Algérie/Menace de démission collective – Les pompiers solidaires de leurs collLègues suspendus

Les agents de la protection civile ne reculent pas. Malgré les menaces brandies par le ministère de l’intérieur à leur encontre et les sanctions prises contre 230 pompiers, ce corps démontre qu’il reste déterminé à aller au bout de son action pour arracher ses revendications. Après la marche de dimanche dernier, les sapeurs pompiers ont organisé, hier encore, des sit-in à l’intérieur de leurs unités dans plusieurs wilayas du pays. En effet, à Alger, à Biskra, à Tizi-Ouzou, à Béjaïa, à M’Sila, à Tlemcen et à Ouargla, des centaines d’agents de la protection ont pris part à ces actions, comme on le voit sur de nombreuses vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

Les protestataires dénoncent notamment l’attitude de la tutelle qui a eu recours à la sanction pour mater ce mouvement. « Nous accordons un délai de 24h00 aux autorités pour réintégrer nos collègues suspendus, sinon nous irons vers une démission collective », lancent les protestataires. A Bejaia, les pompiers ont même organisé une marche dans les rues de la ville en réitérant leurs revendications. A Biskra, des éléments de la police se sont introduits à l’intérieur de la caserne, où les agents de la protection civile se sont rassemblés, pour tenter de mettre fin à l’action de protestation, comme montré sur une vidéo qui a circulé sur les réseaux sociaux. Une intrusion qui a suscité de nombreux commentaires dénonçant une atteinte au droit des agents de la protection civile à la manifestation.

Il faut rappeler qu’après avoir tenu des rassemblements, au niveau des wilayas, les « sapeurs-pompiers » ont tenté de marcher, dimanche 2 mai, vers la présidence de la République. Empêchés par la police, ils se sont dirigés par la suite vers le siège de leur direction générale à Alger. Contre toute attente, le ministère de l’Intérieur avait rendu public, le soir même, un communiqué dans lequel il a fait allusion à un « complot ».

Le département de Kamel Beldjoud accuse « des parties », sans les citer, d’instrumentaliser les préoccupations socioprofessionnelles des agents à des desseins politiques. « Nourri par des parties servant des agendas hostiles à l’égard de l’Algérie, ce mouvement intervient au moment où la tutelle a procédé à l’examen des préoccupations socioprofessionnelles des affiliés de ce corps et à la prise en charge des revendications soulevées dans le cadre de la loi, comme affirmé par le syndicat national des agents de la protection civile publié le 29 avril 2021 », lit-on dans le communiqué du ministère de l’intérieur.

Comme cela ne suffisait pas, le ministère a annoncé, lundi soir, la suspension de 230 agents de la protection civile ayant pris part à ce mouvement, tout en menaçant d’engager des poursuites judiciaires contre eux. Ce qui a aggravé la colère des protestataires qui préparent aussi une marche nationale dimanche prochain pour faire valoir leurs revendications. Celles-ci portent sur l’augmentation des salaires, la majoration du point indiciaire de 45 à 90 dinars, la révision du statut particulier, la revalorisation de la prime de risque ainsi que le règlement de la question du service militaire pour nombre d’agents dont la situation reste pendante.

L’Est Républicain, 06 mai 2021

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Samir Rabah