L’agonie de Mohamed VI

Il semble que l’énormité de la situation au Sahara occidental et la consécration internationale du Front Polisario, lui échappent. Tout à son oeuvre, il renie l’acte de colonisation d’un territoire qui, historiquement n’appartient pas au Maroc. Il s’efforce d’oublier ce qui a fait de sa monarchie, le principal ennemi public du progressisme maghrébin. Dans ce « caniveau », cette fuite en avant, les multiples ruses du Makhzen sont connues non seulement des Algériens mais aussi de la Communauté internationale.
Dans ce discours royal, les attaques agissantes du roi, ne sont autres que des propos guerriers. Mais en réalité, elles ne suffisent pas à le débarrasser d’une aventure coloniale trop encombrante, comme le régime sioniste, suite à l’élargissement de la reconnaissance internationale de l’Etat de la Palestine, est en train de faire l’expérience à ses dépens. Les traces du voisin de l’ouest sont difficiles à suivre: n’a-t-il pas toujours cherché à brouiller les pistes de l’organisation d’un référendum au Sahara occidental sous les auspices des Nations-Unies et de refuser catégoriquement la négociation à ce sujet avec le Front Polisario.
Mais pour preuve, ces traces viennent d’être dévoilées par Mohamed VI dans son discours de jeudi: « Non à la tentative visant à modifier la nature de ce conflit régional en la présentant comme une affaire de décolonisation. En effet, le Maroc dans son Sahara, n’a jamais été une puissance d’occupation ou une puissance administrative, il exerce plutôt les attributs de sa souveraineté sur sa terre », a-t-il martelé.
Le monarque de Rabat continue à avoir des prétentions sur ce territoire et à invoquer des « droits « historiques » pour justifier sa « récupération des provinces sahariennes ». Certes, on peut récuser à priori la thèse marocaine en montrant que, même si ces « droits » sont réels, ils ne peuvent justifier l’annexion du Sahara occidental sans l’accord de sa population. Car des revendications territoriales se fondant sur des droits historiques ne sauraient s’opposer à l’exercice du droit à l’autodétermination par les populations intéressées. Ce raisonnement juridique peut sembler acceptable, mais il n’est pas tout à fait justifié, car, si un Etat a été démembré par la colonisation, il a le droit de recouvrer son intégrité territoriale lors de la décolonisation: c’est ce que prétend faire le roi Mohamed VI en récupérant ses « provinces du Sud ».
Mais, le Maroc feint d’oublier que la colonisation du Sahara occidental n’a pas entraîné son démembrement, ni violé son intégrité territoriale. Il y a lieu de rappeler dans ce cadre, que lors de son avis consultatif du 16 octobre 1975, la Cour de la Haye a rejeté nettement » la prétention du Maroc selon laquelle il a exercé une souveraineté territoriale sur le Sahara occidental ».
Pour sa part, l’ONU place la lutte du peuple sahraoui dans le cadre, plus général, du combat des peuples contre le colonialisme. Une lutte qui s’inscrit dans le droit-fil de l’évolution, du droit international de la décolonisation, amorcée par la Résolution 1514 (XV) du 14 décembre 1960, portant déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, et prolongée, depuis lors, entre autres, par la Résolution 2625 (XXV) du 24 octobre 1970, relative aux principes du droit international touchant les relations amicales et la coopération entre les Etats.
Dans ce cadre, le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui a été expressément réaffirmé à travers de multiples résolutions des Nations-unies et du Conseil de sécurité mais en vain… Le Maroc dans son entêtement ne reconnaît aucunement ses avis historiques, juridiques et mêmes les résolutions de l’ONU. De ce fait, les prétentions de Rabat sur le Sahara occidental sont dépourvues de tout fondement historique et juridique, ce qui devrait priver la monarchie de tout argument sérieux dans ce conflit avec le Front Polisario.
Dans toute cette affaire de décolonisation qui dure depuis quatre décennies, le Maroc dans sa fuite en avant, n’a de bouc émissaire que l’Algérie. Une persistance que le roi Mohamed VI, vient de réitérer jeudi, en accusant l’Algérie d’être derrière ce conflit, s’adressant à la communauté internationale, il déclare « Faute de faire assumer sa responsabilité à l’Algérie en tant que principale partie dans ce conflit, il n’y aura pas de solution. Et faute d’une perception responsable de la situation sécuritaire tendue qui sévit dans la région, il n’y aura pas de stabilité ».
Dans un autre délire, le roi pris à la gorge par le développement économique et social de l’Algérie alors que son royaume vit sous la perfusion du FMI, de la Banque mondiale et la charité de ses semblables dans le Golfe, semble bien impressionné par cette évolution de l’Algérie et qui très certainement l’inquiète au plus profond de lui-même : « Si, le Maroc n’a ni pétrole, ni gaz, alors que l’autre partie possède un  »billet vert » dont elle croit qu’il lui ouvre les portes, au mépris du droit et de la légalité, nous avons, en revanche, nos principes et la justesse de notre cause. Mieux encore, nous avons l’affection des Marocains et leur attachement à leur Patrie ».
C’est là une tactique enracinée dans la tradition coloniale du voisin de l’ouest. Depuis le début de l’occupation du Sahara occidental (1974), et depuis la fermeture des frontières entre les deux pays (1994), le Makhzen, devenu maître en la matière, s’efforce d’exacerber les tensions avec Alger, les rivalités entre les deux peuples, les vieux démons etc., pour tenter de susciter l’oubli par la communauté internationale de la question sahraouie.
Il est évident que le monarque de Rabat a pleinement conscience que l’autodétermination du peuple sahraoui, sa liberté et sa souveraineté nationale seraient un suicide pour le Palais royal. Nombre de citoyens marocains, l’opposition et même les observateurs étrangers neutres estiment que le Makhzen est en train de piller le pays au profit d’une guerre qui n’intéresse par le peuple marocain. Il ne reste que peu dans les caisses du Palais royal qui quémande les aides à gauche et à droite.
 
La vie est de plus en plus chère. La situation sociale est particulièrement grave. Cela n’empêche pas le roi de continuer à dépenser plus qu’il n’en faut dans son escalade militaire contre le peuple sahraoui. C’est honteux.
A. Z.