Motc clés : Maroc, Mali, Gouvernement de Moussa Mara, président IBK, Sahel, Nord du Malim Azawad, Nord du Mali, crise économique,
Ambassade du Royaume du Maroc سفارة المملكة المغربية
Bamako
Date: le 21 avril 2014
A Monsieur le Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération
Destinataire Principal: Cab/1
Destinataire cc: MD-SG/4-DG7/3
Objet: lecture dans la composition du nouveau gouvernement malien
Réf.: M/L N° 535 et 558 des 12 et 16 avril 2014
Faisant suite à mes lettres citées en référence, j’ai l’honneur de vous faire part d’une lecture portant sur la composition du nouveau gouvernement malien, ainsi que sur les nombreux défis auxquels doit faire face, désormais, le nouveau Premier ministre.
De prime abord, je voudrais rappeler que la nomination, samedi 5 avril, de M. Moussa Mara à la tête du gouvernement est intervenue dans un contexte particulièrement difficile et tendu. Le processus de dialogue avec les groupes armés du Nord est en panne, l’économie est toujours en état de berne et peine à décoller, sans oublier les nombreuses pressions de la communauté Internationale qui cherche à être rassurée.
Notons aussi que le Président malien a choisi M. Mara non seulement par affection et confiance de longue date, mais pour ses compétences prouvées à travers son parcours. En effet, il a été le seul candidat malheureux aux dernières Présidentielles à figurer dans le premier gouvernement IBK, et il est aussi le seul candidat à avoir, lors de sa campagne électorale, détaillé et expliqué son programme basé sur des ambitions claires et mesurées.
L’un des paris de M. Mara est celui de la bonne gouvernance qui exige la transparence et la mise en place d’une véritable lutte contre la corruption. Il a aussi élaboré un plan de création de richesses assez convaincant de par la simplicité de sa mise en œuvre, et qui vise à faire décoller, l’économie malienne en triant les domaines d’activités à financer de manière urgente.
Toutefois, certaines réticences ou même des désapprobations ont été enregistrées ça et là à l’occasion de la constitution du nouveau gouvernement, vendredi 11 avril. Les Maliens s’attendaient à un gouvernement restreint. Mais, avec 31 ministres, ce n’est pas vraiment le cas. Beaucoup s’attendaient également à voir arriver des têtes nouvelles au gouvernement. Là encore, c’est la désillusion. Et, qu’ils soient déçus ou soulagés, les Maliens font en tout cas le même constat: le remaniement ministériel ne change pas vraiment la donne.
Le nouvel attelage gouvernemental formé, vendredi 11 avril, comprend 8 nouvelles figures dont le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, ancien ambassadeur du Mali à l’ONU et très proche du Chef de l’Etat. Il y a aussi Mamadou Hachim Koumaré, précédemment Conseiller du Président de la République qui devient ministre de l’Equipement, des Transports et du Désenclavement.
Un autre proche du Chef de l’Etat fait son entrée au gouvernement, en l’occurrence Mahamadou Camara, précédemment Directeur de cabinet à la Présidence de la République. Le 4ème nouveau membre du gouvernement proche du Président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita, est Madame N’diaye Ramatoulaye Diallo, membre du parti Présidentiel, le Rassemblement pour le Mali (RPM), qui hérite du département de la Culture.
Le 5ème proche du Président nouvellement arrivé au gouvernement est le directeur de campagne du Président Ibrahim Boubacar Kéita, et non moins 2ème adjoint au Secrétaire général du RPM. M. Abdoulaye Idrissa Maïga, qui devient ministre de l’Environnement, de l’Eau et de l’Assainissement.
Les 3 autres entrants sont issus des partis de la majorité Présidentielle. C’est le cas de Me Mountaga Tall, Président du Congrès National d’Initiative Démocratique (CNID), auquel on a attribué le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. C’est un dinosaure de la classe politique malienne qui a fait 3 mandats parlementaires. Housseïni Amion Guindo, Président de la Convergence pour le Développement du Mali (CODEM), membre de la majorité Présidentielle, est nommé ministre des Sports.
L’Alliance pour la Démocratie au Mali, le Parti africain pour la Justice et la Solidarité (ADEMA PAJS), l’ancien parti au pouvoir et membre de la majorité Présidentielle, a envoyé une nouvelle tête au gouvernement en la personne de Ousmane Sy, le « père de la Décentralisation au Mali » qui hérite du département de la Décentralisation et de la ville.
