Algérie : le spleen carrossé

Par Madjid Khelassi

Le ministre des Transports propose que l’on construise des autoroutes à 2 étages pour fluidifier la circulation routière dans la capitale.

Elles seront réalisées de manière superposée avec la rocade sud (Aéroport d’Alger-Zeralda) et de l’autoroute-Est( Aéroport d’Alger- Alger-Centre), a-t-il expliqué, ajoutant que la capacité des autoroutes actuelles ne suffit plus pour absorber le flux du trafic routier dans la capitale estimé à 22 000 véhicules/jour. Jolie profession de foi, n’était-ce, cette manie bien algérienne de sacrifier l’accessoire à l’essentiel.

Alger ville-réceptacle qu’assiège quotidiennement un torrent de voitures sur des routes variolées, a triste mine ! Car, mis à part les tronçons très voyants et empruntés par les officiels, les routes de la capitale intra-muros, vivent l’année entière entre nids de poules et crevasses fatidiques.
Bienvenue dans le road-trip d’Alger, capitale de l’Algérie pétrolifère…aux routes en bitume désespéré.

Bienvenue dans El Harrach, Baraki, Djenen Mabrouk et Rovigo…où les voitures labourent un serpent routier digne des pistes du Far-west.

Voyage cahotant aux frontières du rodéo, le périple algérois des voitures navigue entre bouchons inouïs et asphalte désolé.

Bienvenue dans le réseau routier d’Alger la blanche où les routes ne sont belles que là où Ahmed regarde
(expression populaire désignant la primauté de l’accessoire sur l’essentiel).

Il est 9 heures du mat…Au centre d’Alger. La crise de nerfs sort des pare-brise pour exploser dans les artères du stationnement impossible. Grand projet urbain du temps de Rahmani, immense projet «rapineux» du temps du wali d’il y’a si peu, Alger, tache floue dans le buvard de nos rêves, agonise dans les embouteillages et le manque de parkings de stationnement. La virée en voiture à Alger est une ligne sans terminus. La ville raconte chaque jour un deuil de son passé. Propreté, blancheur, stationnement réglementé, flics sifflant avec enthousiasme au passage de conducteurs respectueux…

La fête est finie. La grande nouba, qui voulait faire d’Alger la plus belle capitale de la Méditerranée, finit chez les parkingueurs.

Des autoroutes à étages dans Alger ? Pourvu que ça n’aboutisse pas au grand 8 du spleen carrossé.

La Nation, 27 jan 2021

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