France-Algérie : «Ni marchandage, ni surenchère»

La France coloniale renaît de ses cendres et fait ses siennes quand il s’agit distinctement de remuer le couteau dans la «plaie» de l’histoire commune. Les derniers propos du président français, à l’encontre de l’Algérie, traduisent un certain sentiment néocolonialiste voulant imposer son agenda économique et politique sur des pays d’Afrique, ses anciennes colonies. La France de Macron, en sondage avancé sur la candidate de l’extrême droite Marine Le Pen, à une année des prochaines présidentielles, donne l’impression par ses propos pro racistes de prendre de vitesse sa rivale directe.

Persuadée qu’elle remportera cette élection, la parlementaire du Pas-de-Calais avait avoué, non sans certitude, qu’elle ne raterait pas la future présidentielle qui lui échappe ainsi qu’à son père, le fondateur du parti extrémiste de droite. La France dont les troupes militaires, en présence sans cesse réduite au Mali, l’une de ces anciennes colonies, est en train de perdre sa vitesse de croisière et son champ de manœuvre dans ce pays où les efforts se poursuivent pour la paix et le gouvernement d’union nationale. Que faut-il alors retenir des propos de Macron? Une sorte de pression sur l’Algérie, un partenaire et allié stratégique du Mali. Pour le locataire de l’Elysée ainsi que les renseignements tant de la DST que de la DGSE, l’Algérie qui se repositionne sur le plan régional et international grâce à la politique de son président Abdelmajid Tebboune, son armée et sa diplomatie extérieure menée par son fer de lance Lamamra, représente une menace potentielle aux intérêts français en Afrique. Les spécialistes retiennent que ce sont des propos hostiles jamais rendus publics auparavant par un président français.

Candidat à sa succession, Macron espère pouvoir tirer des dividendes électoraux par ses propos et recueillir les faveurs des partisans de Marine Le Pen. Mais ni marchandage ni surenchère. L’Algérie n’oublie pas de sitôt les crimes français perpétrés dans le pays dans les campagnes, dans les villages, dans le Sahara algérien, ni les essais nucléaires français à Reggane et Ain Iker, ni le dossier des mines antipersonnelles, encore moins son droit aux archives coloniales.

Le ministre de la Communication, Ammar Belhimer, remet les pendules à l’heure. Il a estimé jeudi que les propos hostiles du président français à l’endroit de l’Algérie, prouvent que “la mentalité coloniale est présente à des niveaux officiels en France”. Il soutient que “la souveraineté nationale est une question existentielle qui ne tolère aucun marchandage ni aucune surenchère”. “Je n’aborderai pas la teneur des déclarations du président français mais je tiens à dire que la souveraineté nationale est une question existentielle pour l’Algérie qui ne tolère aucun marchandage ni aucune surenchère, que ce soit à des fins électoralistes ou politiciennes ou pour s’attirer les faveurs d’un électorat qui voue de la haine à l’Algérie”, a affirmé M. Belhimer dans un entretien au journal “Wassit Mag”.

“Nous allons bientôt nous remémorer les crimes commis par la France coloniale, un 17 octobre, contre le peuple algérien qui réclamait pacifiquement la liberté et l’indépendance”, a enchaîné le ministre, estimant que les propos du président français “viennent nous rappeler que la mentalité coloniale en France n’est pas l’apanage du milieu partisan, mais est également présente à des niveaux officiels”.

Il a réaffirmé, dans ce cadre, le principe de non-ingérence dans les affaires internes, consacré par l’Algérie dans ses relations étrangères. Le ministre de la Communication a rappelé une déclaration qu’il a faite le 15 juin dernier sur les ondes de Radio France internationale (RFI), où il a affirmé que “l’indépendance pour laquelle s’est sacrifiée l’Algérie, ne saurait être complète sans réunir trois axes principaux, à savoir: la reconnaissance par la France de ses crimes coloniaux, l’incrimination de l’acte colonial dans le droit algérien pour mettre fin définitivement à la dualité colonisateur/colonisé tel que conçu par le moudjahid +Frantz Fanon+ et la présentation solennelle des excuses ainsi que l’indemnisation de tous les dégâts humains, matériels et environnementaux commis par la France durant son occupation”.

Par ailleurs, M. Belhimer a pointé du doigt les attaques menées contre l’Algérie par ses ennemis de l’extérieur, notamment les offenses médiatiques sur l’espace cybernétique initiées par le makhzen marocain qui “œuvre ouvertement à déstabiliser l’Algérie”.

Il a salué, à cet égard, le rôle des médias algériens qui “ont prouvé leur haut sens de professionnalisme dans la défense du pays” et qui constituent désormais “un rempart face aux attaques répétées. Ils permettent d’éclairer l’opinion publique en la mettant au fait des intentions hostiles du Maroc et de son allié sioniste à l’égard de l’Algérie”.

En battant en brèche les allégations marocaines suite à la décision souveraine prise par l’Algérie de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc, les médias algériens sont devenus “une source d’informations fiable pour les différents médias internationaux, tant les médias audiovisuels et électroniques que la presse écrite”.

Le Carrefour d’Algérie, 10/10/2021