Les exigences de négociations « sérieuses et responsables » entre le Maroc et le Front Polisario

Les exigences de négociations « sérieuses et responsables » entre le Maroc et le Front Polisario 
Ban Ki-moon en tournée maghrébine
Larbi Chaabouni
Il y a un temps pour tout. Un temps pour la responsabilité interpellant, un demi-siècle après l’inscription du Sahara occidental dans le chapitre des territoires non autonomes (TNA), un quart de siècle après la signature des accords de paix maroco-sahraouis, l’ONU garante de la décolonisation inachevée et du respect des engagements internationaux dûment contractés par le défunt Hassan II et reniés par le fils Mohamed VI. Et un temps de la raison pour le Maroc colonial, forçant à la démission de l’ancien secrétaire d’Etat, James Baker, et déclarant l’actuel envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU, Christopher Ross, persona non grata. 
Même le patron de l’ONU, Ban Ki-moon, n’a pas échappé au traitement de choc de Rabat, chassé de l’OUA devenue l’Union africaine solidaire de la cause sahraouie et suspendant « tout contact » avec l’Union européenne sanctionnée pour l’annulation de l’accord de pêche. Le verdict de la communauté internationale, intégrant aussi les partenaires de la famille humanitaire, des médias et des élus européens empêchés manu militari de se rendre aux territoires sahraouis occupés, valide l’urgence du référendum d’autodétermination légalement prévu par le statut de TNA et conforté par les accords de paix de septembre 1991. « Cela va de soi que l’occupant (marocain) va, à la fin, se cogner la tête contre le mur. C’est pour cela que nous disons qu’il est temps que le Maroc revienne à la raison et accepte d’appliquer avec nous ce qu’il a signé dûment sous les auspices des Nations unies », a martelé de Rabouni (base Echahid El Hanafi), le ministre des Affaires étrangères sahraoui, Mohamed Salem Ould Salek, à la veille de la célébration du 40e anniversaire de la proclamation de la République arabe sahraouie (RASD) rappelant qu’« une mission spéciale, qui est la Minurso, à été envoyée à cette fin » pour organiser le référendum d’autodétermination.
Le message sahraoui se fonde sur le fait que « si les Nations unies n’avancent pas, le peuple sahraoui va avancer ». Cette démarche pacifique se renforce par le refus du « statu quo intenable », dénoncé par Christopher Ross voué dès lors aux gémonies par Rabat. Elle est aussi partagée par le secrétaire général de l’ONU plaidant pour l’ouverture de négociations « sérieuses et responsables » entre les deux parties au conflit, soit le Maroc et le Front Polisario. Face à une impasse, alimentée par les tergiversations marocaines et la volonté de substituer à la légalité internationale les chimères de l’autonomie conçue comme l’unique alternative, le patron de l’ONU s’implique dans une tournée maghrébine qui le mènera, après l’étape espagnole
(1er mars) et béninoise (3 mars), en Mauritanie (4 mars), dans les camps des réfugiés sahraouis et Alger (6 et 7 mars) où il procédera, également, au coup d’envoi des travaux de la 5e assemblée générale de la conférence de Kigali relative à la violence contre les femme. Les bases consensuelles du dialogue outrageusement dédaigné par le Maroc, plus que jamais installé dans un splendide isolement, se mettent en mouvement pour une meilleure perception de la réalité du terrain occultée par le génocide à huis clos imposé à la société internationale. Le déni colonial est la traduction concrète du déni maghrébin qui souffre à la fois du rejet du dialogue et des dérives de l’invasion marocaine fondamentalement condamnée le retrait de la Mauritanie de la tripartite du 14 novembre 1975.
Lors de son déplacement en terre maghrébine, le secrétaire général de l’ONU a intégré dans son agenda les acteurs de la paix pour laquelle il est indéniablement reconnu que l’Algérie dégage un excédent dans la région de tous les défis, tout comme l’engagement résolu du peuple sahraoui reste indéniable en dépit du manquement marocain aux accords conclus sous l’égide de l’ONU. En Mauritanie où Ban Ki-moon prononcera un discours sur la sécurité au Sahel et dans les camps de réfugiés sahraouis, les enjeux de la paix dont la question reste l’élément majeur pèsent sur la tournée maghrébine. Selon le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Christophe Dujarric, le compte rendu de ce voyage sera intégré dans le prochain rapport qui sera présenté, en avril, au Conseil de sécurité. Le diktat marocain a donc vécu.
Horizons, 27 – 02 – 2016