La nouvelle extrême-droite marocaine naît et grandit sur les réseaux sociaux

Mohamed Siali Rabat, 6 mai (EFE) – Un nouveau courant d’extrême droite prend forme sur les réseaux sociaux au Maroc, où ses adeptes recourent à une lecture patriotique de l’histoire pour chercher à encourager la fierté nationale et dépasser les récits traditionnels de la droite.

Les participants aux pages – principalement sur Facebook – de ces tendances de droite (telles que Moorish History, qui compte 160 000 adeptes) publient des textes sur l’histoire du Maroc, des profils d’anciens rois et de héros de guerre, des infographies et des photomontages vantant l’histoire « unique » du pays.

Ce ne sont pas des islamistes, mais plutôt des laïques, et bien qu’ils rejettent l’étiquette d' »ultra-droite », les historiens et analystes décrivent ainsi ce courant qui considère que la spécificité du Maroc réside dans sa continuité historique depuis le début du royaume de Mauritanie, fondé dans le nord-ouest de l’Afrique par des tribus amazighes (berbères) entre le IVe siècle et l’an 40 av.

De ce royaume « maure » – un mot sans connotation péjorative – ces internautes tirent le nom de « maure » avec lequel ils se présentent.

Parmi ses militants, on trouve des fonctionnaires d’État, des ingénieurs et des journalistes, qui revendiquent fièrement l’identité « maure » et luttent contre ce qu’ils appellent « l’aliénation identitaire », selon les termes de la page intitulée « Courant marocain maure », créée en 2018 et comptant 16 000 followers.

LEUR CLÉ EST L’HISTOIRE « SINGULIÈRE »

Mohamed Idbakrim, l’un des fondateurs de cette tendance, a expliqué à Efe que le courant vise à « promouvoir la culture, l’histoire et l’identité marocaines dans le cœur des jeunes : le Maroc est une nation avec une civilisation unique et authentique. »

Il a ajouté que l’objectif est également de faire connaître le « génie » de la personnalité marocaine dans les domaines des sciences, de la littérature, de l’architecture, de l’art et de l’industrie, en tenant compte des apports des civilisations « mauresques » depuis la nuit des temps.

Au Maroc, il y a toujours eu un nationalisme fondé sur « l’épopée de la libération » (de la France et de l’Espagne) au cours du 20e siècle, en plus de la continuité de la dynastie alaouite au pouvoir depuis le 17e siècle et de la présence d’un État marocain depuis la fin du 8e siècle.

La nouvelle génération de la droite marocaine cherche les origines de la fierté nationale plus loin, dans la période pré-romaine, pour créer une nouvelle idéologie qui transcende les autres – islamistes, berbéristes ou socialistes – parce qu’elle considère qu’elles ne sont pas authentiquement marocaines.

POUR UN ÉTAT PLUS FORT

Le courant, selon Idbakrim, exprime son soutien « fort et total » à l’Etat marocain, notamment dans « les affaires qui ont une dimension internationale » car tout changement politique doit se faire dans un contexte de stabilité.

Mohamed Amin, un autre militant du mouvement, considère que l’identité mauresque se reflète dans le préambule de la Constitution marocaine, où elle apparaît comme une somme d’identités arabe, amazighe, saharienne, andalouse et même hébraïque.

L’histoire, dit Amin, « nous a appris que chaque fois que l’État marocain dégénère, le peuple marocain tombe sous la domination de puissances étrangères ».

Pour l’instant, le courant maure n’a pas d’existence en dehors des réseaux, mais Idbakrim a signalé que certains membres de cette tendance s’apprêtent à créer une association culturelle pour concrétiser leurs idées.

LACUNES SCIENTIFIQUES

Un historien et politologue, qui a participé à plusieurs polémiques en ligne avec eux, considère que ce « courant noir » ne repose pas sur des arguments scientifiques, mais sur une série de récits idéologiques sans fondement et aux intentions d’exclusion.

Selon ce chercheur, qui préfère ne pas donner son nom, il s’agit d’une réaction, probablement soutenue par une partie de l’État, pour combler un vide que le pays connaît au niveau culturel et politique en raison de la montée des courants islamistes.

« Les fondements sur lesquels (l’ancien roi) Hassan II s’est basé pour créer l’État moderne ont expiré, et le pays connaît également une crise d’identité, c’est pourquoi il était nécessaire de créer un nouveau récit », souligne l’analyste, se demandant s’il n’a pas surgi spontanément.

D’autre part, l’historien Hassan Aourid, a expliqué à Efe qu’il s’agit d’un mouvement encore embryonnaire qui recourt à une lecture idéologique de l’histoire pour justifier un caractère « unique ».

Aourid a ajouté qu’il s’agit du reflet local d’une vague de droite universelle, qui profite des réseaux sociaux pour diffuser ses idées, en adoptant les « théories du purisme », mais ses attentes dépendent de l’avenir global de la tendance. EFE

Swissinfo, 06 mai 2021

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