Le Maroc finance des groupes anti-Polisario en Espagne-CNI-

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La pression exercée par le Maroc après la réception du chef du Front Polisario, Brahim Ghali, en Espagne, est passée par deux canaux, l’un judiciaire et l’autre médiatique. Un rapport « confidentiel » du Centre National d’Intelligence (CNI) indique que durant les relations tendues entre Madrid et Rabat, les services de renseignement marocains ont « harcelé » Ghali afin d' »entraver sa mobilité » et de « créer dans la presse un état d’esprit conforme à leurs intérêts ». Le document, auquel El País a eu accès, affirme que le Maroc a alloué « des ressources considérables, y compris des ressources économiques » pour réactiver les procès en cours contre le Front Polisario en Espagne et pour harceler le gouvernement de Pedro Sánchez afin qu’il prenne parti pour le Maroc dans la résolution du conflit sahraoui.

Dans le dossier annexé au rapport, le CNI inclut une liste d’associations et de groupes qui collaboreraient avec la Direction générale des études et de la documentation (DGED), c’est-à-dire le service de renseignement extérieur marocain. Le document affirme que Rabat fournit des fonds à certains groupes opposés au Front Polisario en Espagne et indique, entre autres, l’Association canarienne des victimes du terrorisme (Acavite), le Mouvement sahraoui pour la paix (MSP) et l’Association sahraouie pour la défense des droits de l’homme (Asadedh).

Selon le rapport des services secrets espagnols, la présidente d’Acavite, Lucía Jiménez, a demandé une aide financière au Maroc en 2012 pour « dénoncer le Front Polisario pour les crimes commis contre les Espagnols entre 1973 et 1988 ». Mme Jiménez dément catégoriquement ces propos et nie que l’association ait « jamais » reçu de l’argent du Maroc. « C’est une intoxication fausse et nuisible pour les victimes », se défend la présidente d’Acavite, qui affirme ne pas savoir pourquoi le CNI a pu les mêler à Rabat. Elle estime également « indécent » que les victimes soient utilisées dans des stratégies géopolitiques. Mme Jiménez, qui rejette catégoriquement toute relation avec le pays voisin, annonce qu’elle intentera une action en justice contre ceux qui prétendent qu’Acavite est financée par le Maroc ou lié à lui de quelque manière que ce soit.

Hach Ahmed impute la rédaction du rapport à un « loup solitaire » du service de renseignement espagnol.

Le secrétaire général du Mouvement sahraoui pour la paix, Hach Ahmed Baricalla, s’étonne de la « pauvreté » du rapport du CNI, car selon lui, il ne comprend qu’une liste de personnes qui se sont montrées opposées au Front Polisario. « Il s’agit d’un travail d’archives de journaux, ce n’est pas une enquête de renseignement », déclare Baricalla, qui souligne que le contenu « n’est pas très sérieux et ne correspond pas au prestige d’une institution comme le CNI ». Il estime que ce document pourrait avoir été produit par « un loup solitaire » du CNI et doute qu’il s’agisse d’un rapport authentique du service de renseignement espagnol, car « il n’apporte rien de nouveau ».

Le rapport précise que le MSP agit comme une « façade » pour les services secrets marocains. Hach Ahmed, qui est un ancien représentant du Front Polisario en Espagne, reconnaît qu’ils ont pu infiltrer son organisation, ce qui ne veut pas dire qu’elle soit « la façade de qui que ce soit ». Il exprime également sa préoccupation quant à la possibilité que derrière le document se trouvent « des secteurs conservateurs qui sont mal à l’aise avec la nouvelle position du gouvernement espagnol et la possibilité de résoudre le conflit au Sahara Occidental », parce qu’ils veulent que le Maroc « continue à être impliqué dans une guerre avec les Sahraouis ».

Le CNI rappelle que Fadel Breica, blogueur et militant sahraoui appartenant au MSP, a dénoncé avoir été torturé par le Front Polisario en juin 2019 dans les camps de réfugiés de Tindouf. Selon le rapport, Breica a effectué ce voyage sur instructions du Maroc dans le but de « provoquer » la direction du Polisario et de forcer son arrestation. En outre, le document affirme que les « seuls revenus » de l’activiste proviennent du service de renseignement extérieur marocain. Le secrétaire général du MSP précise que ces événements ont eu lieu un an avant la création de son organisation, il ne peut donc y avoir de lien entre les deux événements.

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