Mots clés : Union Africaine, Maroc, Sahara Occidental, RASD, partenariats de l’Afrique, format du Caire, format de Banjul,
L’adhésion du Maroc à l’Union africaine en janvier 2017 a rectifié la politique de la chaise vide qui avait conduit Rabat à se retirer de l’Organisation de l’unité africaine en 1984 après l’adhésion à la République arabe sahraouie démocratique.
Son absence de ce forum multilatéral a empêché le Maroc de participer à la refondation de l’organisation en 2001, lorsqu’elle est devenue l’Union africaine (UA). Elle l’a également empêché de prendre part aux initiatives régionales de développement pour l’Afrique comme le NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique) et les partenariats de l’Union Africaine avec divers pays et organismes.
Les 3 et 4 avril 2000, l’Union Africaine et l’UE organisent leur 1er Sommet au Caire où les amis du Maroc ont imposé la condition d’être membre de l’ONU pour participer à ce Sommet. Selon une note diplomatique marocaine, “ce ‘format du Caire’ n’a jamais existé de manière formelle. Il s’agissait d’un arrangement ad-hoc qui avait été trouvé en 2000 pour permettre la tenue du 1er Sommet du Caire et n’avait jamais été formalisé depuis”.
Depuis lors, le Maroc tente d’imposer ce critère en vue d’empêcher la RASD de participer à ces rencontres.
A l’occasion de la célébration du 4ème Sommet Afrique- UE tenu à Bruxelles les 2 et 3 avril 2014, Tagma se vante de ses exploits : “La délégation marocaine a réussi à imposer que le partenariat Afrique-UE entérine, de manière formelle et explicite, le « format du Caire », qui stipule que се partenariat doit impliquer l’Union européenne et l’Afrique et en fixe exclusivement la participation aux pays membres de l’ONU”. “Cela doit constituer désormais la référence pour « sceller » de manière définitive la pleine participation du Maroc à ce Partenariat”, indique-t-il.
Voici le texte intégral de cette note :
ROYAUME DU MAROC المملكة المغربيه
Ministère des Affaires Étrangères وزارة الشؤون الخارجية
et de la Coopération والتعاون
Direction Générale des Relations Bilatérales المديرية العامة للشؤون الثنائية
Le 24 avril 2014
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs de Sa Majesté le Roi en Afrique
et auprès des pays de l’UE
Objet: Note sur le Sommet Afrique- Union européenne.
J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que le 4ème Sommet Afrique- UE s’est tenu à Bruxelles les 2 et 3 avril 2014.
A cette occasion, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a adressé un Message Royal, dont la lecture avait été donnée par Monsieur le Ministre. Ce Message Royal a permis de conforter la position du Royaume du Maroc sur l’échiquier euro-africain et de consacrer la vision qu’il a constamment promue en faveur d’une relation bi-continentale équilibrée, solidaire et en perpétuel renouveau.
Par ailleurs, la délégation marocaine a réussi à imposer que le partenariat Afrique-UE entérine, de manière formelle et explicite, le « format du Caire », qui stipule que се partenariat doit impliquer l’Union européenne et l’Afrique et en fixe exclusivement la participation aux pays membres de l’ONU. Dans ce sens, la “Feuille de Route 2014- 2017” stipule que les Sommets, les réunions ministérielles, les réunions conjointes… se poursuivront dans le cadre du format agréé pour le partenariat Afrique-UE lors du Sommet du Caire ».
Sur ce sujet, il est important de rappeler que ce ‘format du Caire’ n’a jamais existé de manière formelle. Il s’agissait d’un arrangement ad-hoc qui avait été trouvé en 2000 pour permettre la tenue du 1 Sommet du Caire et n’avait jamais été formalisé depuis. Aussi, est-il important de relever qu’il s’agissait de la 1kre fois que le format du Caire est explicitement cité. Et cela doit constituer désormais la référence pour “sceller” de manière définitive la pleine participation du Maroc à ce Partenariat.
Cette assertion, inscrite dans la Feuille de Route et entérinée en tant que telle par les chefs d’Etat et de Gouvernement, a été stipulée après que la délégation marocaine ait déjoué les manœuvres des adversaires de notre pays qui voulaient imposer l’Union africaine, en tant que partie prenante de ce processus. Ces adversaires ont fait dans la surenchère et sont allés jusqu’à menacer l’UE de faire capoter Sommet, dans le cas où tous les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine, dont celui de l’entité fantoche, n’était pas invitée.
Egalement, la délégation marocaine a agi, de manière active, pour promouvoir les intérêts du Royaume concernant les dimensions ‘Paix et Sécurité’, ‘Mobilité et Migration’ et ‘Connexions entre les deux Continents’:
La Déclaration du Sommet « reconnaît et encourage les efforts entrepris par les pays riverains de l’Atlantique pour promouvoir la paix et la sécurité dans cet espace », en allusion aux efforts du Maroc qui abrite le Secrétariat Permanent des pays riverains de l’Atlantique. Sur le même chapitre, la Déclaration du Sommet et la “Feuille de Route 2014-2017” ont prévu la mise en œuvre de coopérations entre P’UE et les CER (communautés économiques régionales africaines) ainsi qu’avec les pays africains individuellement. Une telle assertion contrebalance le monopole de fait que l’Union africaine voulait exercer sur les questions de paix et de sécurité dans le Continent et ce, par le biais de son Comité de paix et de sécurité (qui est toujours présidé par un algérien). En échange, elle permet aux CER d’apparaitre comme des interlocuteurs à part entière de l’UE et de ses Etats membres en matière de paix et de sécurité.
