En Tunisie, une universitaire comme Première ministre

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Deux mois après la suspension du Parlement et le renvoi du gouvernement, le président tunisien, Kaïs Saïed, nomme une femme, Najla Bouden, à la tête du gouvernement, ce qui constitue une première aussi bien en Tunisie que dans l’ensemble du monde arabe. Il faut dire qu’il était temps que le poste de chef de gouvernement, ou plus exactement désormais celui de premier des ministres, soit pourvu, et que la personne choisie pour l’occuper dote le pays d’un gouvernement. Voilà qui est fait, sauf qu’on s’attendait plutôt à ce que le poste, vacant depuis le 25 Juillet dernier, revienne à un homme, bien que depuis le limogeage de Hichem Mechichi, des noms de femme aient circulé dans les médias tunisiens comme possibles bénéficiaires.

En raison de sa réputation de pays le plus féministe du monde arabe, d’une certaine façon la Tunisie se devait d’être la première à se donner une Première ministre en lieu et place d’un Premier ministre. Si malgré tout le président tunisien a créé la surprise, en réalité ce ne fut qu’à moitié. Tout comme lui, Najla Bouden est une sans-parti. Elle n’a pas occupé de fonction ministérielle auparavant, ce qui est également son cas à lui. Il était passé directement de professeur d’université à président de la république, avec tout de même, dans l’entre-deux, une élection remportée par lui, et largement. Elle-même est une universitaire, subsidiairement une chargée de mission pour le compte de telle administration centrale.

Deux personnes qui n’auraient pas dû se trouver là où ils sont à présent, aux commandes de leur pays. Un hors-système de président appelle à former le gouvernement de transition quelqu’un qui en cela justement est fait à sa ressemblance. Quoi de plus naturel quand on y pense ? Un politique non-professionnel, peut-être même un contempteur de la politique de carrière, se fait seconder par une femme elle-même inconnue au bataillon.

A posteriori, on se dit que les routes de ces deux-là étaient faites pour se croiser. Kaïs Saïed ne tient plus ses pouvoirs de la Constitution mais du décret présidentiel du 22 septembre, qui fixe le cadre juridique dans lequel s’inscrit son action en attendant l’adoption par les Tunisiens d’une nouvelle constitution.

La mission confiée à Najla Bouden est double, dans l’immédiat la formation d’un gouvernement, et dans un second temps la lutte contre la corruption. On a l’impression qu’il ne s’agit de procéder à la première que pour mieux assumer la seconde. L’installation d’un nouveau régime n’est pas son affaire, mais celle du président. Ennahdha l’a si bien compris qu’elle se décider à passer avec armes et bagages dans l’opposition frontale, ou du moins avec ce qui lui en reste. De sorte que l’ordre politique en gestation ne pourra se construire qu’à ses dépens.

C’est ainsi qu’elle a fait prendre une sorte d’engagement à se réunir à seulement 90 députés, pris dans une assemblée qui en compte, ou plutôt en comptait 217, entendu qu’elle est dissoute de fait aux termes du décret du 22 septembre. 90 ci-devant représentants du peuple décidés à braver l’autorité du chef de l’Etat contre 127 qui eux par conséquent l’acceptent.

Après l’épreuve de force dans la rue, intervenue dimanche dernier, qu’ils n’ont pas remportée, Rached Ghannouchi et sa formation, dont les rangs semblent quant à eux se dégarnir, jouent le tout pour le tout à la fois en rejetant la nomination de Najla Bouden, et en projetant de faire sauter les scellés de la chambre des représentants dans l’intention de la réinvestir.

Mohamed Habili

Le Jour d’Algérie, 01/10/2021