Le Maroc a-t-il espionné les Nations unies ?

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a évoqué dans un rapport la possibilité que le Maroc ait espionné une mission d’assistance de cette organisation internationale dans les territoires occupés du Sahara Occidental. L’agence de presse Reuters, qui a donné cette information, précise que le rapport de 28 pages concerne le dernier round de négociations entre le royaume chérifien et le Front Polisario qui s’est soldé comme les précédents par un échec. 
Dans son rapport, Ban Ki-moon relève que les forces du maintien de la paix des Nations unies, appelées Minurso, «n’ont pas été en mesure d’exercer pleinement» leurs différentes prérogatives. Il a interpellé le conseil de 15 pays pour l’aider, en réaffirmant le rôle confié à la Minurso dans le respect des normes du maintien de la paix tout en se prévalant de neutralité. Il a aussi appelé à assurer les meilleures conditions de travail pour les émissaires de l’Organisation. Des diplomates onusiens ont ainsi confié à Reuters qu’ils avaient rencontré des difficultés dans le cadre de l’exercice de leur fonction en raison de la présence d’espions marocains. Le rapport souligne «qu’il y avait des indications que (…) la confidentialité des communications entre la Minurso et le siège à l’ONU était, au moins dans certaines occasions, compromise». Le rapport suggère donc subrepticement que le Maroc a eu recours aux écoutes téléphoniques. 
Le SG de l’ONU rapporte en outre que les contacts entre les équipes civiles de la Minurso et la population locale sont toujours contrôlés par les autorités marocaines. Et encore selon Reuters, cette version du rapport aurait été édulcorée et la mouture originale était beaucoup plus critique vis-à-vis du Maroc. Le précédent projet rapportait que les mouvements de personnel des Nations unies étaient «étroitement surveillés avec un effet paralysant» sur son interaction avec les résidents locaux. Le Maroc aurait fait du lobbying pour ne pas faire passer ce rapport accablant.
Sonia Baker