Un combattant de la liberté s’en va

Mohamed Abdelaziz s’est éteint, hier, suite à une longue maladie. Depuis 1976, il portait très haut le flambeau qui symbolisait la lutte du peuple sahraoui pour son indépendance. Il est mort après des années de lutte acharnée sans pouvoir accéder au doux rêve qu’il caressait…
Abla Chérif – Alger (Le Soir) – L’annonce de son décès a jeté l’émoi parmi les personnalités algériennes qui le connaissaient. Dans la presse algérienne, où il comptait énormément d’amis et de sympathisans, la nouvelle a été perçue comme un choc, même si tous savaient que Mohamed Abdelaziz, souffrant, n’en avait plus pour longtemps. 
La gorge étreinte, d’anciens journalistes spécialisés dans le dossier du Sahara occidental et ayant vécu les rudes batailles contre les FAR (Forces armées royales) évoquent le personnage connu pour son haut sens des responsabilités. Les plus jeunes tentent de retrouver les photos prises avec lui dans les camps de réfugiés de Tindouf. En treillis militaire, il n’hésitait pas à recevoir tous les représentants de la presse, algérienne ou internationale, qui désiraient le rencontrer ou l’interviewer. Hier, la nouvelle a fait le tour des agences du monde en très peu de temps. Né en 1948 à Smara, il était chef militaire et membre fondateur du Front Polisario où il est élu au bureau politique en 1973. Après l’assassinat d’El-Ouali Mustapha, il est élu secrétaire général du Front Polisario en juin 1969. En octobre 1976, il est désigné président de la RASD (République arabe sahraouie démocratique) un poste qui ne l’empêche pas de poursuivre des opérations militaires pour un certain temps encore. 
A Alger, la nouvelle tombe alors que s’ouvre un Conseil des ministres bien attendu. Le Président Bouteflika ouvre la séance en observant une minute de silence et par la lecture de la Fatiha à la mémoire du défunt. Il décide également de décréter un deuil national de huit jours à la mémoire du leader sahraoui. 
Un message de condoléances est adressé au président du Conseil sahraoui qui assure l’intérim. En France, en Espagne, en Italie, à Cuba, au Mexique et bien ailleurs dans le monde, la nouvelle est mise immédiatement en ligne. Le décès intervient à un moment crucial que traverse le dossier du Sahara occidental. Celui où le roi du Maroc décide de mettre fin à toute solution politique et laisse entrevoir la possibilité de recours de nouveau aux armes pour s’approprier le Sahara qu’il convoite. 
De son vivant, Mohamed Abdelaziz avait été salué pour sa sagesse qui avait justement évité la reprise du conflit en s’astreignant à toutes les recommandations internationales qui lui étaient faites. Chef militaire mais aussi diplomate, il avait accepté la signature d’un cessez-le-feu (en septembre 1991) remettant ainsi le sort de tout un peuple qu’il conduisait aux Nations-Unies, espérant que sa démarche pacifique aboutirait à libérer les siens. 
L’Histoire retiendra qu’à son époque, la diplomatie sahraouie, très active à travers le monde, a abouti à une condamnation unanime du Maroc par la communauté internationale. Récemment, la Cour de justice de l’Union européenne a même été jusqu’à suspendre ses accords commerciaux avec le royaume. Ces dernières années, l’une de ses missions consistait aussi à tenter de calmer les jeunes Sahraouis, impatients et excédés par des années de souffrance et d’attente qui appellent à la reprise de la lutte armée pour en finir. Son successeur parviendra-t-il à calmer les esprits ? Certaines informations avancent le nom de Brahim Ghali. Cet ancien ministre de la Défense sahraoui semble avoir été choisi pour occuper, prochainement, le poste de coordinateur du Front Polisario. Son parcours fait de lui l’homme tout désigné pour assurer la succession. Mohamed Abdelaziz est mort. Son combat continue…
A. C.
L’Algérie décrète un deuil national de 8 jours 
«A la suite du décès du Président Mohamed Abdelaziz, secrétaire général du Front Polisario, président de la République arabe sahraouie démocratique, Son Excellence Monsieur Abdelaziz Bouteflika, président de la République, a entamé la séance du Conseil des ministres, qu’il a présidé ce jour, par l’observation d’une minute de silence et la lecture de la Fatiha à la mémoire du regretté défunt», a indiqué un communiqué de la présidence de la République. 
«M. le Président de la République a également décrété un deuil national de 8 jours à travers tout le territoire national, en hommage à la mémoire du défunt leader sahraoui», a ajouté la même source. 
Le chef de l’Etat a adressé aussi un message de condoléances au président du Parlement sahraoui, qui assure l’intérim du défunt, a conclu la même source.
APS