Comme on le voit, sur les 8 nouveaux entrants, 5 sont des proches du Chef de l’Etat et 3 sont issus des partis de la majorité Présidentielle. Et il y a lieu de souligner que le Premier ministre, Moussa Mara n’a aucun autre membre de son parti (Yélèma) dans le gouvernement à part lui-même. Et que le Président de la République et son parti, le RPM, s’octroient 23 portefeuilles sur les 31. Alors que 8 ministères reviennent aux partis alliés. De même, il faut noter qu’il n’y a qu’un seul ministre qui change de portefeuille, en l’occurrence, M. Zahabi Ould Sidi Mohamed, précédemment Chef de la diplomatie malienne, qui devient ministre de la Réconciliation nationale.
Parmi les ministres partants, il y a Cheick Oumar Diarra qui était ministre de la Réconciliation nationale et du Développement des régions du Nord. Il y aussi les deux généraux membres de l’ex-junte, à savoir Abdoulaye Koumaré qui était à l’Equipement et aux Transports et Moussa Sinko Coulibaly qui était à l’Administration territoriale. Ousmane Ag Rhissa et Bruno Maïga, respectivement ministre de l’Environnement et de l’Assainissement; et de la Culture dans le gouvernement précédent ont été aussi débarqués.
Malick Alhousseyni, précédemment ministre délégué chargé de la décentralisation quitte aussi le gouvernement de même que Madani Touré, ministre délégué chargé du Budget. Ce n’est pas tout car, Moustapha Dicko de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique; Jean Marie Sangaré de la Communication et des Nouvelles technologies de l’information et Nango Dembélé, ministre délégué chargé de l’Elevage de la Pêche et de la Sécurité alimentaire dans le gouvernement sortant, ont été eux aussi remerciés.
Reste qu’à part ces quelques changements, tous les poids lourds du gouvernement sortant conservent leurs portefeuilles, notamment Mohamed Ali Bathily, ministre de la Justice, Garde des Sceaux; Soumeylou Boubèye Maïga qui reste à la Défense ou encore le général Sada Samaké, un proche du Chef de l’Etat qui met d’ailleurs une autre corde à son arc, parce qu’en plus de la Sécurité, il se voit confier aussi l’Intérieur.
De même, Bocary Tréta, secrétaire général du parti Présidentiel garde le département du Développement rural. Moustapha Ben Barka, un proche de la famille Présidentielle, précédemment ministre délégué auprès du ministre de l’économie et des finances, chargé de la Promotion de l’investissement et de l’Initiative privée, hérite d’un ministère plein celui de l’industrie et de la Promotion des investissements.
L’ex-ministère délégué aux Affaires religieuses et du Culte devient un département à part entière et son titulaire reste le même: M. Thierno Amadou Omar Hass Diallo, un proche du Chef de l’Etat.
Ainsi, l’architecture gouvernementale n’a pas connu un grand bouleversement à part le fait que tous les ministères délégués ont disparu. Des ministères ont été aussi reconfigurés: le département de la Réconciliation nationale et du Développement des régions du Nord devient ministère de la Réconciliation nationale tout court. Le développement des régions du Nord est confié au département de la Solidarité et de l’Action humanitaire. L’Industrie quitte les Mines pour être rattachée à la Promotion des investissements de même que l’Eau abandonne le département de l’Energie pour se retrouver à celui de l’Environnement et de l’Assainissement.
Le département de l’Equipement et des Transports intègre désormais le Désenclavement. Le ministère de l’Administration territoriale prend le nom de l’Intérieur et est fusionné avec la Sécurité. Les Sports se détachent de la Jeunesse pour constituer un département à part alors que la Jeunesse et la Construction citoyenne sont ensemble. Le ministère de l’Urbanisme et de la Politique de la ville, précédemment occupé par Moussa Mara, est éclaté entre deux départements: l’Urbanisme et l’Habitat sont mis ensemble alors que la Politique de la ville est rattachée au ministère de la Décentralisation.
L’Intégration africaine fait partie désormais des missions du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Le département de la Fonction publique retrouve les Relations avec les institutions. Le Patrimoine s’ajoute au département des Domaines de l’Etat et des Affaires foncières. Le ministère du Plan et de la prospective se mue en département de la Planification, de l’Aménagement du Territoire et de la Population alors que le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, est aussi chargé des Droits de l’homme.
