France-Algérie: Le Monde contre Le Point ?

A moins de deux semaines des élections législatives, prévues le 12 juin prochain, les médias français braquent leurs regards sur l’Algérie avec beaucoup d’insistance. Cet intérêt grandissant en direction d’un pays, qu’ils persistent à considérer sous une optique « tutélaire », du moins pour certains titres et chaînes TV, bien introduits dans le microcosme politique parisien, n’est pas sans motivation ; cela va de soi. Il pourrait s’expliquer par le fait que dans la capitale française, des divergences en ce qui concerne les positions à adopter par rapport à la situation en Algérie, sont en train de remonter en surface.

Le dernier éditorial du journal Le Monde l’illustre parfaitement. Mis en ligne hier, l’article ne porte pas la signature d’un journaliste, mais est endossé par la direction de la publication. Ce qui ne pourrait avoir qu’une seule signification : l’Algérie est considérée comme un thème majeur, à travers lequel, la classe politique française voudrait extérioriser ses contradictions, à moins d’une année des élections présidentielles. Comme ce fut le cas pour les scrutins passés, l’Algérie a toujours constitué une question, qui divise les membres les plus influents du microcosme politico-médiatique parisien, mais sans que l’attitude tutélaire ne soit complètement abandonnée.

L’édito signé Le Monde et publié à quelques jours d’intervalle seulement, après l’entretien accordé par Abdelmadjid Tebboune au magazine Le Point, est supposé apporter la contradiction à l’interview. « Un nœud coulant étouffe peu à peu le désir de démocratie des Algériens, à la veille des élections législatives de samedi 12 juin, censées parachever la normalisation institutionnelle du pays », constate d’emblée l’éditorialiste, avant de dresser un tableau noir de la situation, qui prévaut aujourd’hui en Algérie.

En jouant à l’équilibriste, l’éditorialiste essaie toutefois de faire porter une part de la responsabilité aux « animateurs du Hirak », qui, selon lui, « n’ont pas su transformer leur rejet du système en alternative démocratique crédible ». « Ils n’ont pas non plus réussi à faire émerger une figure pouvant incarner un avenir meilleur », écrit-il, avant de souligner que « la baisse du cours des hydrocarbures, qui fournissent 60 % des recettes de l’Etat, affaiblit la capacité de ce dernier à acheter la paix sociale et à investir ». « Relativement épargnée par le Covid-19, mais avec un chômage à plus de 14 %, une démographie dynamique et une économie non préparée à la transition énergétique, l’Algérie ressemble à un pays verrouillé », note-t-il. Le Monde contre Le Point ?

Mohamed M.

L’Est Républicain, 06 juin 2021

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