Algérie : Cheb Hasni, l’éternelle idole des jeunes

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La télévision algérienne nous a gratifiés mardi en soirée d’une bonne émission en hommage à Hasni, 37 ans après son lâche assassinat le 29 septembre 1994, devant chez lui à Gambetta, quartier populaire d’Oran, ville où il a grandi et vécu.

Amir Nebbache, l’animateur visiblement ému et certainement fan de Hasni a convoqué la grande artillerie, le chanteur Hakim Salhi et les journalistes Hassen Arab et Mounir Laradj, auteur du documentaire « Etoile filante » consacré à la carrière artistique de Hasni.

La soirée a débuté avec un débat autour du phénoménal succès de Hasni, entrecoupé de quelques séquences de ses concerts dont le fameux non-stop du stade du 5-Juillet mais aussi ses clips pour se terminer avec le documentaire « Une étoile filante ».

Le film consacré entièrement à la vie et au parcours artistique de Hasni, est une série de témoignages poignants de son frère, de Zahwania, de l’un de ses paroliers et d’un de ses éditeurs. Un bel hommage rendu par des artistes qui ont évoqué sa passion pour la chanson, son humilité, sa gentillesse, son amour pour sa chère maman et pour son fils et sa femme, la muse d’une grande partie de ses chansons.

Tout a commencé très tôt pour l’enfant Hasni qui s’ennuyait déjà à l’école et ce n’est que péniblement qu’il est arrivé au collège avant de décrocher définitivement et de s’occuper de ses deux passions, le football et la musique. Son frère dira que Hasni passait son temps à chanter et à tambouriner partout où c’était possible mais aussi à jouer au football en signant avec l’ASMO, une licence en catégorie mimine puis en cadet. Il était bon, un 9 et demi de talent comme le qualifie son frère. Cependant une blessure au départ anodine a quand même nécessité une longue hospitalisation. Hasni prendra du poids et ne reprendra le football que pour jouer avec ses copains du quartier.

La chanson s’offre à lui comme unique issue. Le hasard a voulu que Khaled déjà star anime un mariage à Gambetta. Les enfants du quartier insisteront pour que Khaled cède un moment le micro pour Hasni et ce fut le grand départ. Le premier succès. Une étape franchie de la route de l’artiste qui ne sera couronnée que de triomphe.

Une autre star du Rai, Zahwania lui donne sa chance en 1986 en chantant en duo la sulfureuse « Barakka ». Elle dit de lui que ce jour-là dans les studios, il était heureux comme un gosse et qu’il était étonnant que tous ceux qui étaient présents le trouvaient bien et qu’il avait un timbre de voix original et beau.

Dans son témoignage empreint de beaucoup de sincérité, Zahwania confie que durant de nombreux galas, les gens venaient surtout pour lui. « Je ne cite pas les noms d’autres chanteurs mais moi, je dis que le public venait pour lui, c’était la grande star.»

Hasni a trouvé sa voie dans le rai sentimental avec des sonorités nouvelles et modernes et avec des paroles expurgées de lexique qui pouvait choquer son auditoire. Si souvent, il faisait appel à des paroliers, il avait un droit de regard et minutieusement, il apportait sa touche et mettait les textes à sa convenance.

Hasni chantait la vie et les souffrances d’une jeunesse en quête d’un idéal. Il avait un répertoire où l’amour et la vie se conjuguaient au final avec l’espoir. Sa chanson « Mazalkayen l’espoir » (L’espoir est là ) reste un hymne à la vie.

Il a séduit plusieurs générations de fans et de nombreux chanteurs reprennent encore ses titres indémodables. Comment expliquer sa fulgurante carrière stoppé malheureusement par les tenants des ténèbres ? Difficile d’y répondre, s’y ce n’est de dire qu’il avait un don et du talent, enfin un petit plus qui fait toute la différence.

Repose en paix, l’idole des jeunes.

Abdelkrim Tazaroute

Horizons, 30/09/2021