Le loup dans la bergerie ?

par Moncef Wafi

Le Maroc va-t-il faire amende honorable après son probable retour dans la maison UA ? Rien n’est moins sûr surtout à écouter les explications de Mezouar, le chef de la diplomatie de Sa Majesté qui affirme que le Maroc ne fait que répondre aux prières des pays africains de réintégrer l’Union. Rabat, l’on se rappelle, avait claqué la porte de la défunte Organisation de l’unité africaine en 1984 pour protester contre l’admission du Sahara occidental en son sein. 
Un peu plus de trente ans plus tard, le Maroc multiplie les démarches pour revenir par la grande porte. Pourquoi, serait la question la plus légitime que les observateurs peuvent se poser à la lumière d’un bras de fer entre le Makhzen et Ban Ki-moon qui a conduit à l’expulsion de la composante civile de la Minurso des territoires occupés d’El Ayoun et surtout d’une remontée de bretelle mémorable de la part des Américains à propos de cette histoire. En fin de compte, les Nations Unies ont confirmé le retour du premier groupe du personnel civil de sa Mission pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental en indiquant que ses activités seront rétablies graduellement. 
Si le bras de fer avec l’ONU a échoué, le Maroc veut puiser une autre légitimité de l’intérieur même de l’UA. Si officiellement l’Union africaine a toujours épousé la légitimité internationale dans le traitement du dossier sahraoui, il n’en demeure pas moins que le dessein marocain, semble-t-il, est de grignoter petit à petit cette cohésion. Sa stratégie africaine, dévoilée par les câbles diplomatiques confidentiels publiés par le Snowden marocain, vise à faire du Maroc le bon Samaritain de l’Afrique, proposant ses services pour établir des liens avec l’Europe, en vue de polluer et de casser l’axe Alger-Abuja-Pretoria et de fragiliser la position sahraouie au sein de l’UA. 
Ce retour marocain s’inscrit dans une volonté de porter le combat à l’intérieur même de la citadelle africaine dans un corps à corps pour obtenir le ralliement de certains pays «amis» au processus onusien au Sahara et leur demander de retirer leur reconnaissance à la RASD. Rabat cherche aussi à asseoir son influence au sein de l’UA pour mieux distribuer les cartes et surtout peser sur les décisions majeures de l’Afrique quitte à saborder par la suite cette structure. Alors, le retour du Maroc à l’UA est-il une bonne chose ? Pour qui ? Est-ce faire entrer le loup dans la bergerie ou un début d’une solution à la cause sahraouie ?