Le Maroc en guerre contre le Parlement Européen

Le Maroc refoule quatre eurodéputés

Le Maroc continue à imposer son black-out sur ses crimes au Sahara occidental. Après l’expulsion des observateurs indépendants, des représentants d’ONG et des journalistes, il est passé mercredi à celle des parlementaires européens.

Le Maroc a refoulé brutalement quatre eurodéputés représentant chacun un groupe parlementaire (les Socialistes, la Gauche unie, les Libéraux et les Verts), cinq assistants des autres groupes et un représentant de l’ONG Oxfam, dès leur arrivée à l’aéroport de Casablanca. Leur tort ? Vouloir se rendre à El Ayoune, la capitale du Sahara occidental occupée, pour une mission d’observation et s’enquérir sur place de la situation des droits de l’Homme. Et ce, conformément aux accords d’association avec l’Union européenne, qui imposent au Maroc le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, et à la résolution du Parlement européen de janvier 2013 qui exige la libération des 24 prisonniers de Gdeim Izik. Et le respect des droits de l’Homme au Sahara occidental, suite « aux graves violations » des droits de l’Homme, signalées par le rapporteur spécial des Nations unies pour le Sahara occidental et aux rapports d’Amnesty internationale et des organisations de défenses des droits de l’Homme. De retour à Bruxelles, les députés de l’Union européenne, qui ont « dénoncé » cette « humiliante » et « inacceptable » décision, ont interpellé le président du PE et la chargée des relations extérieures de la Commission « où plusieurs résolutions ont été votées pour dénoncer la violation des droits de l’Homme au Sahara occidental et au Maroc ». « Dans ma carrière de diplomate et, actuellement, d’Eurodéputé, je n’ai jamais vu un tel comportement », déclare Ivo Vajgl, le député slovène du groupe ALDE (Centre droite), qualifiant dans la foulée la lettre de l’ambassadeur du Maroc à Bruxelles, justifiant cette grave décision, de « chef-d’œuvre de mauvais comportement diplomatique ». Comme mesure de rétorsion, il demande, avec ses collègues, l’interdiction d’accès du diplomate marocain au Parlement. Vincent Ramon Gorles (Espagne) du groupe socialiste européen, relève l’« extrême gravité de l’acte » de refoulement. Les agents chargés de les refouler leur auraient signifié que « les ordres viennent d’en haut », dit-il. Isabella Lavin, une Suédoise du groupe des Verts européens, a qualifié l’attitude des autorités marocaines de « choquante, inadmissible et inacceptable ». Selon elle, le groupe des Verts au PE « continuera de réagir ». Brahim Ghali, l’ambassadeur sahraoui à Alger, demande au Parlement européen et l’ONU de réagir « fermement ». « Je condamne cet acte et j’espère que le Parlement européen, l’Union européenne et les Nations unies, y compris le Conseil de sécurité, réagissent d’une façon ferme quant à cette attitude », dit-il. Pour Mohamed Sidati, le ministre sahraoui délégué pour l’Europe, ce « très inquiétant » refoulement montre clairement que le Maroc « a quelque chose à cacher dans le territoire qu’il occupe en toute impunité ». L’Union européenne pourra-t-elle rester indifférente après l’expulsion de ses députés ? A New York, au siège de l’ONU, la situation des droits de l’Homme au Sahara occidental qui semble intéresser le Vieux continent a été, mardi, au centre d’une conférence qui a suscité un intérêt particulier. Parmi les présents, Christopher Ross, l’envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, les ambassadeurs des membres du Conseil de sécurité, dont Susan Rice, Mme Aminetou Haidar, Santiago Canton, directeur du Centre Robert F. Kennedy et Javier Bardem, l’acteur espagnol de renommée mondiale qui a projeté son film-documentaire, intitulé « Enfants des nuages : la dernière colonie », en signe de soutien à la cause sahraouie.

Djamel Boukrine

Horizons