Acheter la collaboration du Maroc pour contenir la migration ? Compliquer l’utilisation de l’aide dans la coopération en matière de contrôle des frontières
6 SEPTEMBRE 2022 | FOCUS | ANGLAIS

A chaque fois qu’une  » crise  » migratoire se déclare sur les côtes européennes, des propositions visant à utiliser l’aide pour freiner l’immigration irrégulière réapparaissent dans le paysage politique européen. L’hypothèse sous-jacente à cette proposition est que la promesse d’une aide supplémentaire (ou la menace de la réduire) peut effectivement inciter les pays d' »origine » et de « transit » réticents à coopérer plus étroitement avec l’Union européenne (UE) et ses États membres pour contenir les tentatives de franchissement irrégulier des frontières. Un examen plus approfondi de la mise en œuvre des projets financés par l’aide qui tournent autour de la migration révèle toutefois une histoire beaucoup plus complexe. Dans ce mémoire, je prendrai le cas du Maroc pour montrer que les pays  » d’origine  » et de  » transit  » n’accueillent pas toujours l’aide dans le domaine de la migration à bras ouverts (El Qadim, 2018). Les autorités locales et nationales réagissent différemment aux budgets d’aide en fonction de leur adéquation avec leurs priorités politiques nationales et domestiques, mettant en scène des réponses allant de la collaboration à la franche hostilité.


Le Sud en tant que sujet dans la coopération en matière de contrôle des frontières

Les chercheurs ont traditionnellement dépeint les pays non occidentaux comme des « objets » passifs dans les relations internationales, qui n’existent que par rapport ou en réaction à la politique étrangère et à la stratégie d’économie politique avancées par les pays occidentaux. Inspirés par la littérature post-coloniale et dé-coloniale, des travaux plus récents sur les relations internationales ont commencé à analyser la politique étrangère adoptée par les pays non-occidentaux en tant que telle, en considérant ces derniers comme des acteurs géopolitiques autonomes (Sabaratnam, 2011). Le fait de considérer le Sud comme un sujet élargit notre compréhension des acteurs et des stratégies de politique étrangère – le Nord n’étant qu’un des nombreux interlocuteurs avec lesquels les pays du Sud peuvent s’engager (Fiddian-Qasmiyeh et Daley, 2019). Plus important encore, une telle perspective élargit notre compréhension de la politique étrangère au-delà du binaire résistance/domination (Kutz, 2021). Être dans une position de dépendance structurelle conditionne mais n’empêche pas les pays subalternes de développer une stratégie diplomatique autonome (Fernández-Molina, Feliu et de Larramendi, 2019).


La recherche sur les frontières a suivi un schéma similaire. Les premières analyses considéraient les pays d' » origine  » et de  » transit  » comme des destinataires passifs des politiques d’externalisation des frontières. La littérature plus récente reconnaît que des pays comme le Maroc, la Turquie ou le Sénégal pourraient résister aux pressions de l’UE si l’adoption de mesures restrictives de contrôle des frontières entraîne des coûts financiers et politiques insoutenables. Un pays peut alterner coopération et non-coopération pour tenter de maintenir des alliances diplomatiques tout en tenant compte des pressions intérieures. Coopérer avec l’UE pour contenir la migration n’est donc pas nécessairement un marqueur de cooptation à l’externalisation des frontières. Il peut s’agir d’une stratégie visant à accroître la légitimité internationale, ou à accumuler d’autres ressources financières ou diplomatiques (Tsourapas, 2019).

L’aide en tant que contrôle des frontières en Méditerranée occidentale

La frontière entre l’UE et le Maroc est devenue de plus en plus sécurisée depuis les années 1970, lorsque les pays européens ont progressivement décidé d’imposer des visas aux ressortissants non-européens. La levée des contrôles aux frontières intérieures de l’UE a coïncidé avec une anxiété accrue pour sécuriser les frontières extérieures de l’Europe. De manière informelle, l’Espagne a commencé à rechercher la coopération du Maroc en matière de contrôle des frontières au début des années 1990. Après le Conseil européen de Tampere en 1999, la recherche de la coopération des pays tiers en matière de contrôle des frontières est devenue une politique établie de l’UE. Pour sa part, le Maroc a adopté en 2003 la loi 02-03, qui a criminalisé l’entrée et la sortie irrégulières du pays ainsi que sa facilitation. En septembre 2013, le Maroc a réformé son approche de la gouvernance migratoire en annonçant l’adoption d’une nouvelle politique migratoire « fondée sur les droits de l’homme ». La nouvelle politique migratoire comprenait deux campagnes de régularisation en 2014 et 2017, l’adoption d’une stratégie nationale pour l’immigration et l’asile (NSIA) en 2014 et le lancement de trois projets de loi sur la migration, l’asile et la traite des êtres humains. La nouvelle politique migratoire a recueilli le soutien de l’UE et de ses États membres. Toutefois, la mise en œuvre de cette politique n’a pas été à la hauteur de ses aspirations : la loi 02-03 n’a pas été réformée et la loi sur l’asile n’a pas été approuvée. Même si la violence à l’encontre des migrants s’est d’abord arrêtée dans les principaux centres urbains, elle est toujours restée répandue dans les zones frontalières, avant de reprendre même dans les grandes villes depuis l’été 2018.


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