Algérie : Vaccin, politique et zeste religieux

par Abdelkrim Zerzouri


Le débat en a eu pour son overdose alors que les doses de vaccin n’arrivent pas du tout ou au compte-gouttes, dans les centres de vaccination. En Algérie, qui vient de recevoir ses premiers lots et partout dans le monde, en raison de problèmes de production insuffisante et d’acheminement, le vaccin se fait désirer. Mais pas la polémique qui n’arrête pas de gonfler, ici et ailleurs. Faut-il pour autant s’étonner que les vaccins anti-Covid-19 aient eu une aussi importante amplification dans les débats publics ? C’est l’histoire d’une époque exceptionnelle que l’humanité est en train d’écrire. Et sans le savoir encore, on se condamne dans des positions qui n’honorent pas le genre humain.

Le vaccin, fabriqué dans des laboratoires par les scientifiques, est vite tombé entre les mains des gouvernements, des politiciens, qui n’en font pas uniquement et toujours usage médical, humanitaire, donc. L’Europe a interdit toute exportation des vaccins fabriqués sur ses terres. Moi d’abord ou après moi le déluge ! Comment ne pas penser que le vaccin anti-Covid-19 a été outrancièrement politisé? Il s’agit d’une réaction de survie dans la jungle habitée par le coronavirus.

Les pays riches ont bien avancé dans la vaccination de leurs populations, et encore, certains ne sont pas contents du rythme des vaccinations, au moment où d’autres commencent à peine à injecter les premières doses, sans oublier de souligner en gras qu’il y a des pays qui n’ont pas commencé la campagne de vaccination et ne savent pas, n’ayant pas encore passé commandes, s’ils peuvent bien le faire de sitôt.

L’Iran, dans la continuité des hostilités qui animent ses relations avec le monde occidental, a interdit toute importation de vaccins américain ou britannique, ainsi que le vaccin russe pour des raisons scientifiques, et opte à peine, dans une réaction très tardive, pour le vaccin chinois. L’enjeu politique est de taille pour les pays développés et les moins que ça, qui veulent à tout prix renouer rapidement avec le dynamisme économique. Certains autres, producteurs de vaccins, tentent de reconfigurer ou raffermir leurs relations avec les pays qui ne font pas le poids dans la course à l’approvisionnement au vaccin auprès de laboratoires saturés par les demandes des pays riches.

La Russie et la Chine, qui proposent des vaccins à des prix abordables, dament le pion sur ce plan aux autres pays qui en produisent. C’est dans le besoin qu’on reconnaît ses véritables amis. L’adage colle parfaitement à cette époque exceptionnelle qui modifie à une vitesse grand V l’espace géopolitique.

On savait que la pandémie de la Covid-19 allait remodeler la polarité des relations entre pays, mais on ne savait pas que c’est le vaccin qui devait les conduire à ce monde impitoyable. Le vaccin, en sus du débat scientifique autour de son efficacité, est partout une sérieuse affaire politique, mais en Algérie, il s’en trouve des gens (des internautes), non contents, peut-être, que l’Algérie ait pu tenir parole et entamer les vaccinations au mois de janvier, qui en rajoutent un zeste de religion, affirmant que le vaccin russe est « haram » (illicite). Dans quels laboratoires ont-ils analysé ses composants pour affirmer qu’il contient des substances déclarées illicites en islam ? Des analyses, du reste, quasi impossibles à obtenir vu le secret qui entoure sa formule scientifique. Et sa prochaine fabrication en Algérie n’est pas pour plaire à des groupes politiques et à des pays, qui veulent avoir pour eux toute l’exclusivité du marché africain, notamment.

Le Quotidien d’Oran, 2 fév 2021

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