Maroc : Le calme qui précède la tempête après le départ de Brahim Ghali

Rabat reste silencieux après le départ de Brahim Ghali d’Espagne

Javier Otazu

Rabat, 02 juin (EFE) – Le gouvernement marocain reste silencieux quelques heures après avoir appris que le leader du Front Polisario, Brahim Ghali, a quitté l’Espagne hier à bord d’un avion qui l’a emmené en Algérie, une action dont le Maroc a été informé hier soir par voie diplomatique.

Ghali, 71 ans, a quitté la ville espagnole de Pampelune vers 1h30 (11h30 GMT) à bord d’un avion civil français affrété par l’Algérie, principal soutien de la cause sahraouie, et a atterri deux heures plus tard sur un aéroport militaire algérien d’où il a été transféré dans un centre médical pour poursuivre le traitement des séquelles causées par le covid-19, ont indiqué à Efe des sources du Polisario à Alger.

Le Maroc s’était publiquement plaint au gouvernement espagnol de « l’opacité » qui avait entouré l’arrivée de Ghali en Espagne le 17 avril pour être traité pour un cas grave de covid-19 dans un hôpital de Logroño, et son ambassadrice à Madrid, Karima Benyaich, avait averti que, si Ghali sortait comme il était entré, cela signifiait que l’Espagne optait pour « une dégradation des relations ».

Son patron, le ministre marocain des affaires étrangères, Naser Burita, a exprimé la même opinion lorsqu’il a déclaré le 20 mai que son pays n’accepterait pas « la ruse pour trouver une issue (à Ghali) ».

Enfin, le gouvernement espagnol, que cet incident a placé dans la pire crise avec le Maroc depuis 2002 (date de l’invasion de l’île de Perejil), a choisi d’informer le Maroc « par les canaux diplomatiques correspondants » du départ de Ghali, sans que la diplomatie marocaine ne se soit prononcée publiquement, et ce après deux semaines de production sans précédent de communiqués et d’interviews.

Une autre des « conditions » posées par le Maroc pour faire baisser la tension bilatérale était que la justice espagnole agisse contre Ghali, et le ministre Bourita a pris le soin de rappeler dans cette interview que « les pressions diplomatiques sur la justice espagnole ne doivent pas être autorisées », en référence à l’Algérie, pays qu’il a ensuite mentionné.

À cet égard, le juge Santiago Pedraz de l’Audience nationale a interrogé hier Ghali, toujours en convalescence à l’hôpital San Pedro de Logroño, mais n’a pas décrété à son encontre de mesures conservatoires telles que le retrait du passeport ou l’assignation à la surveillance du domicile, considérant qu’il n’existe pas de « risque de fuite » ni d' »éléments même indicatifs » permettant de le croire « responsable d’un quelconque délit ».

Cette première ordonnance du juge, qui est une douche froide pour les accusations, n’a pas été officiellement commentée au Maroc, sauf par l’agence officielle MAP, qui a consacré hier soir un long article à ce qu’elle a appelé « une parodie de Justice » (l’espagnole).

L’article va jusqu’à définir ce qui s’est passé hier lors de la comparution de Ghali comme « une audience expéditive pour des accusations dignes du procès de Nuremberg, sans aucune attention aux victimes de la part du ministère public ou du juge de l’Audiencia Nacional ».

Il n’y a pas eu non plus de réaction officielle marocaine à la clarification par les Etats-Unis que leurs manoeuvres militaires, connues sous le nom d’African Lion, n’auraient pas lieu sur le territoire du Sahara Occidental, mais resteraient juste au nord de la ligne de séparation, dans un endroit inhabité appelé Greïer el Bouhi.

Une porte-parole du Commandement central des forces américaines en Afrique (AFRICOM), Bardha Azari, a déclaré à Efe qu’au Maroc, les exercices s’étendront « de la base aérienne de Kenitra au nord aux zones d’entraînement de Tan Tan et Guerir Labouhi (Greïer el Bouhi) au sud », contredisant indirectement le Premier ministre marocain Saadeddine El Othmani.

El Othmani avait assuré dimanche sur son compte Twitter que les manœuvres se dérouleraient « pour la première fois » sur le territoire sahraoui, et que c’était « l’aboutissement de la reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara », mais hier El Othmani lui-même a supprimé le tweet sans donner d’explication.

L’inclusion ou non du territoire sahraoui est importante car c’était la première occasion pour l’administration américaine de Joe Biden de se prononcer sur la déclaration du président sortant Donald Trump, peu avant la fin de son mandat, selon laquelle les États-Unis reconnaissaient la souveraineté marocaine sur le Sahara.

Un porte-parole de la Maison Blanche a déclaré hier à Efe qu' »aucune décision n’a encore été prise » sur la question et que des consultations sont en cours avec les parties sur la meilleure façon de procéder.

Cinq mois se sont déjà écoulés sans qu’une décision soit prise. EFE

Swissinfo, 02 juin 2021

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