Cembrero : Pegasus va sensibiliser les autorités mondiales

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Journaliste espagnol espionné : Pegasus va sensibiliser les autorités mondiales

Madrid, 12 août (EFE) – Le journaliste espagnol Ignacio Cembrero, qui aurait été visé par le programme Pegasus, estime que cette affaire signifiera un avant et un après,  » une prise de conscience de la part des autorités mondiales  » de la gravité de l’espionnage électronique.

Dans un entretien téléphonique avec Efe, il fait valoir que la liste des victimes comprend « de nombreux hommes politiques, dont le président de la France, Emmanuel Macron, et le président du Conseil européen, Charles Michel ».

Selon l’enquête publiée en juillet dernier par un consortium de médias internationaux, coordonné par l’organisation française Histoires interdites, et avec le soutien technique d’Amnesty International, les gouvernements de plusieurs pays auraient espionné des milliers de téléphones portables, en tant que clients de l’entreprise technologique israélienne NSO Group, à laquelle appartient Pegasus.

L’Arabie saoudite, le Maroc, le Mexique, la Hongrie, l’Inde et l’Azerbaïdjan figurent parmi les pays qui auraient eu recours à cette pratique.

Cembrero se souvient qu’il avait déjà été espionné auparavant, en septembre 2010, alors qu’il travaillait pour le journal espagnol El País : « Le virus a causé quelques problèmes au personnel informatique du journal, à qui j’ai demandé de l’aide pour ouvrir un fichier (dans l’e-mail). C’est alors qu’ils ont réalisé que le fichier contenait un virus pour m’espionner ».

À l’époque, il enquêtait sur la branche terroriste d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).

DES SOUPÇONS D’ESPIONNAGE

À la mi-juin, M. Cembrero a également émis des doutes quant à l’intégrité de son téléphone portable et à la confidentialité de ses conversations Whatsapp.

Le 16 juillet », explique-t-il, « j’ai reçu un appel de Forbidden Stories, une organisation journalistique qui enquête sur l’affaire Pegasus, et ils m’ont dit que je figurais sur la liste des téléphones qui avaient été espionnés. En tout cas, le 20 juin, l’éditorial d’un journal marocain (Maroc Diplomatique) dans lequel ils parlaient de moi reproduisait le contenu de certains de mes messages, ce qui me laissait déjà penser que j’étais surveillé ou espionné », reconnaît le journaliste espagnol.

Cembrero dénonce une « campagne de diffamation » à son encontre car il est considéré comme un « élément gênant pour les autorités marocaines », en raison de sa connaissance et de son opinion critique du gouvernement marocain.

Le Maroc, pour sa part, a démenti à plusieurs reprises les « accusations infondées et fausses » concernant son implication dans l’utilisation de Pegasus.

Plusieurs des personnes prétendument espionnées sont des journalistes marocains condamnés dans leur pays pour des délits sexuels, selon Cembrero.

Ces condamnations constituent « une forme de répression de la part du régime (marocain), qui rend difficile la mobilisation des ONG de défense des droits de l’homme ». C’est beaucoup plus compliqué si le journaliste a été envoyé en prison pour des crimes sexuels et non pour ses écrits », déclare Cembrero.

Malgré tout, le journaliste espagnol n’a jamais eu le sentiment que sa vie était en danger : « Bien que j’ai reçu une menace de mort en 2014, je pense qu’il s’agit de me surveiller et de faire pression sur moi, pour que je jette l’éponge.

En Espagne, dit-il, il reçoit de nombreux témoignages de solidarité et des offres d’aide, notamment de l’organisation Reporters sans frontières (RSF) et de l’Association de la presse de Madrid.

ISRA ISRAEL, PEGASUS ET LE GROUPE NSO

Le gouvernement israélien, plus précisément le ministère de la défense, a accordé à la société qui a créé Pegasus une licence pour vendre ce produit en dehors du pays.

Cependant, Amnesty International a demandé la « suspension immédiate de l’exportation, de la vente et de l’utilisation des technologies de surveillance jusqu’à ce qu’un cadre réglementaire respectueux des droits de l’homme soit mis en place ».

Théoriquement, ils vendent ce produit uniquement pour la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue et non pour d’autres types d’utilisation », a déclaré M. Cembrero, « et il est clair que du Mexique à l’Arabie saoudite en passant par le Maroc, le programme a été utilisé pour des tâches qui n’ont rien à voir avec le trafic de drogue ou la lutte contre le terrorisme.

Le journaliste a déposé fin juillet une plainte auprès du bureau du procureur général d’Espagne afin d’enquêter sur les responsabilités dans ce cas d’espionnage, plainte qui a été acceptée.

De la part du gouvernement espagnol, le journaliste note l’indifférence des autorités : « Il n’y a pas la moindre aide ou le moindre conseil. Je peux confirmer que l’autorité publique en charge de la sécurité a proposé à certains journalistes d’analyser leurs téléphones portables pour vérifier s’ils avaient Pégase ».

Cembrero fait partie des journalistes qui ont rejoint la plainte déposée par RSF en France contre la société israélienne NSO Group. EFE

Diario libre, 12/08/2021