On en vient au fait

Le monde est en train de devenir moins hypocrite. L’irruption de la puissance nucléaire et spatiale russe va nous changer du discours qui domine jusqu’à présent. Il y a évidemment maldonne, depuis un certain temps, depuis que les Occidentaux se sont mis à jeter leurs bombes en dehors des zones consacrées. Les Russes se sont peut-être rappelés de l’expérience hitlérienne. Bien qu’Hitler était plus direct et n’usait pas de duplicité, quand il s’agissait d’agrandir son liebenstraum, son espace vital. Il y allait franchement sans raconter des histoires à dormir debout, sur les droits de l’homme, la démocratie ou la liberté. Ils se sont donc rendus compte qu’au rythme où cela va, ils risquent de se retrouver avec une quincaillerie qui n’aura servi à rien, quand celle des autres aura été rentabilisée dans la conquête de pas mal de territoires, de marchés à proprement dire. 

On dit que Poutine poussait derrière et que Medvedev voulait «coopérer», en croyant que le jeu allait être loyal. Mal lui en pris. Le coup de la «zone d’exclusion aérienne» en Libye a dû le faire s’étrangler de rage, sous les sarcasmes de Poutine. Le remake libyen, en Syrie, étant en train de se mettre en place, un verrou stratégique d’importance capitale risque d’être perdu. Les limites ont dû être atteintes. L’unipolarité est donc finie. Les Russes même affaiblis ont de solides arguments à faire valoir. Sans compter leur rapprochement avec une Chine, non moins ciblée à travers les «démocratisations» musclées. Medvedev qui a laissé massacrer les Libyens, se met à brandir ses missiles. Le débat s’est déplacé sur le champ de bataille réel. Le président russe a menacé de déployer ses missiles dans l’enclave de Kaliningrad et dans «d’autres régions» si la Russie et l’OTAN ne se mettaient pas d’accord sur le bouclier de défense anti-missile des Etats-Unis. Avec en prime un désengagement du nouveau traité START de non-prolifération nucléaire. En clair, ce qui a prévalu jusqu’à présent est remis en cause. 

Le Russe est limpide quand il s’explique : « … s’ils nous offrent de ‘’coopérer’’, ou, pour parler franchement, travaillent contre nos intérêts, nous ne pourrons pas parvenir à un terrain commun». Une façon de cesser de faire semblant d’avaler les couleuvres sur la «menace iranienne». Le héros de l’épopée en Libye, le chef de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, très «déçu» pense qu’il est devant une «réminiscence du passé» et que ce serait «incohérent avec les relations stratégiques» entre l’OTAN et la Russie. Il est le premier à réagir et à proposer «la coopération, et non la confrontation». Une façon de faire admettre que les bruits de botte de plus en plus forts n’existent pas. En attendant la suite de cette nouvelle situation, la flotte russe serait en voie de se déployer dans les eaux territoriales syriennes. On est bien sorti de l’hypocrisie, car les objectifs qui étaient cachés derrière l’agitation droitdelhommiste envers l’Afrique et certains pays arabes, sont mis au jour par la réaction de Moscou. En attendant celle de la Chine.

Par Ahmed Halfaoui

Les Débats, 6/12/2011