Alors que Macron se retire du Sahel, les djihadistes multiplient les attaques

Les djihadistes multiplient les attaques dans la guerre du Sahel alors que Macron se retire de « l’Afghanistan français ».

Les groupes djihadistes ont multiplié les attaques dans la région du Sahel, en Afrique, alors que la France s’apprête à mettre un terme à son opération militaire et à retirer certains de ses 5 000 soldats de la région, dans ce conflit de longue haleine surnommé « l’Afghanistan de la France ».

La situation reste volatile. Ces derniers jours, des extrémistes armés présumés ont enlevé puis relâché cinq catholiques, dont un abbé, dans le centre du Mali, où une voiture piégée a également explosé, blessant six soldats français et quatre Maliens.

Les attaques ont également augmenté au Burkina Faso voisin, où des enfants soldats ont pris d’assaut un minuscule village et tué jusqu’à 160 personnes au début du mois, près de la frontière avec le Mali et le Niger.

Il s’agissait du bilan le plus sanglant en une seule journée de la situation d’urgence qui prévaut dans ce pays depuis six ans, alimentée par des groupes armés liés à l’État islamique et à Al-Qaïda.

Le président français Emmanuel Macron a annoncé le 10 juin que Barkhane, l’opération militaire de 5 000 hommes couvrant la Mauritanie, le Tchad, le Niger, le Mali et le Burkina Faso, prendrait bientôt fin.

« Nous allons engager une transformation profonde de notre présence », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse en amont du sommet du G7.

« La forme de notre présence, sous la forme d’une opération extérieure, n’est plus adaptée à la réalité des combats. »

Les forces armées françaises quitteraient les bases militaires du nord du Mali de Kidal, Tombouctou et Tessalit d’ici la fin de l’année, selon les plans actuellement examinés par le gouvernement.

Le nombre de bottes sur le terrain pourrait être réduit de moitié pour atteindre 2 500 en 2023, ont indiqué des sources à l’AFP.

Au lieu de cela, la France prévoit de rester sur place pour soutenir les armées locales gravement sous-équipées et sous-entraînées, en tant que membre de la task force militaire de l’UE Takuba.

Or, Takuba n’est composée que de 600 soldats, dont la moitié sont français. Bien que l’Italie et le Danemark aient promis des centaines de soldats supplémentaires, la mission n’atteint toujours pas son objectif de 2 000 combattants.

« Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’engagement militaire de la France restera très important », a déclaré Florence Parly, ministre française de la défense.

La France, ancienne puissance coloniale, a envoyé des troupes au Mali en 2013 pour aider à repousser les groupes djihadistes qui menaçaient de prendre la capitale, Bamako, après une nouvelle rébellion touareg dans le nord.

À l’époque, les soldats ont été salués pour avoir « sauvé le pays ». Mais huit ans plus tard, le ressentiment contre l’intervention militaire grandit, tant en France qu’au Sahel.

Des manifestations anti-françaises ont éclaté à Bamako, les manifestants tenant des pancartes exhortant la France à « Dégager ! » et brandissant le drapeau d’un acteur récent dans la région : la Russie.

« [Un retrait] doit être fait intelligemment pour ne pas voir les Russes ou les Chinois venir occuper le vide que nous avons laissé », a déclaré l’ancien chef des armées françaises, le général Lecointre, avant l’annonce.

Entre-temps, les groupes djihadistes ont renforcé leur emprise et se sont étendus dans la région, malgré la mort de plusieurs dirigeants de premier plan tués par l’armée française.

La propagande de l’EI se concentre de plus en plus sur l’Afrique subsaharienne, notamment en Afrique de l’Ouest, où il contrôle désormais des territoires allant de la Libye au nord-est du Nigeria, en passant par la région du Sahel et jusqu’au sud du Bénin ou du Ghana.

L’opération connue sous le nom d’Afghanistan de la France est perçue comme un conflit interminable et ingagnable dans lequel les soldats perdent la vie sans que les populations civiles ne connaissent d’amélioration notable.

Si l’ancienne puissance coloniale a toujours été ferme dans son refus de négocier avec les groupes extrémistes, les dirigeants et les gouvernements locaux ont soutenu cette stratégie au Mali et au Burkina Faso, alors que les groupes armés s’implantent durablement dans un nombre croissant de territoires.

Report door, 26 juin 2021

Etiquettes : Sahel, Mali, Burkina Faso, Niger, Nigeria, Tchad, G5, Barkhane, Takuba,