Algérie. Mirage du désert

Algérie, chaleur, climatiseur,

par Abdelkrim Zerzouri

Ce n’est plus le prix de l’huile de table ou celui de la baguette de pain, ou encore un tout autre produit alimentaire, qui provoque la pression sur le front social, mais bien un produit de la gamme électroménager, en l’occurrence le climatiseur, qui fait des siennes par cette terrible canicule. Du Nord au Sud, plus marqués au Sud, en raison des chaleurs écrasantes, les appels de détresse des citoyens se multiplient sur les réseaux sociaux. «Citoyen cherche désespérément un climatiseur», c’est le titre du feuilleton de l’été 2022.

Dans les régions au nord du pays, pas épargnées par la canicule, le problème se pose pour les ménages moyens et à faible revenu, mais c’est dans les régions du sud du pays, au Sahara, que la situation est foncièrement critique. Avec des températures qui atteignent des pics insupportables durant pratiquement toute la saison d’été, le climatiseur n’est plus un luxe mais un moyen indispensable dans chaque foyer pour se rafraîchir. Mais avec des climatiseurs dont les prix ont grimpé jusqu’à 10 et13 millions de centimes, selon la puissance, soit une hausse de plus de 200 % en une année, il est devenu un mirage du désert. Comment en est-on arrivé à ce stade où le climatiseur est devenu un rêve irréalisable, alors qu’il n’y a pas si longtemps, on pouvait se permettre de l’installer sans grands soucis ? C’est à peu près la même histoire des véhicules.

Les usines locales de fabrication d’électroménager se contentaient d’assembler des kits importées, sans chercher à développer leurs activités, dont l’augmentation des taux d’intégration, condition sine qua none pour bénéficier des avantages accordés par l’Etat aux producteurs. Il s’est avéré que ces derniers se complaisent dans leur rôle de simples importateurs qui n’ont aucune ambition pour devenir de véritables industriels. Voilà la première «insuffisance» de la loi n° 20-313 fixant les modalités d’admission des opérateurs exerçant les activités de production des produits et équipements électroniques et électroménagers, au bénéfice du régime fiscal préférentiel, qui a, en même temps, serré la vis à l’activité de l’importation des kits et autres pièces en mettant en œuvre de nouveaux droits et taxes qu’on a répercuté sur le prix de vente aux consommateurs.

Il ne faut pas douter que la loi en question visait la création d’une concurrence entre les producteurs, qu’on croyait pousser ainsi à l’augmentation des taux d’intégration pour profiter des exemptions de droits et taxes, et faire baisser les prix des climatiseurs et autres produits électroménagers. Hélas, rien de cela ! Pourquoi, alors, ne pas revenir à la loi en question pour la modifier dans le sens de sa vocation recherchée ? Il est également à se demander pourquoi les producteurs locaux n’ont-ils pas pu développer le taux d’intégration des produits électroménagers ? Ainsi, revendiquer une baisse des droits et taxes reviendrait à mettre les pouvoirs publics devant le fait accompli.

Le Quotidien d’Oran, 18 juin 2022

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