Plan du gouvernement: Les députés veulent des chiffres et des délais

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Les députés de la Chambre basse vivent leur toute première épreuve parlementaire à la faveur du plan d’action du gouvernement soumis à débat en vertu des dispositions constitutionnelles y afférents.

Plus de 300 parlementaires devraient intervenir au courant de cette semaine autour de cette nouvelle feuille de route de l’Exécutif que le Premier ministre, ministre des Finances, Aïmene Benabderrahmane, a résolument défendu à l’ouverture des travaux. Les nouveaux locataires de l’Assemblée ont tenté, malgré leur manque d’expérience, de faire la «différence». Ils ont compris que leur rôle est crucial, notamment dans la réhabilitation de l’image de cette institution tant décriée par le passé. Concernant le plan d’action en question, on retient qu’ils s’accordent tous à dire qu’il renferme bel et bien des ambitions positives et des réajustements non négligeables, mais ils lui reproche «l’absence du délai de sa mis en application et les ressources de son financement».

On veut des solutions «définitives»

Le député du FLN Yaâkoub Benamer relève le manque de données chiffrées susceptibles de clarifier la vision à entreprendre pour le futur proche. Il pense que le «changement» véritable doit être opéré en profondeur, afin d’éradiquer à jamais les lacunes empêchant l’épanouissement de notre Algérie nouvelle. Appartenant au domaine de la santé, il propose l’établissement d’un diagnostic sans faille avant d’engager toute réforme.

De son point de vue, il faudrait impérativement investir «dans le capital humain», afin d’arrêter l’hémorragie dans ce secteur névralgique et surtout garantir un avenir serein aux futures générations. Le but étant d’éviter la fuite des cerveaux et des compétences et remettre enfin les choses sur les bons rails.

Khelifa Miloud, du même parti, souhaite, pour sa part, que les cinq grands axes de ce plan d’action soient bénéfiques pour toutes les franges de la société, notamment les couches vulnérables. Il insiste à ce que l’allocation chômage soit «palpable» sur le terrain de la réalité et non des «vœux creux». Le gouvernement se doit, dit-il, de présenter des «solutions définitives» à la problématique de l’emploi. Sur le plan économique, le député estime que ce plan d’action laisse entrevoir une bonne volonté visant à éradiquer les lacunes dans lesquelles se débattent les investisseurs et le climat des affaires en général. Ce qui doit passer, indique-t-il, par la diversification de l’économie et la promotion des ressources hors hydrocarbures.

Kamel Laâouisset, député indépendant, avance lui aussi le même grief relatif aux délais non fixés par le gouvernement pour la mise en application de cette nouvelle feuille de route à laquelle se rattachent beaucoup d’espoirs. Il affirme toutefois qu’elle est «riche et prometteuse» dans la mesure où «elle renferme des garanties devant réactiver l’activité des entreprises mises en suspens, la suppression des blocages administratifs et bureaucratiques». Il est convaincu de la «justesse» de la démarche gouvernementale, à condition qu’elle rattrape la question du reclassement des priorités et la relance des projets d’urgence. Le tout par souci de «réhabiliter la confiance rompue entre le peuple et son Etat».

Ahmed Hedjala, député indépendant, incite le chef de l’Exécutif à revoir certaines dispositions contenues dans le plan d’action, en prenant en compte les interventions de l’ensemble des députés. Il explique que le député se doit d’avoir connaissance des délais et des sources de financement, afin de «pouvoir assumer convenablement sa mission de contrôle». «Il faut miser sur la concrétisation effective de ce plan d’action et non sur les idées théoriques», lâche-t-il.

Abdelouhab Yaâkoubi, député du MSP et représentant de la communauté nationale établie à Paris, abonde dans le même sens pour dire que «ce plan d’action manque cruellement de vision». «Tout le monde met en avant le programme du président de la République, sans pour autant présenter des échéances ou des estimations budgétaires. Il n’y a pas d’objectifs mesurables et des ambitions concrètes», reproche-t-il, en rappelant que le MSP est le seul parti de l’opposition siégeant au sein de cette Assemblée et il compte bel et bien assumer jusqu’au bout cette mission. Osman Fouad, député du RND, conditionne tout «à la stabilité politique» sans laquelle rien ne sera exaucé au profit des citoyens qui attendent beaucoup de leurs représentants parlementaires. Ce qui se répercute par ricochet sur la rentabilité économique et l’encouragement des investissements étrangers.

Soucis «locaux»

En somme, la plupart des députés ont évoqué des questions locales, peut-être par manque d’expérience, relatives à différents secteurs d’activité, dont les ressources en eau, le logement, l’éducation et surtout la santé, sujet phare de l’actualité nationale compte tenu de la pandémie qui frappe de plein fouet le pays. Beaucoup ont relevé «la richesse du document dans le fond et la forme», mais ont insisté à ce que certaines «cartes» soient jouées afin de revigorer l’économie dans les meilleurs délais possibles.

A ce titre, le député Hichem Safar, du parti du RND, a plaidé pour la consolidation de la régulation et le contrôle des matières de large consommation, proposant l’activation de la subvention orientée en passant d’un régime global à un régime ciblé en matière de subventions.

Ibrahim Fakhour, député indépendant, a salué, de son côté, la décision de développer les wilayas du Sud dans le cadre de la nouvelle loi relative à l’organisation territoriale du pays. Il a également appelé à la réactivation du Fonds spécial de développement des régions du Sud «gelé depuis plusieurs années». Pour le député indépendant Mohamed Mansouri, il s’agit d’un plan «ambitieux» qui jette des bases permettant d’édifier la nouvelle Algérie à laquelle aspirent les citoyens, construire une économie forte et sortir de la dépendance aux hydrocarbures. Il a toutefois déploré l’absence de vision claire et de délais de mise en œuvre précis. Il est nécessaire de concrétiser le plan d’action du gouvernement pour réaliser le développement inclusif, notamment dans le Grand-Sud, et diversifier l’économie nationale, a-t-il dit.

Le député a évoqué les wilayas frontalières qui constituent la porte d’accès aux marchés africains, soulignant que de nombreux obstacles entravaient l’accès à ces marchés. «Comment voulez-vous accéder aux marchés africains alors que la route nationale reliant Tamanrasset à In Guezzam n’est pas goudronnée et que celle reliant M’sila à Tin Zaouatine n’a pas encore été achevée ?», s’est-il interrogé. Le député indépendant Mohamed Ourni a, quant à lui, soulevé les problèmes dont pâtissent les zones d’ombre, notamment l’absence de routes, la pénurie d’eau et l’absence d’éclairage public. A souligner que le débat se poursuivra aujourd’hui et demain et sera sanctionné par l’intervention des cinq groupes parlementaires de l’Assemblée en plus de la réponse du Premier ministre, avant son adoption finale.

Karima Alloun

Horizons, 15/09/2021

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