Au vu de ce qui précède, de nombreux observateurs estiment que le nouveau gouvernement est loin d’être une conception du Premier ministre Moussa Mara qui, voulant anticiper sur toute forme d’indiscipline gouvernementale, aurait dans sa première déclaration déjà mis en garde ses futurs collaborateurs. Moussa Mara pourra-t-il gérer à sa convenance les Soumeylou Boubèye Maïga, Mohamed Ali Bathily, Mme Bouré Fily Sissko, le général Sada Samaké, Me Mountaga Tall, Housséini Amion Guinda et Bocary Tréta ? Ceux-ci ne vont-ils pas le sous-estimer eu égard à son poids politique et à son âge ?
Par ailleurs, signalons que mercredi 16 avril, le Président de la République, lors du premier conseil de ministres du nouveau gouvernement, a dégagé la stratégie générale de la nouvelle approche de la gestion des affaires publiques. Le Président IBK a invité le gouvernement à maintenir les caps du triptyque “Dialogue – Paix – Réconciliation” et de l’ambition pour un “Mali émergent” et ce, en travaillant chaque jour, sans discontinuer ni tricher.
Il a aussi prévenu qu’il allait tenir le Premier ministre comptable du bilan de l’équipe avant d’ajouter: « Vous serez évalué, sans complaisance, au nom de l’obligation de résultat ».
“Je veux un Premier ministre sillonnant le territoire, touchant du doigt les problèmes de nos concitoyens, et me remontant en temps réel les préoccupations de la nation”, a encore insisté le Président IBK.
A l’issue de ce Conseil des ministres, le gouvernement malien a annoncé son intention de relancer les pourparlers de paix avec les groupes armés du Nord, précisant que des négociations politiques sur le statut territorial des régions du Nord, seront tenues prochainement sous l’égide d’un médiateur malien dont la désignation serait imminente.
Enfin, s’agissant des intérêts supérieurs de notre pays au Mali, cette Ambassade estime que la nomination de M. Moussa Mara au poste de Premier ministre ne pourrait être que bénéfique, car il a toujours fait preuve de beaucoup d’estime et de considération à l’égard de notre pays, au moment où il n’a jamais affiché d’affinités particulières vis-à-vis de nos voisins.
En tout cas, M. Moussa Mara n’est pas un proche de l’informelle et secrète coalition pro-algérienne au sein de l’ancien gouvernement malien, composée essentiellement du ministre de la Défense; des anciens Ministres de la Réconciliation nationale et dans une moindre mesure de celui des Affaires étrangères. Auxquels ministres il faudrait ajouter le Conseiller diplomatique du Président, ainsi que son Chef de Cabinet, devenu Ministre de la Communication, même si ce dernier ne s’est jamais positionné ouvertement en tant que tel.
En revanche, l’ancien Premier ministre, Oumar Tatam Ly, en plus de sa forte proximité avec l’ancien Ministre de la Réconciliation nationale, Cheick Oumar Diarrah, pro-algérien notoire, a toujours défendu, discrètement il est vrai, le principe de la primauté de la géographie dans la gestion des affaires étrangères, faisant ainsi allusion à la priorité qui devrait être accordée par le Mali aux relations avec ce pays frontalier qu’est l’Algérie.
Il sied également de signaler que M. Mara, qui s’était rendu dernièrement en visite de travail au Maroc, en est revenu avec des impressions extrêmement favorables l’ayant conduit à en parler devant le Conseil des Ministres et à encourager ses collègues à s’inspirer de l’expérience marocaine. Et, parlant longuement des résultats de sa visite au Maroc, il fut le premier responsable malien à annoncer à la presse l’imminence de Votre Visite historique au Mali au mois de février 2014.
Il reste à souligner qu’au vu de la pression que les lobbies algériens commencent déjà à exercer sur le nouveau Premier ministre, il serait vivement souhaitable d’entretenir et de fructifier les relations avec ce dernier, pour le tenir, tant que faire se peut, loin de la portée des parties hostiles à notre pays. A cet effet, une lettre de félicitation pour sa nomination sera la bienvenue et des échanges directs avec lui sont fortement recommandés.
Très hautes considérations
L’Ambassadeur
Hassan NACIRI

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