La Tunisie au centre des enjeux géostratégiques

La région nord-africaine connaît ces derniers temps une escalade et des tensions, augurant des changements de la carte géostratégique de l’après Covid-19.

Les acteurs de cette scène sont la Libye, l’Égypte, la Tunisie, la Turquie, la France, l’Algérie, les USA et la Russie. Ces acteurs s’affrontent sur le terrain, en Libye, le Sahel et bien entendu la Tunisie qui vient de connaître des évènements politiques différemment interprétés.

Mais cela dépendra des enjeux géostratégiques et des convergences des grandes puissances et des puissances régionales, même si l’arène du combat d’influence est la Tunisie, la Libye, et le Sahel.

Aujourd’hui, les regards sont braqués sur la Tunisie, et les décisions prises par le président Kaies Said, à savoir le gel du parlement dominé par le mouvement d’Ennahda et le limogeage du chef du gouvernement Mechichi, et il est certain que l’article 80 de la constitution, sorti par le président Kaies Said, dans le cadre de ses prérogatives constitutionnelles, a été le tournant décisif pour le devenir de la Tunisie.

Si le débat aujourd’hui, tourne autour de la constitutionnalité de cette décision, coup d’état pour les islamistes, coup de force pour autres, et sursaut pour les forces patriotiques condamnant la mainmise d’ennahda sur les appareils de l’État, et l’absence de solutions aux problèmes quotidiens des tunisiens, asphyxiés par la crise socioéconomique et la crise sanitaire ayant mis hors d’état de fonctionnement du système sanitaire tunisien, il en demeure objectivement que la décision de Kaies Said a été dictée par l’échec du gouvernement Mechichi à trouver des solutions à la crise sanitaire, et à la situation politique imposée par la confession partisane, et les tenants de l’argent, forçant l’actuelle direction du pays à une représentation de façade,et qui annihile les espoirs nés lors de son élection en 2019, pour sortir le pays du temporaire qui perdure depuis la révolution du Jasmin.

Le locataire du Palais de Carthage a été contraint de procéder de la sorte pour tirer au clair les volets sécuritaire et politique, et mettre la lumière autour des questions politiques et sécuritaires. Si le tandem franco-émirati ont longtemps mené une contre-révolution pour affaiblir l’influence turco-qatarie, comme ce fût en Égypte, via le travail effectué par l’ambassadeur de France à Tunis, Xavier Chatel, il en demeure que le contrat signé entre la Tunisie et la Turquie pour doter l’armée tunisienne de drones, sous la pression du mouvement Ennahda, inféodé aux plans du néo-ottoman Erdogan, n’a pas laissé les puissances internationales et régionales sensibles, à commencer par les américains, qui voient dans cette action une menace pour ses accords de dix ans avec la Tunisie, et une menace pour l’Africom.

Ennahda tentait via l’accord signé avec Ankara, pour la livraison de drones destinés à la surveillance des frontières, un blanchiment de ses ramifications avec des groupes islamistes armés dans la région, mais a suscité la colère des américains soucieux de l’ordre pré-établi, déterminant les terrains de chaque acteur dont la Turquie qui se donne le droit de foncer sur un espace vital des autres.

Ce revirement servira Kaies Said, porté plutôt par un régime présidentiel que parlementaire, et lui donnera l’opportunité de mettre de l’ordre, en vue d’en finir avec cette situation de blocage au sein du parlement et qui avait ouvert la voie à toute sorte d’ingérence étrangère.

Le déplacement de Joey Hood, secrétaire d’Etat américain, adjoint, à Alger, intervenait quelques heures après le gel du parlement tunisien et le limogeage du gouvernement Mechichi, et lui permet de sonder la position et les intentions d’Alger. Une position algérienne de plus en plus confortée sur les dossiers libyen et malien. Washington est de plus en plus convaincue de la solution préconisée par Alger, en Libye, en rapprochant les points de vue des parties libyennes en conflit et le recours à des élections libres et transparentes sous l’égide de l’ONU, permettant de dégager une direction fort représentative des aspirations du peuple libyen. L’Algérie aurait réussi à convaincre les américains de plaider la cause des retraits des forces étrangères et les mercenaires, ce qui signifier qu’Ankara et Paris, sont hors-jeu du terrain libyen dans les prochains jours. Alger et Washington seraient convenus de renforcer la coordination de leurs efforts pour concrétiser les accords d’Alger, permettant le retour à la stabilité au Mali, tout en accentuant leurs efforts pour mettre hors d’état de nuire les groupes terroristes en activité dans cette région. Il est impératif de noter, que les rôles de certains acteurs comme la France, l’Egypte, et les Emirats, connaissent une régression, dans le sillage des derniers rebondissements, surtout que le dossier sécuritaire au même titre que le puissant ministère de l’intérieur, sont entre les mains des militaires tunisiens.

Cela devrait permettre au président Kaies Said d’affronter ces adversaires d’Ennaha, Nidaa de Tunisie de Nabil Karoui, et du parti »aich tounsi » appelés à défiler bientôt devant les tribunaux tunisiens dans des dossiers de corruption et des financements des campagnes électorales. La main tendue par Kaies Said à 460 personnes désignées comme prédatrices de l’argent des tunisiens, dont le montant flirte avec les quatre milliards de dollars, leur évitera la détention, sachant que curieusement le montant de vol d’argent annoncé par le président tunisien à savoir 4milliards de dollars, n’est pas loin du montant du fonds souverain qatari.

El Ghannouchi brandit la carte des migrants pour menacer l’Europe

Après avoir tempéré les ardeurs de menaces de recourir à la violence de la rue, pour imposer au président Kaies Said de revenir sur ses décisions, Rached El Ghannouchi, brandit la menace des migrants, emboîtant le pas à son mentor turc, Recep Tayep Erdogan, et le roi du Maroc Mohamed VI.

Dans une interview accordée ce vendredi, au journal italien « Corriere della sera » le chef d’Ennahda indiqué « si la démocratie n’est pas très vite rétablie dans le pays ».

« Nous sommes tous dans le même bateau. Nous les Tunisiens, l’Europe et surtout vous les Italiens. Si la démocratie n’est pas rétablie très vite en Tunisie, nous allons rapidement sombrer dans le chaos. Le terrorisme peut augmenter, l’instabilité poussera les gens à partir, de quelque manière que ce soit. Plus de 500.000 migrants tunisiens pourraient tenter de rejoindre les côtes italiennes » a-t-il déclaré.

Les déclarations de Rached El Ghannouchi, en dit long sur sa déroute, et n’ont pas tardé à faire réagir le philosophe et ancien ambassadeur tunisien Mezri Haddad, qui appellera suite à cette déclaration le président tunisien, à l’arrêter, qualifiant ses propos sur le média italien, d’un appel à l’ingérence de certains États occidentaux dans les affaires tunisiennes, avant de les menacer de déferlante migratoire.

A. Belouali

Algérie54, 31/07/2021

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