Mali : D’un putsch à l’autre !

Comme une maison hantée, le Mali n’arrive plus à se débarrasser de ses vieux démons qui l’enferrent dans une instabilité chronique. Bamako a encore résonné au bruit de bottes. Mais la version est soft. Depuis le coup d’État contre le président ATT par le capitaine béret vert Sanogo, les coups de force au Mali sont brefs et se déroulent sans effusion de sang. Presque en silence. Soutenus par l’argument de “saper” la transition. Ils demeurent cependant de graves atteintes à l’ordre constitutionnel.

La communauté internationale se complaît dans une position de dénonciation passive en attendant la décision de la France, ancienne puissance coloniale qui garde toujours un pied dans ce pays et une force militaire ou encore la réaction de l’Algérie, le voisin qui subit le plus les contrecoups de ces opérations dont les répliques s’étendent au voisinage immédiat du Mali.

À ces militaires encore indécis à aller reprendre le nord du pays aux mains terroristes, la majorité des partis politiques continue de vivre sous le parapluie du pouvoir de Bamako excluant parfois tout dialogue avec Kidal ou encore ces habitués soutiens des militaires, tout le temps, présentés comme les sauveurs de “l’ordre constitutionnel” à partir de Kati ou du palais Koulouba, une fois assis. Plus grave, ces actes ouvrent d’autres pistes aux djihadistes de tout bord de poursuivre tranquillement leurs activités. Et de les étendre. Alors que toute la région sahélienne est déjà suffisamment martyrisée.

Les militaires, nouveaux maîtres du Mali, viennent d’inventer le coup d’état contre coup d’état qui en fait vise uniquement à remettre le pouvoir aux premiers putschistes (des leurs) à mi-chemin de sa remise entre les mains des civils. Aussi consacrent-ils avec ce coup de force l’image délabrée d’un pays condamné à la dépendance sécuritaire et à l’instabilité. Pire, les soldats bataillent pour le contrôle de Bamako, les groupes terroristes s’activent pour le contrôle de tout le Sahel. Ce coup d’état est un événement malvenu parce qu’il entrave sérieusement les stratégies de combat contre les terroristes.

Liberté, 26 mai 2021