Maroc : RSF dénonce la répression des journalistes

IL FAIT PASSER LES JOURNALISTES CRITIQUES POUR DE « VULGAIRES DÉLINQUANTS » POUR LES DISCRÉDITER : Le Makhzen mis à nu par RSF

Pour neutraliser les journalistes critiques et affaiblir les combats pour les droits humains comme celui des femmes, le Maroc sombre dans une hystérie qui semble dépasser toutes les bornes de la bienséance et le respect de la moralité des sujets de Sa Majesté.

Dans une vidéo publiée le 18 janvier dernier sur sa page Twitter, Reporters sans frontières (RSF) dénonce ce qu’elle a qualifié de campagne honteuse contre les journalistes qui dérangent, « et qui deviennent subitement des délinquants », encourant des condamnations infamantes à l’instar de celles rendues dans des affaires d’adultère, d’agression sexuelles, de viol, de traites d’êtres humains ou encore d’avortement illégal. Dans sa vidéo, RSF cite le cas de 6 journalistes qui ont payé pour leurs positions critiques en devenant la cible d’un véritable harcèlement judiciaire orchestré par le Makhzen et mené par la Brigade nationale de la police judiciaire et la justice.

Parmi les cas qu’elle a relevés figure celui de Maati Mounib un opposant, journaliste et militant des droits de l’Homme qui croupit en prison depuis le 29 décembre dernier pour une accusation de blanchiment d’argent. Son cas n’est pas isolé et la machine répressive du Makhzen a orchestré une véritable campagne de harcèlement judiciaire et de dénigrement contre tous ceux qui dérangent. L’astuce pour mettre la machine punitive en marche sont des accusations ayant un lien avec les bonnes mœurs, comme les agressions sexuelles, les viols, la traite des êtres humains ou encore l’avortement.

Ces délits qui sont mal vus par la société marocaine et lourdement sanctionnés par les lois du royaume sont utilisés par le Makhzen pour décrédibiliser le journaliste, tuer symboliquement l’opposant et décourager ses potentiels soutiens.

La vidéo de l’ONG cite également le cas du directeur de publication du quotidien Akhbar El-youm, son rédacteur en chef et une journaliste qui font l’objet de harcèlement judiciaire pour des motifs comme l’adultère, l’avortement, l’agression sexuelle ou encore la traite d’êtres humains.

Procès d’intention et chantage

Khadija Ryadi, ancienne présidente de l’Association marocaine des droits de l’Homme et plusieurs autres organisations de femmes soutiennent le combat de ces opposants et dénoncent la campagne de harcèlement qui les cible. Le document cite même des cas où l’accusation s’est appuyée sur une simple audition du plaignant au lieu d’une plainte officielle, contrairement aux dispositions du code des procédures judiciaires ou encore des pressions exercées sur les plaignants pour les pousser à ne pas se rétracter ou à retirer leur plainte.

Cette méthode n’est pas nouvelle pour le Makhzen qui l’a déjà expérimentée dans sa guerre contre les opposants. Le parti islamiste (Parti justice et développement), qui détient la majorité parlementaire a fait les frais de cette pratique qui a permis de le mettre au pas. Il y a quelques mois, la presse marocaine avait curieusement cité plusieurs affaires d’atteinte aux bonnes mœurs dans lesquelles sont cités ses députés, hommes et femmes. Un couple de parlementaires, où la femme est reconnue veuve sur les registres d’état civil s’est vue accusée d’adultère et poursuivie en justice.
Son co-accusé eut beau affirmer avec l’appui de témoins qu’il était lié à cette femme par les liens religieux de la fatiha, mais sans parvenir à faire stopper la machine judiciaire qui l’avait happé.

Aujourd’hui, le PJD détient certes la majorité dans le parlement marocain mais il est pris en otage par le Makhzen qui lui dicte la ligne à suivre, comme celle de cautionner les dérives expansionnistes du Maroc ou encore la normalisation de relations diplomatiques avec Israël.

Enfin, RSF a appelé la rapporteuse des Nations unies pour les violences faites aux femmes à présenter un rapport détaillé à l’Assemblée générale onusienne ou encore à œuvrer pour l’ouverture d’enquêtes approfondies sur ces affaires où la morale est royalement ignorée par le Makhzen et ses sbires.

Slimane Ben

Le Courrier d’Algérie, 26 jan 2021

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