Je t’aime, moi non plus !

Moncef Waf
 Publié dans Le Quotidien d’Oran le 23 – 08 – 2016
Difficile de croire à une lune de miel dans le couple algéro-marocain tant les tensions ont caractérisé leurs relations ces dernières années. Pourtant, le dernier échange épistolaire entre les deux capitales suggère d’un apaisement ou au moins laisse entrevoir un retour au calme. Répondant à un message de vœux de Bouteflika, adressé à l’occasion de la célébration de l’anniversaire de la Révolution du roi et du peuple où il était question de raffermissement des liens de fraternité et de solidarité entre les deux peuples frères, Mohammed VI a rappelé la nécessité d’une solidarité avec l’Algérie pour faire face aux défis sécuritaires et de développement dans la région. 
On est loin des discours musclés traditionnels du roi marocain où il s’en prenait systématiquement à l’Algérie la rendant responsable de la situation au Sahara Occidental et de la fermeture des frontières terrestres. Si l’opinion publique estime que les choses évoluent dans le bon sens, les observateurs pensent que ces messages sont dictés par les événements de l’heure. Principalement du côté marocain. Sans aller jusqu’à les accuser de mauvaise foi, il ne fait aucun doute que le discours conciliant du roi alaouite répond à des considérations liées au dossier du retour du Maroc dans le giron africain. Voulant passer en force, en posant des conditions inacceptables pour le reste de l’Afrique, le Maroc a joué et perdu cette bataille. L’Algérie, ne dérogeant pas à ses habitudes diplomatiques, a toujours évité de répondre aux provocations de son voisin, se prévalant du droit international et appelant toujours au renforcement des relations bilatérales. La nouveauté dans le discours royal, c’est son absence de référents au dossier sahraoui, lu comme un signe du Maroc d’éviter les sujets qui fâchent. Mais cette volonté s’arrête à ces lignes puisque, concrètement, les relations entre Rabat et Alger ont plus tendance à s’inscrire dans la tension que dans le dégel. Les exemples de provocations sont nombreux et on voit mal comment les choses vont changer alors que la politique du Maroc dans la région dit tout le contraire. Le trafic de drogue, le conflit sahraoui sont autant de griefs qu’on peut reprocher aux Marocains.
Si l’heure est à l’optimisme de circonstance et aux signes de bon voisinage, le prochain incident entre les deux pays nous renseignera sur la nature même de ce retour aux sources.