Mouaamar Kadhafi fait peur aux rebelles libyens…même après sa mort

L’ex bras droit du défunt colonel Mouammar Kadhafi, Ahmed Keddaf Eddam, sort de son silence dans un entretien exclusif accordé à Echorouk au Caire (Egypte).
Echorouk : comment voyez-vous la Libye aujourd’hui ?
Ahmed Keddaf Eddam : la guerre a transformé la Libye et l’Afrique en un champ de batail et en un bain de sang. La région est devenue une véritable zone de conflit. Des armes circulent librement dans toute la région, du sang effusé, des femmes violées et emprisonnées, personne n’est sûr. Bref l’avenir est incertain…
Echorouk : c’est pour toutes ces raisons que vous avez proposées un plan de sortie de crise ?
Ahmed Keddaf Eddam : j’ai proposé un plan pour sortir de la crise et pour panser les blessures du passé. Cette initiative ne peut aboutir qu’avec un vrai dialogue entre les vrais patriotes de la Libye. Nous n’avons que deux alternatives devant nous pour sortir de la crise actuelle: soit le dialogue, soit le « suicide » collectif. J’ai rencontré les représentants de plusieurs tribus libyennes ainsi que des jeunes. Certains ont rejeté mon initiative arguant que les uns ont été installé par l’Organisation du traité de l’atlantique nord (OTAN), et les autres sont fidèles à l’ancien régime (de Mouaamar Kadhafi).
Echorouk : alors que le Conseil national de transition (CNT) minimise la crise, vous, en revanche, lui donnez une grande ampleur, pourquoi ?
Ahmed Keddaf Eddam : les responsables du CNT voient la crise libyenne d’un seul angle. Je ne pense pas que les libyens qui étaient sortis dans les rues et les places publiques pour soutenir Mouammar Kadhafi soient envolés du jour au lendemain. Moi je communique avec les deux parties (les responsables du CNT et les pros Kadhafi). Je connais très bien leur manière de penser et comment ils se préparent pour se venger. Je sais que les tribus qui ont été lésées jusqu’à maintenant se préparent pour se soulever. D’ores et déjà, plusieurs quartiers de Tripoli se préparent. Pis encore, même ceux qui étaient contre le régime de Mouammar Kadhafi sont mécontents de la situation actuelle. Si le gouvernement libyen et le CNT sont satisfaits de la situation actuelle, cela ne reflète pas la volonté des libyens. Il ne faut pas se voiler la face : la situation actuelle en Libye est inquiétante. La solution pour sortir de cette situation réside sans le dialogue et la réconciliation.
Echorouk : pensez-vous que le CNT est capable de faire sortir la Libye de sa crise ?
Ahmed Keddaf Eddam : le CNT a la volonté, mais pas les capacités parce qu’il n’est pas enraciné chez les libyens. La majorité des responsables du CNT sont venus de l’extérieur. Ainsi ils ne connaissent pas la composante de la population libyenne. Certains d’entre eux ne connaissent pas la démographie libyenne, encore moins la nature et la mentalités libyennes.
Echorouk : ne pensez-vous pas que votre initiative est irréalisable vu que le CNT demande votre extradition pour être jugé en Libye ?
Ahmed Keddaf Eddam : si toutes les personnes ayant fait partie de l’ancien régime sont soit vouées au silence soit à la prison, les responsables du CNT devraient se taire parce que la majorité d’entre eux ont fait partie du régime de Kadhafi. Tous les responsables et dirigeants à l’est et à l’ouest sont « issus » de la « tente » de Mouaamar Kadhafi. Ils l’ont nommé et soutenu en janvier et février. Seul le peuple libyen peut donner son avis sur l’ancien régime libyen. Certains me traiteront de traître, mais j’affirme que Mouammar Kadhafi sera innocenté par l’histoire et il aura le rang qu’il mérite. Mouammar Kadhafi est mort, mais la Libye est toujours là et le CNT a peur et aura toujours peur de lui-même après sa mort. La façon avec laquelle il a été enterré est scandaleuse, c’est tout simplement un crime. Il est de coutume chez les musulmans de remettre les cadavres des morts à leurs familles (pour qu’ils soient enterrés), pourquoi le CNT n’a pas remis le corps de Mouaamar Kadhafi à sa famille ?
Echourouk, 28/05/2012