Christopher Ross dénude le royaume répressif de M6

Par Hakim Merabet 
Une fois de plus, le royaume du Maroc étonne le monde entier en décidant, unilatéralement, de retirer sa confiance à l’émissaire de l’ONU pour le Sahara occidental, Christopher Ross.
N’ayant pu faire chanter au diplomate américain sa rengaine préférée à savoir la pseudo «marocanité» du Sahara Occidental, le roi et son makhzen ont décidé de dire publiquement qu’il est fâché contre ce Christopher Ross, décidément non manipulable.
En effet, le gouvernement de sa majesté s’est fendu aujourd’hui d’un communiqué dans lequel il juge les décisions de l’envoyé personnel du SG de l’ONU de «partiales et déséquilibrées». «Les comportements contrastés de M. Ross s’écartent des grandes lignes qui ont été tracées par les négociations dans le Conseil de sécurité. Pour cela, le Maroc a décidé de retirer sa confiance à l’émissaire de l’ONU au Sahara occidental», souligne le communiqué cité par l’AFP.
Au-delà du caractère puéril qui consiste à pleurer contre le travail d’un émissaire Onusien qui plus est, est un ancien cadre du Département d’Etat, on notera que l’argumentaire du royaume prête presque à rire. Tout se passe en effet comme si c’est le Maroc lui-même qui fixe la feuille de route de Christopher Ross et non pas le SG de l’ONU qui l’a envoyé là-bas pour faire son travail.
A moins que pour le Maroc, «les lignes qui ont été tracées», sont finalement les siennes ; c’est-à-dire ne pas dépasser la ligne rouge qui consiste à remettre en cause la violation de légalité internationale et des droits de l’Homme dans les territoires occupés.
C’est en effet ce qu’a effectivement fait Christopher Ross en relevant avec beaucoup d’honnêteté les multiples violations des droits de l’Homme dont sont coupables les autorités marocaines contre les militants sahraouis.
Signe de panique à Rabat
En réalité l’envoyé spécial de Ban Ki-Moon est simplement «coupable» d’avoir fait un constat accablant mais authentique des souffrances du peuple sahraoui et a mis à nu le comportement très violent des forces armées royales et des barbouzes du makhzen.
Il est vrai que M6 n’apprécie pas que l’on lave le linge sale de sa monarchie en public. Il n’est pas non plus glorifiant qu’un monarque drapé abusivement du titre de «Commandeur des croyants» soit dénoncé aussi clairement d’être un oppresseur de ses frères sahraouis et néanmoins musulmans… On comprend alors pourquoi le rapport de Christopher Ross ne trouve pas grâce à ses yeux.
Oui, à Van Walsum non à Christopher Ross…
Sans doute aussi que le makhzen n’a pas pu corrompre le diplomate américain comme il a pu le faire avec son prédécesseur le Néerlandais Van Walsum qui n’a pas hésité à s’afficher juge et partie. Ce dernier, avait en janvier 2009, jeté la suspicion sur la mission de l’ONU censée être impartiale, en soutenant publiquement le plan d’autonomie du Maroc, oubliant qu’il a été chargé de préparer les conditions pour le tenue d’un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui…
Évidemment, le makhzen avait, on s’en souvient, apprécié comme il se doit le «travail» de Walsum. Il a même protesté contre son renvoi par le secrétaire général de l’ONU pour flagrant parti pris. Voilà donc l’arroseur qui s’en trouve arrosé.
Le Maroc dénonce maintenant un envoyé spécial du SG de l’ONU pour avoir tout simplement fait le travail dont il a été chargé en son âme et conscience. Or, Rabat n’aime pas ces diplomates incorruptibles qui rechignent à descendre dans les riads des milles et une nuit de Marrakech.
L’Américain Christopher Ross ne répond finalement pas au profil de diplomates adorés par Mohamed VI. Ceux qui acceptent de vendre leur âme au diable en contrepartie d’un pied à terre au pays de sa majesté. Le makhzen a dû se rendre à l’évidence que le casting de Ban Ki-Moon n’est pas à son goût même si l’acteur vient du pays de Hollywood…
En témoigne le dernier rapport présenté en avril dernier par le secrétaire général de l’ONU devant le conseil de sécurité. Un rapport qui a mis en lumière le travail de sape du Maroc contre la mission Onusienne dirigée par Christopher Ross.
Ross a touché là où ça fait mal à M6
Ce rapport avait précédé l’adoption, le 24 avril, d’une résolution du Conseil de sécurité prolongeant pour un an le mandat de sa Mission au Sahara occidental (Minurso), tout en demandant au Maroc « d’améliorer la situation des droits de l’Homme » dans ce territoire qu’il contrôle.
Dans sa résolution, le Conseil de sécurité « demande à toutes les parties de coopérer pleinement aux opérations de la Minurso, notamment en ce qui concerne sa liberté d’interaction avec tous ses interlocuteurs et de prendre les mesures voulues pour garantir (sa) sécurité ainsi qu’une totale liberté de circulation ».
Ban Ki-moon devra informer le Conseil au moins une fois par an des « difficultés » rencontrées par la Mission. Un rapport qui ne pouvait logiquement pas plaire au makhzen habitué à de simples remarques.
Le communiqué du gouvernement marocain pointe ainsi le comportement de M. Ross marqué, lit-on, par une «méthode déséquilibrée et partiale » de travail « dans plusieurs cas ». Mais aucune précision n’est faite s’agissant de ces comportements.
La vérité est que le chevronné Christopher Ross a fait preuve d’un grand professionnalisme. Pour un homme qui a servi au Département d’Etat américain, on ne pouvait le soupçonner d’être un pro sahraoui ou encore pro Algérien dès lors que les USA soutiennent sans réserve le plan marocain.
La seule explication à cette sortie hasardeuse du makhzen est que Ross a fourré son nez là où il ne fallait pas. Ou plutôt là où ça fait mal à la monarchie.
Algérie1.com, 18/05/2012