Le gouvernement sahraoui confirme la piste d’Al Qaîda

«Les informations et les données dont disposent les autorités sahraouies concordent pour désigner Aqmi comme auteur de l’attaque terroriste et l’enlèvement des trois coopérants européens dans la nuit de samedi à dimanche, 22 octobre», a souligné, hier, le gouvernement de la Rasd dans un communiqué répercuté par l’agence de presse sahraouie SPS. Le Makhzen n’a pas attendu cette déclaration. Il a sa propre «interprétation». Aigri certainement par le fait de n’avoir pas été associé aux réunions concernant la sécurité au Sahel, le gouvernement marocain se «venge» comme il peut. «Il s’agit de la responsabilité d’un État et c’est l’Algérie qui en est le premier responsable», a déclaré Taïb Fassi Fihri lors d’un point de presse qu’il a conjointement animé avec son homologue espagnole, Trinidad Jimenez, à l’occasion d’une récente visite effectuée par cette dernière au Maroc.

Le patron de la diplomatie marocaine, frustré, a ensuite appelé à «une véritable coopération régionale qui ne soit pas limitée à quelques pays seulement» pour contrer les menaces d’Al Qaîda. Dès qu’une opportunité se présente pour faire la promotion de son projet d’autonomie pour le Sahara occidental et priver le peuple sahraoui de pouvoir s’exprimer librement quant à son avenir à travers la tenue d’un référendum d’autodétermination, le pouvoir marocain la saisit au vol. Quitte à remettre en question le début de dégel annoncé de ses relations avec l’Algérie et en exacerber une coopération moribonde, il ne recule devant rien pour escamoter et travestir les événements. C’est le cas pour les trois travailleurs humanitaires européens (deux Espagnols et une Italienne) enlevés dans la nuit de samedi à dimanche dans le camp de réfugiés sahraouis près de Tindouf où ils exerçaient. Un acte terroriste imputé à la branche maghrébine d’Al Qaîda ou à un des groupes terroristes qui lui a prêté allégeance. La prise d’otages n’a pas été encore revendiquée à l’heure où nous mettons sous presse.

Le ministre marocain des Affaires étrangères n’a pas hésité un seul instant pour pointer du doigt l’Algérie qui est à la pointe du combat de la lutte antiterroriste et qui a décidé de mener une traque implacable contre les groupes inféodés à la nébuleuse islamiste qui écument la région du Sahel. Souffler le chaud et le froid est devenu une culture pour le pouvoir marocain lorsqu’il s’agit de ses relations avec l’Algérie. En voici un aperçu: «L’heure de vérité a sonné pour dévoiler à la communauté internationale les affres de la répression, de l´intimidation, de l´humiliation et des tortures qui sont infligées à nos compatriotes dans les camps de Tindouf…», avait accusé Mohammed VI, le 6 novembre 2010 à l´occasion de la célébration du 35e anniversaire de la marche verte qui a marqué le début de l´annexion du Sahara occidental. Dix jours plus tard, son ministre des Affaires étrangères tenait un autre son de cloche. «Le Maroc reste attaché à la normalisation de ses relations avec l´Algérie, à l´ouverture d´un dialogue sérieux avec ce pays et à l´établissement d´une coopération fructueuse, sur la voie du raffermissement des relations bilatérales et de l´édification maghrébine», a assuré, le 15/10/2010, Taïb Fassi Fihri. Si le chef de la diplomatie marocaine n’avait en tête que de mettre en cause l’Algérie en ce qui concerne le rapt des 3 travailleurs humanitaires du camp de réfugiés sahraouis, la communauté internationale, de son côté, a fermement condamné cet acte terroriste tout en apportant son soutien au peuple sahraoui. «Nous exprimons notre soutien et notre solidarité avec les familles et les organisations pour lesquelles travaillent les trois coopérants enlevés, ainsi qu’avec le peuple sahraoui et son gouvernement», a souligné dans un communiqué l’Observatoire des droits de l’homme du barreau de Badajoz (Espagne).

L’Union européenne «condamne fermement cet incident et lance un appel aux responsables pour libérer immédiatement et sans dommages les trois otages», a déclaré Maja Kocijancic, la porte-parole de la Commission européenne pour la politique étrangère. Des prises de position sans bavures qui mettent en échec «l’offensive» du chef de la diplomatie marocaine.