Algérie/ “Alimentaire”, mon cher !

Quelques années avant sa disparition, le sociologue Ali El-Kenz avait consacré une de ses chroniques à la brève histoire de l’Institut de mathématiques de la Fac centrale où étaient revenus travailler gracieusement des enseignants qui y dispensaient des cours avant l’indépendance. Gracieusement, parce qu’ils aimaient ce pays, les mathématiques et ne voulaient pas abandonner ce pays à l’ignorance. Ils feront long feu. Sans motif.

Ou tout simplement parce que leur initiative est perçue, par l’arabo-baâthisme ambiant de l’époque, suspecte. Ils seront tout simplement renvoyés chez eux. La suite est connue et est de plus en plus visible dans l’école qui poursuit sa descente vers l’abîme. Dominée et minée par l’idéologie panarabiste chère au président Boumediène qui en fit un levier de promotion personnelle dans la sphère arabe, l’enseignement “colonial” adapté par les premiers enseignants postindépendance a subi plusieurs couches de désalgérianisation jusqu’à devenir un système éducatif bâtard alimenté d’emprunts épars et de “formules” importées après avoir éprouvé leur échec ailleurs.

Même le projet de réforme de l’éducation de la commission Benzaghou n’a pas échappé au “saucissonnage”, pour reprendre une terminologie alliant le général alimentaire au détail de la charcuterie pour résumer le sort réservé à la mise en œuvre de son projet. Et l’école en désastre endémique se met à glisser dans le sens de la tendance quasiment alimentaire, si l’on peut dire, l’enseignant allant prodiguer le savoir aux élèves comme on va rejoindre le matin un atelier, une usine ou une administration. Et c’est tout naturellement que des cours seront dispensés dans des garages. Avec la complicité des parents qui financent cette perversion éducative qui ne profite nullement à leur progéniture. Et face à un gouvernement qui a choisi une alliance tacite avec les islamistes, et pas pressé de réparer le sinistre par une véritable réforme qui rendrait à l’école sa vocation, les syndicats dans leur éparpillement tentent de parer au plus urgent et de sauver les meubles.

Leurs meubles, avant tout. En attendant l’administration du prochain “corticoïde” pour le corps malade de l’école, un ersatz de réforme, les élèves pourraient écouter et réécouter la chanson Qu’as-tu appris à l’école mon fils de Greame Allwright, entre deux cours de garage.

Liberté, 11 mai 2021

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