Algérie / L’argent du marché parallèle :Le grand enjeu

Depuis quelques années, les autorités s’intéressent à l’énorme masse monétaire qui circule en dehors des circuits bancaires.

Avec la crise du pétrole en 2014 et la grande baisse dans le volume des recettes et la montée des dépenses, les différents gouvernements qui ont succédé jusqu’à maintenant ont tenté de drainer cette masse par différents moyens et formules.

Des opérations de charme sans effets. Car, cela n’est pas simple. L’économie de l’informel est devenu, selon les analystes, un véritable système dans le système. Pourtant, il recèle des capacités insoupçonnées susceptibles de booster le marché financier du pays, de réinvestir des fonds dans des secteurs modernes et créer de la richesse pour l’Etat et la société.

Pour la plupart des experts, ces fonds faramineux sont situés chez des catégories sociales bien précises, comme les gros commerçants, les grands affairistes versés dans des activités informelles ou spéculatives.

Cependant, même des industriels et des fabricants se sont mis à thésauriser leurs bénéfices pour différentes raisons, notamment à cause du fonctionnement primitif de nos banques publiques, de la bureaucratisation et du manque de confiance envers tout le système.

On a même avancé des convictions religieuses chez des milliers de grossistes qui essaiment dans les circuits de distribution à travers les wilayas du pays et qui brassent des milliers de milliards de centimes, disponibles chez eux. Une manne que ni les services des impôts, ni le Trésor, ni les banques, ni les facilitations introduites dans l’épargne n’ont pu y toucher ou siphonner au moins un quart du volume total.

C’est grâce à ce trésor fiduciaire incontrôlable que cette frange a obtenu un pouvoir politique et économique immense, alimentant les mamelles de la corruption dans l’administration et maîtrisant les ficelles de la plupart des circuits économiques et commerciaux.

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a évoqué ce dossier des plus épineux, se montrant optimiste sur la portée des dernières mesures prises. Lors de sa rencontre avant hier avec des représentants de la presse nationale, Tebboune a révélé que le chiffre réel de ces fonds en circulation dans le marché parallèle oscillerait entre 6.000 et 10.000 milliards de DA, alors qu’en 2018, l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia estimait le chiffre à 5.000.

Pour le chef de l’Etat, la généralisation de la finance islamique au niveau des guichets des banques publiques pourrait drainer une partie de ces fonds qui dorment depuis des années. Il s’attend à un résultat positif en perspective.

“Nul ne détient le chiffre exact de l’argent en circulation en dehors du circuit officiel, estime Tebboune, ajoutant que la finance islamique introduite récemment et l’émission de titres sont à même de donner des résultats positifs.

Il a fait état de la récupération de quelque cent milliards de centimes en un seul mois, prédisant que davantage de fonds pourront être introduits dans le circuit officiel après les prochaines élections législatives du 12 juin et une meilleure stabilité du pays.

Dans la même optique, il dira que le changement de monnaie, comme remède à l’informel formulé par certains experts, ne donnera pas de résultat, se montrant sceptique: “Cela entrainerait de longues files de citoyens modestes et non d’hommes d’affaires venant échanger des montants à coup de milliards”.

Tebboune a expliqué l’émergence du phénomène du marché parallèle durant les années 90, au moment où le pays était confronté au terrorisme et à l’anarchie, qui ont destructuré tous les circuits économiques et financiers.

Dernièrement, le premier argentier du pays a évoqué la question de cette masse financière et la possibilité de réinjecter au moins le tiers dans les circuits bancaires officiels, avançant des critères de garantie, de sécurité des opérations et la confidentialité. Il a préconisé de créer d’abord un “climat de confiance”.

Or, avec la persistance du manque des liquidités, la dévaluation du dinar, la forte taxation des produits et des marchandises et la fiscalisation tout azimuts, le mauvais service au niveau des banques publiques, la faiblesse avérée dans la monétique, dans le E-paiement ou M-paiement, l’Etat mettra longtemps à draguer au moins 25% de cette masse financière.

Le Jeune Indépendant, 5 avr 2021

Etiquettes : Algérie, économie, marché parallèle, économie informel,