L’économique pour suppléer le politique

Alger et Rabat veulent enterrer la hache de guerre : L’économique pour suppléer le politique
Alger et Rabat confirment de plus en plus la tendance au réchauffement de leurs relations bilatérales, tumultueuses depuis des années. Les deux pays font montre de bonne volonté de dépasser les obstacles et rebâtir leurs relations dans une conjoncture maghrébine bouleversée par les révolutions tunisienne et libyenne. L’envoyé Royal de Mohamed VI saura-t-il provoquer ce déclic qui veut que l’Algérie daigne lâcher du lest sur les questions de première importance ? La visite du ministre marocain des Affaires étrangères et de la Coopération, Saâd-Eddine El Othmani, quand bien même elle n’a pas réussi à aplanir les différends, concernant des dossiers aussi sensibles que la réouverture des frontières terrestres entre les deux pays ou la question du Sahara Occidental, aura permis en revanche de réaffirmer cette volonté de reconstruire les relations en accentuant la coopération économique. C’est ce qui ressort de la conférence de presse conjointe tenue par les deux chefs de la diplomatie, algérien et marocain, au premier jour de la visite du ministre Royal. D’ailleurs, Mourad Medelci parle de  » renaissance des relations fraternelles  » entre l’Algérie et le Maroc, tout en insistant sur la nécessité de garder un contact permanent entre les deux voisins.  » Notre stratégie aujourd’hui consiste à commencer par les questions sur lesquelles convergence il y a (…) les autres questions se feront dans la concertation bilatérale et la transparence totale « , s’est contenté de répondre Medelci, précisant que les relations algéro-marocaines seront traitées dans « une vision globale ». Le ministre marocain, pour sa part, a soutenu que « c’est l’heure de dépasser les contraintes », réaffirmant de son côté la volonté du Makhzen de refonder ses relations avec l’Algérie de manière à leur donner « un nouveau souffle ». « C’est inconcevable que les relations entre nos deux pays ne soient pas développées dans tous les domaines », a martelé Saâd-Eddine El Othmani, appelant les autorités algériennes à établir une feuille de route commune avec un suivi permanent et rigoureux à même de concrétiser les efforts de coopération bilatérale. « L’Algérie et le Maroc peuvent accomplir des rôles très importants sur tous les plans (…) le nouveau paysage maghrébin doit nous permettre de construire ce dont on a échoué d’accomplir dans le passé », a-t-il poursuivi. Concrètement, les deux parties ont convenu d’organiser des rencontres de « haut niveau » deux fois par année, de multiplier les échanges au niveau ministériel et d’élargir le champ de coopération à divers secteurs d’activité. Par ailleurs, le ministre marocain, après l’audience que lui a accordée hier le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, a été reçu également par Abdelaziz Belkhadem du FLN et Bouguerra Soltani du MSP. Une autre mission pour le ministre marocain, propulsé à ce poste de responsabilité après la victoire aux législatives de son parti islamiste pour la justice et le développement (PJD). Les islamistes algériens qui se frottent d’ores et déjà les mains, ne s’en doutent pas un instant de leur victoire en mai prochain. Cela passe, bien entendu, par une concertation préalable avec les vainqueurs des élections en Tunisie et au Maroc. Donc, la visite d’El Othmani revêt un autre cachet, celui de la nouvelle  » dynastie  » islamiste qui s’apprête à s’emparer du Maghreb, somme toute une remontée spectaculaire de la vague Verte.
M. A. C.
Les Débats, 25/1/2012