Nouveau dérapage marocain

par Moncef Wafi

Salaheddine Mezouar, le ministre marocain des Affaires étrangères, s’est de nouveau attaqué à l’Algérie sur un dossier pourtant d’importance régionale. Rabat qui cherche à ne pas se faire distancer diplomatiquement sur les questions régionales a accusé Alger, sans la nommer, de forcer la main à certaines parties maliennes pour accepter l’accord éponyme signé le 1er mars dernier. 
Salaheddine Mezouar, connu surtout pour son incommensurable haine de l’Algérie, n’a pas assez de mots durs pour qualifier la médiation algérienne qui a réussi le tour de force de réunir toutes les parties en conflit au Mali, opposition du Nord et gouvernement, autour de la table de négociations pour un dialogue inclusif. Il évoquera le traitement du dossier d’«une manière opportuniste par des parties directement intéressées», dans une allusion à peine voilée à Alger. Le communiqué des AE marocaines utilise une terminologie offensive et offensante en parlant de «menaces, de manœuvres d’intimidation ou de chantage» pour imposer une solution au conflit malien. Rabat accuse également l’Algérie, et ce qui est d’autant plus grave, de prendre le Mali comme une «arrière-cour privée». 
Cette incursion verbale du Maroc dans le dossier malien, alors qu’il n’existe pas de lien ni géographique ni stratégique entre les deux pays appelle plusieurs réflexions. En effet, c’est un Maroc chagrin qui cherche à dénigrer une médiation salvatrice parce que sa diplomatie n’a pas été en mesure de peser en quoi que ce soit sur les événements régionaux. Parce que c’est un Maroc qui a échoué dans sa tentative de supplanter l’Algérie, dans un premier temps, sur le dossier malien avant de se rabattre sur la question libyenne quand Alger a proposé un dialogue inclusif entre Libyens. Le Royaume a cherché délibérément à court-circuiter l’offre algérienne en voulant abriter une réunion de pourparlers entre certaines parties libyennes. 
Si l’intérêt premier de l’Algérie est de sécuriser ses frontières directes avec des pays sous tension, le Maroc, lui, essaye de se replacer dans une guerre de leadership régional qu’il est le seul à mener. Son engagement militaire dans la force de frappe arabe qui bombarde les enfants du Yémen en est encore une preuve. Rabat n’en est pas à sa première attaque frontale contre l’Algérie, et certainement pas la dernière. Le devoir de mettre fin à ces agressions verbales s’impose quitte à mettre entre parenthèses les relations diplomatiques avec notre encombrant voisin. 
Pour rappel, Salaheddine Mezouar avait qualifié l’attitude d’Alger sur le dossier du Sahara occidental de «minable». Une position constante de l’Algérie sur la question de la décolonisation du Sahara qui lui a valu l’inimitié du Royaume. Le chef de la diplomatie marocaine avait alors affirmé que «l’Algérie utilise tous les moyens financiers et logistiques pour contrecarrer les efforts du Maroc visant à trouver une résolution» à cette question, lors d’une audition publique devant une commission parlementaire. Mais plus grave encore, il avait estimé que son pays n’est pas en conflit avec le Polisario «mais avec l’Algérie». Une déclaration à la limite d’une déclaration de guerre, pas que seulement froide, dans la pure lignée des appels à l’annexion des villes algériennes lancés par des extrémistes marocains à l’image du parti nationaliste de l’Istiqlal dont le secrétaire général, Hamid Chabat, avait souhaité une offensive militaire pour récupérer Tindouf et Béchar, «des territoires marocains colonisés par l’Algérie».