie, la Tunisie et l’Italie et qui se terminera en 2027, a souligné à Maghreb Info l’expert en économie Ishak Kharchi. Il a indiqué que les délégations espagnoles qui ont visité l’Algérie ont pu renouveler leur contrat de gaz jusqu’à 2045. L’expert a déclaré : « En pleine crise mondiale d’énergie, les italiens veulent décrocher des contrats de gaz de longues durées mais l’Algérie actuellement va vers les contrats de courtes durées de cinq à dix ans en conformément avec les changements des prix dans le marché international de l’hydrocarbure ». Pour rappel, le volume total de gaz algérien exporté en Italie est de 6,4 milliards de mètres cubes pendant les trois premiers mois de 2021. Sur ce sujet de l’hydrocarbure, les Algériens cherchent transporter du gaz algérien de l’Italie à l’Espagne dans le cas où la quantité du gaz exportée par le nouveau gazoduc vers l’Espagne ne sera suffisante, a indiqué l’expert Ishak Kharchi. « Le gazoduc transméditerranéen n’est pas exploité d’une façon complète. L’Algérie peut acheminer plus de quantité de gaz à travers ce gazoduc sous marin de l’Italie à l’Espagne », a-t-il indiqué.

Il est à noter que l’Algérie expédiait 10 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an vers l’Espagne et le Portugal via le GME (Gaz Maghreb Europe) qui est le gazoduc traversant le Maroc, et suite à la crise diplomatique entre les deux pays, le président de la République Abdelmadjid Tebboune a décidé de ne pas reconduire ce contrat.

Dans ce contexte, l’expert a déclaré que « 10 milliards de mètres cubes de gaz ont été exportés par l’ancien gazoduc. Pour le nouveau gazoduc Medgaz qui lie directement l’Algérie avec l’Espagne, la quantité de gaz est de 8 milliards de mètres cubes dont il reste 2 milliards de mètres cubes.» Il a précisé qu’il y a trois solutions, transporter la quantité de gaz restante vers l’Espagne via le nouveau gazoduc, ou via l’Italie, ou que l’Algérie envoie des navires pour transporter le gaz vers l’Espagne.

Il est à noter qu’un contrat de vente de gaz a été signé entre le groupe Sonatrach et la grande société italienne des hydrocarbures ENI en 1977 et il a été ils renouvelé en 2019 pour pour une durée de huit années jusqu’en 2027. « La coopération entre l’Algérie et l’Italie est forte en matière d’énergie. La société italienne ENI est le plus grand partenaire pour l’Algérie et coopère avec Sonatrach depuis les années 70. C’est le dossier de l’énergie qui a conduit le président italien à visiter l’Algérie », a confirmé l’expert.

Au début de l’année en cours, Sonatrach et ENI ont signé un accord qui s’inscrit « dans le cadre du processus de conclusion d’un nouveau contrat d’hydrocarbures sous l’égide de la nouvelle loi d’hydrocarbures 19-13 ». L’exploitation dans la région du bassin de Berkine et la réalisation d’un hub de développement de gaz et de pétrole brut à travers une synergie avec les installations existantes du périmètre 405b, sont programmés dans cet accord. A propos de l’exploitation des énergies renouvelables entre les deux pays, en mars dernier, un accord a été signé également entre Sonatrach et ENI qui comprend « un mémorandum d’entente qui s’étend du bio-raffinage à la production de l’hydrogène et aux énergies renouvelables.» A ce sujet, l’expert en économie a souligné que l’intérêt de l’Italie dans les énergies renouvelables est plus grand que celui de l’Algérie malgré l’importance que donne cette dernière à la transition énergétique.

L’investissement algéro-italien hors hydrocarbure

Ishak Kharchi a précisé que l’expérience italienne hors hydrocarbure est exemplaire et l’Algérie doit en profiter. « L’Italie en 2021 a exporté dans le secteur agroalimentaire environ 52 milliards de dollars, soit le double de la recette de l’Algérie en hydrocarbure. « Pourquoi l’Algérie vise à développer sa production locale mais à l’international elle renforce les coopérations dans le secteur hydrocarbure ?».

L’expérience italienne dans le développement économique est une chance à saisir. L’expert a expliqué que l’économie italienne était à 85% une « économie informelle » et après dix ans le gouvernement italien a pu la rendre formelle. « Le gouvernement algérien est recommandé de suivre l’expérience italienne économiquement et juridiquement », a-t-il proposé. L’Italie a suivi des étapes dans son expérience économique à travers la création de confiance de la part de la catégorie qui a de l’argent comme les grands importateurs, la motivation par les taxes et leur permettre la création de grandes sociétés familiales, ainsi que le gouvernement a eu des capitaux sociaux dans le secteur privé fin d’avoir une part de gestion, a souligné l’expert. Il a ajouté que l’objectif des relations algéro-italiennes est de remplacer le marché français par le marché italien après que plusieurs contrats économiques entre la France et l’Algérie ne sont pas renouvelés, ce qui va permettre aux entreprises algériennes de se diriger de plus en plus vers le marché italien.

L’économie est le principal dossier de la visite du président italien

Aujourd’hui, le président italien Sergio Mattarella a effectué une visite d’Etat en Algérie pour deux jours. Il a déclaré dans un entretien avec le journal El Moudjahid que l’Algérie est le deuxième fournisseur de gaz de l’Italie. Il a souligné que l’ENI a joué un rôle central dans les relations économiques entre les deux pays. « Je suis convaincu que l’Algérie restera un partenaire central aussi dans le futur », a-t-il affirmé. Le président italien a déclaré également que le renforcement des projets dans les énergies renouvelables est parmi les objectifs économiques de son pays : « Du côté italien, il y a l’intérêt à diversifier le partenariat bilatéral en explorant de nouvelles collaborations avec des entreprises algériennes, dans des secteurs de nouvelles opportunités, tels que les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Ce sont des secteurs qui sont notamment au cœur des stratégies de transition énergétique italienne et algérienne et dont les opportunités économiques vont se multiplier dans les prochaines années. »

Dans le secteur hors hydrocarbure, le président italien Sergio Mattarella a indiqué que : « Le système économique italien est caractérise par la présence de plus de 4,5 millions de PME. Ce sont des entreprises généralement familiales, qui n’ont pas toujours les moyens pour s’établir à l’étranger et ont donc besoin de l’appui des institutions pour cela. » A propos des échanges entres les entreprises algériennes et italiennes, il a souligné que : « L’Italie favorise les échanges et la coopération entre entreprises italiennes et algériennes, surtout à travers notre Agence pour le Commerce ITA, qui promeut la participation d’entreprises italiennes aux foires économiques qui se déroulent en Algérie et vice-versa. » Le préside italien a précisé que le la prochaine réunion d’un Business Forum bilatéral pourra sûrement impulser ce processus. « Nous regardons avec attention à la mise en œuvre du plan d’action du Premier ministre Benabderrahmane. Un plan ambitieux qui vise à améliorer le climat des affaires dans le but d’accompagner les perspectives de diversification de l’économie algérienne, y compris en faveur des opportunités pour les nouvelles générations», a-t-il confirmé.

Le président restera jusqu’au 7 novembre, pour étudier plusieurs dossiers dans plusieurs secteurs et en économie en particulier en attendant le résultat de cette rencontre.

Maghreb Info, 06/11/2021