Pour l’Espagne céder le Sahara au Maroc, c’est céder Ceuta et Melilla

L’Espagne pense que si elle cède maintenant sur le Sahara, Rabat réclamera plus tard Ceuta et Melilla.

Le gouvernement n’envisage pas, même de loin, de céder à la pression de Rabat.

La crise diplomatique avec le Maroc a une ligne rouge qui est le Sahara Occidental. L’Espagne ne changera pas son refus de reconnaître la souveraineté du royaume alaouite sur ce territoire. Cela pourrait être lu comme un exercice de cohérence ou de nostalgie pour une enclave qui, jusqu’en 1975, était une province espagnole et sur laquelle, bien que l’appel à un référendum sur l’indépendance ait été abandonné, la proposition d’une solution juste et négociée pour les deux parties au conflit est toujours maintenue. Mais la réalité est beaucoup plus prosaïque. C’est un mécanisme de défense.

Le gouvernement n’envisage pas, même de loin, de céder aux pressions de Rabat, malgré le fait que des voix s’élèvent en Espagne pour demander une révision de cette position et que les relations avec le Maroc sont à l’un de leurs pires moments, précisément à cause du rejet de la marocanité du Sahara. Jusqu’à deux sources de l’exécutif ont admis à ce journal que s’ils parviennent finalement à annexer ce territoire, « la prochaine étape sera Ceuta et Melilla ». Le Premier ministre marocain lui-même, Saad Edinel Othmani, l’a révélé il y a quelques mois : « Le jour viendra où nous rouvrirons la question de Ceuta et Melilla, des territoires marocains comme le Sahara ».

Cette certitude empêche tout changement et, pour être tout à fait clair, Pedro Sánchez s’est rendu à Ceuta et Melilla, lorsque le Maroc a jeté à la mer des milliers de Marocains, dont des jeunes et des enfants, en représailles contre le gouvernement, sachant que cette visite mettrait encore plus en colère Mohamed VI.

L’Espagne s’est heurtée à un nouveau problème lorsque, le 10 décembre 2019, Trump a admis que le Sahara faisait partie du Maroc, en échange du rétablissement des relations entre la monarchie alaouite et Israël. Cette semaine encore, un porte-parole du secrétaire d’État américain, Antony Blinken, a démenti que Joe Biden fasse pression pour une politique de « business as usual » avec le Sahara et a avancé qu’il « consulte en privé les parties, sur la meilleure façon de parvenir à un arrêt de la violence et à un règlement durable ». Parmi ces parties, il y a bien sûr l’Espagne en tant que puissance administrante.

Des sources gouvernementales confirment que des contacts sur le Sahara ont eu lieu et que l’exécutif a fait passer le message que ce conflit devait être canalisé par les Nations unies, qui n’ont pas encore nommé de représentant de la MINURSO (Mission des Nations unies pour le Sahara occidental). L’Espagne ne voit pas de changement dans la position américaine, mais elle y voit une tentative de contenir le Maroc, qui fait pression sur les Etats-Unis en se prononçant favorablement, selon les sources consultées.

Ce frein aux aspirations de Rabat de la part des Etats-Unis intervient juste avant la rencontre que Joe Biden aura lundi avec Pedro Sánchez au sommet de l’OTAN à Bruxelles. En principe, il ne s’agit que d’un contact, d’une opportunité pour eux de se rencontrer personnellement. Il n’y a pas de confirmation qu’ils parleront du Sahara. Mais ce même jour, il sera annoncé que l’Espagne accueillera le sommet de l’OTAN en 2022, un événement spécial dans l’histoire de l’Alliance atlantique car il s’agit d’une réunion extraordinaire au cours de laquelle seront définis les défis des prochaines années. Un geste favorable à notre pays.

L’Espagne tente de surmonter la crise avec son voisin du sud avec beaucoup de retenue, malgré les critiques constantes de Rabat. Vendredi, lors de son dernier jour au Costa Rica, Pedro Sanchez, a exhorté les deux pays à regarder « vers l’avant ». « Il y a beaucoup plus de choses qui nous unissent que de choses qui nous séparent. » Mais la crise reste ouverte. La Moncloa défend que « cela va baisser » mais suppose que « nous devons être patients ».

El Mundo, 13 juin 2021

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