Concernant la migration, la délégation marocaine a introduit un amendement qui garantit “une politique de retour efficace et concertée entre les pays d’origine, de transit et de destination». Une telle assertion permettra d’organiser les retours directs des migrants irréguliers subsahariens vers leur pays d’origine.
La Déclaration finale a adopté une disposition concernant la concertation entre les pays d’origine, de transit et de destination pour la gestion de la migration irrégulière; disposition qui permettra de mettre en avant le principe de la responsabilité partagée entre tous les pays concernés par la chaine migratoire. Il sied de rappeler aussi que le Sommet de Bruxelles a entériné une Déclaration séparée sur la migration et le développement.
De même, le Sommet a appelé à promouvoir les interconnexions dans les domaines du transport et de l’énergie entre les deux Continents; ce qui permettra de conforter la place du Maroc en tant que hub logistique multimodal entre l’Afrique et l’Europe et d’avoir accès au marché européen pour les énergies renouvelables, notamment solaire.
En conclusion, le Sommet de Bruxelles a été mis à profit par notre pays pour sceller sa qualité de membre à part entière de ce partenariat. Dans le but de conforter cette dynamique, mesdames et messieurs les ambassadeurs sont priés d’entamer les démarches qu’ils jugeront utiles auprès de leurs interlocuteurs d’usage, afin de leur réitérer l’engagement constant du Maroc dans ce cadre et également de susciter des réactions de leur part concernant le devenir de ce partenariat en termes de nouvelles initiatives et propositions d’action.
A toute fin utile, vous voudrez bien trouver sur les liens ci-après les documents suivants : le Message Royal; la Déclaration du Sommet; la Feuille de Route 2014-2017; le discours prononcé par Mme la Ministre déléguée à la réunion ministérielle.
Mais c’était aller trop vite en besogne. Dans une autre note, les diplomates marocains indiquent que “la participation du Maroc se heurte, cependant, à des tentatives répétées d’exclusion diligentées par la Commission de l’Union Africaine”, la sudafricaine Dlamini Zuma. D’après cette note, elle a reporté plusieurs réunions de partenariat.
« Le véritable motif concerne le format de la participation des pays africains à ces fora, en le calquant sur le Format de Banjul », dit-on. Et d’ajouter, « la CUA exige, en effet, de plus en plus ouvertement, et conformément aux décisions prises lors des trois derniers sommets, l’application du Format de Banjul aux différents forums impliquant l’Afrique ; ce qui, par voie de conséquence, exclut notre pays de toute participation à ce genre de rencontres ».
Texte de la note :
Note à l’attention de Monsieur le Ministre
Objet : Partenariats en relation avec l’Afrique.
J’ai l’honneur de porter à la connaissance de Monsieur le Ministre que, par quatre fois et en l’espace de quelques jours, l’Union Africaine (UA) a reporté, sine die, des réunions préparatoires ou de suivi entre l’Afrique et certains de ses partenaires bi-régionaux. Il s’agit de :
Une rencontre de concertation conjointe pour préparer le 3ème Sommet Pays Arabes-Afrique au Koweït, qui était prévue pour le 22 juin 2013 au Caire, a été ajournée à l’initiative de l’UA ;
Une réunion sur la Stratégie Conjointe du partenariat Afrique-Union Européenne, prévue les 20 et 21 juin 2013 à Las Palmas, a été annulée ;
Une réunion ad hoc du Groupe de travail sur les mécanismes de financement du partenariat Amérique du Sud-Afrique (ASA), qui était programmée les 20 et 21 juin 2013 à l’Ile Margarita au Venezuela, a été reportée pour la deuxième fois consécutive ;
La réunion de Haut niveau préparatoire du 2ème Sommet Afrique-Turquie, qui s’est déroulée le 19 juin 2013 à Addis-Abeba, n’a pas donné les résultats escomptés en termes de fixation des dates de réunion des instances préparatoires de ce partenariat, ni du lieu du prochain Sommet, prévu en 2013.
Aussi, est-il permis de penser que la nouvelle direction de la Commission de l’Union Africaine (CUA) souhaite orienter le volet partenariat de la coopération de l’Afrique vers le Plan stratégique de la Commission 2014-2017 et avancer ainsi l’agenda continental vers des projets sélectifs dans les domaines des infrastructures, de l’énergie, des transports, de l’industrie et de la santé.
Le report de ces réunions, au motif de tenir des consultations approfondies entre les pays africains, laisse peser de fortes présomptions que le véritable motif concerne le format de la participation des pays africains à ces fora, en le calquant sur le Format de Banjul.
La CUA exige, en effet, de plus en plus ouvertement, et conformément aux décisions prises lors des trois derniers sommets, l’application du Format de Banjul aux différents forums impliquant l’Afrique ; ce qui, par voie de conséquence, exclut notre pays de toute participation à ce genre de rencontres.
Aussi, sauf objection, un courrier circonstancié vous est proposé, en annexe, pour être adressé à nos Ambassades concernées par les différents partenariats en rapport avec l’Afrique en vue de les inviter à entreprendre les démarches visant à contrecarrer ces nouvelles manœuvres de la CUA.
Un aide mémoire, joint en annexe, est établi pour cadrer ces démarches.
Très haute considération
L’Ambassadeur,
Directeur des Affaires Africaines
Moh Ouali TAGMA
DOCUMENTS SOURCE :
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