Maroc-Algérie : Mohamed VI évite l’essentiel

Dans un discours apaisant en apparence à l’égard de l’Algérie
Mohamed VI évite l’essentiel

Impact de la normalisation avec Israël, Sahara Occidental, « industrie » du cannabis et scandale de Pegasus, le logiciel espion. Les questions sur lesquelles, le monarque a fait l’impasse. Dans son discours à l’occasion de la fête du trône, que des universitaires européens à la crédibilité avérée considèrent comme un « rituel » que la monarchie représenté par le Makhzen exploite chaque année pour consolider son pouvoir, le roi Mohamed VI a parlé de la crise sanitaire à laquelle est confronté le Maroc, à l’instar de tous les pays sans exception et de son impact sur la situation sociale et économique du royaume. Mais il a tenu pour des considérations, que seul un cercle restreint, constitué des plus proches conseillers du monarque et de personnalités américaines et israéliennes influentes, est en mesure de connaitre, à évoquer les relations de son pays avec l’Algérie.

N’en déplaise au magazine français Le Point, pour qui, la sortie du souverain marocain concernant l’Algérie n’était pas forcément inattendue, le contexte régional et les nouveaux développements ayant marqué la politique étrangère alaouite, notamment le renforcement des relations avec Israël, plaident pour une autre lecture. « En parallèle avec les initiatives de développement menées au niveau interne, et avec une égale détermination, le Maroc s’attache à poursuivre ses efforts sincères pour consolider la sécurité et la stabilité dans son environnement africain et euro-méditerranéen, et plus particulièrement dans son voisinage maghrébin », a-t-il déclaré. « Dans le droit fil de cette approche, nous renouvelons notre invitation sincère à nos frères en Algérie, pour œuvrer de concert et sans conditions à l’établissement de relations bilatérales fondées sur la confiance, le dialogue et le bon voisinage », a-t-il ajouté, s’accordant ainsi le statut de celui qui n’a rien à se reprocher quant aux « tensions » entre les deux pays.

En langage décodé ; Mohamed VI s’est installé dans une posture où la sournoiserie le dispute au cynisme pour faire passer le message suivant : le Maroc n’a jamais été source de problèmes pour l’Algérie. « Vous n’aurez jamais à craindre de la malveillance de la part du Maroc », a-t-il assuré d’un ton martial, réitérant son « appel à rouvrir les frontières terrestres ». « La sécurité et la stabilité de l’Algérie, et la quiétude de son peuple sont organiquement liées à la sécurité et à la stabilité du Maroc », a-t-il affirmé, tout en prenant le soin de soustraire de son discours le dernier scandale provoqué par l’affaire Pegasus, le logiciel espion que les services de renseignements marocains ont utilisé massivement, en ciblant personnel politique et militaire, mais aussi journalistes et activistes algériens.

Du haut de son trône, il a invité Abdelmadjid Tebboune « à œuvrer à l’unisson au développement des rapports fraternels tissés par les deux peuples durant des années de lutte commune », mettant tendancieusement l’Algérie au banc des accusés, et qui serait ainsi appelée à se repentir des torts qu’elle aurait causés à son voisin de l’ouest. En un mot, et derrière les formules diplomatiques savamment sélectionnées, il a voulu culpabiliser l’Algérie sans donner l’impression de le faire.

Côté algérien, il s’agit d’une « sorcellerie verbale », qui ne pourrait guère contribuer « à l’établissement de relations bilatérales fondées sur la confiance, le dialogue et le bon voisinage ».

Poursuivant sa plaidoirie pour la réouverture des frontières entre les deux pays, Mohamed VI a estimé que les « raisons ayant conduit à leur fermeture sont totalement dépassées et n’ont plus raison d’être aujourd’hui », oubliant que durant la décennie noire, des territoires de l’ouest marocain ont été transformées en bases arrières des GIA. Des terroristes ayant commis des carnages à Béchar, Béni Ounif et Tlemcen n’avaient eu aucun problème pour trouver refuge au Maroc, sous le parrainage des services secrets de sa majesté.

Certes, Mohamed VI n’était pas encore aux commandes, mais il ne saurait ignorer que son défunt père le roi Hassan II a tout fait pour que la tragédie algérienne n’en finisse pas. Quant au trafic de cannabis, l’office des nations unies chargé de la question des stupéfiants a déjà démontré dans ses rapports, l’implication des plus hauts responsables du Makhzen dans des réseaux de narcotrafiquants, dont les tentacules s’étendent jusqu’à Amsterdam, Londres, Paris, Rome et Le Caire.

Mohamed Mebarki

L’Est Républicain, 02/08/2021

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