El Pais : « Le Maroc prévient qu’il prendra note de la décision de l’Espagne d’accueillir le leader du Front Polisario »

La diplomatie marocaine accuse le gouvernement de « complicité » et les neuf partis du Parlement qualifient la réception du leader sahraoui de « provocation ».

Le ministère marocain des Affaires étrangères a publié samedi matin un communiqué dans lequel il avertit que la décision des autorités espagnoles de ne pas avertir leurs homologues marocains de l’arrivée à Logroño du « leader » du Front Polisario, Brahim Gali, « n’est pas une simple omission ». La diplomatie marocaine soutient que ce fait est une « décision souveraine de l’Espagne » dont elle prend acte et dont elle tirera « toutes les conséquences ».

Brahim Gali, 73 ans, président de la RASD (République arabe sahraouie démocratique) et secrétaire général du Front Polisario, a voyagé des camps de Tindouf vers l’Espagne pour être admis dans un centre à Logroño, où il est traité pour le covid-19, ont révélé plus tard des sources officielles sahraouies. Son aveu a été découvert par les services de renseignement marocains et divulgué à l’hebdomadaire Jeune Afrique le jeudi 22 avril.

Le lendemain, le chef de la diplomatie espagnole, Arancha Gonzalez Laya, a déclaré lors d’une conférence de presse que son hospitalisation « n’entrave ni ne perturbe en aucune façon » les relations avec le Maroc. Elle a ajouté que son transfert en Espagne était pour « des raisons strictement humanitaires afin qu’il puisse recevoir un traitement médical ».

Cependant, la diplomatie marocaine a convoqué samedi 24 avril l’ambassadeur d’Espagne, Ricardo Diez-Hochleitner, pour lui demander des explications et lui dire que Rabat « déplore » l’attitude du gouvernement espagnol.

Le ministère dirigé par Naser Burita affirme dans la lettre publiée samedi que les « raisons humanitaires » ne justifient pas « les manœuvres ourdies dans le dos d’un partenaire et voisin ». Et ils ajoutent que ces raisons n’expliquent pas « l’inaction » de la justice espagnole.

La déclaration fait allusion à la plainte déposée en 2019 contre le secrétaire général du Front Polisario, Fadel Mihdi Breica, un militant sahraoui de nationalité espagnole qui vit à El Ayoun, une ville sahraouie contrôlée par le Maroc. Breica a déclaré qu’en avril 2019, il est arrivé dans les camps du Polisario à Tindouf (Algérie), où il a été accusé d’être un traître après avoir organisé des actes contraires à la ligne officielle du Front Polisario. L’activiste ajoute qu’il a été arrêté en juin par des soldats de ce groupe et « transféré dans plusieurs lieux de détention, où il a subi des coups et des décharges électriques » et a été maintenu « les yeux bandés et les mains et les pieds liés ».

Le juge Santiago Pedraz, de l’Audiencia Nacional, a ordonné à la police espagnole de vérifier le 4 mai si Gali était détenu à Logroño. Une fois son identité confirmée, le juge l’a convoqué pour le 1er juin.

La diplomatie marocaine rappelle que la préservation des droits des victimes ne doit pas se faire avec deux poids deux mesures. Et elle accuse les autorités espagnoles d’être complices de « l’usurpation d’identité » et de la « falsification de passeports » que Gali aurait commises afin de « contourner volontairement la loi ».

Enfin, le ministère de Burita fait allusion à son homologue Gonzalez Laya et signale que « certains responsables gouvernementaux » ne doivent pas préjuger ou minimiser l’impact « sérieux » que l’entrée de Gali aura sur les relations entre les deux pays.

Interrogée sur le communiqué marocain, la chef de la diplomatie espagnole a répondu laconiquement lors de la conférence de presse qu’elle a offerte à Asuncion, où elle est en visite, avec son homologue Euclides Acevedo : « L’Espagne n’a rien à ajouter à ce qu’elle a déjà dit jusqu’à présent ».

Quelques heures après la déclaration de Gonzalez Laya, les neuf partis représentés au Parlement marocain ont publié une déclaration commune dans laquelle ils affirment que l’accueil de Brahim Gali est « inacceptable et ouvertement provocateur » pour le Maroc. Les neuf formations accusent les autorités espagnoles d’agir avec « indulgence et complicité ».

Les neuf formations sont le Parti islamiste de la justice et du développement, le Parti authenticité et modernité, le Parti de l’Istiqlal, l’Association nationale des indépendants, le Mouvement populaire, l’Union socialiste des forces populaires, l’Union constitutionnelle, le Parti du progrès et du socialisme et le Parti socialiste unifié.

El Pais, 08 mai 2021

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