Algérie: L’amateurisme des agences de voyages

Algérie, agences de voyages,

Ce ne sont pas les beaux rivages qui font les belles plages, ni les belles chambres qui font les meilleurs hôtels, mais le bon accueil. Ce n’est pas aux belles formules, aux annonces alléchantes de faire les bonnes et sérieuses agences.

L’on ne peut dire de quelqu’un qui a bourlingué de gauche à droite, entre ciel et terre, de campagne en mer, pour qu’il ne puisse émettre loin d’un avis mais un constat sur ces vendeurs de voyages. Désolant, même frustrant frôlant tous les écarts des simples normes du métier de voyages. L’essentiel du professionnalisme peut se déceler, certes dans la possession d’un diplôme qui à son tour donne accès à un agrément. Mais tout cela reste en deçà des exigences cardinales que recommande l’exercice de cette profession. Faire voyager les gens n’est pas uniquement une billetterie ou la fixation d’un rendez-vous consulaire. C’est surtout créer le besoin d’une destination, rendre possible l’existence d’un instant au paradis terrestre.

Avec la pandémie, la fermeture des frontières et après des périodes successives de confinement ; la mobilité de l’algérien s’est transvasée vers ce que l’on appelle « le tourisme national». A la faveur de qui de nombreuses offres d’hôtellerie, de transport et de programmes variés de visites ont inondé la toile par des pages sponsorisées. L’offre étant parfois à la lire alléchante et le plus souvent emmerdante à la vivre. Le tourment commence dans le bus. Tapage, brouhaha et folklore hybride. Une fiesta roulante. L’agence délègue un «guide» qui fait bel et bien le rôle d’un receveur. Sans nulle formation de pouvoir adapter l’instant à l’humeur de tous les passagers, touristes d’un séjour. Tellement ces agences poussent à tout bout de champ que leur essentialité ne réside que dans le gain qui rend la concurrence sans règle déontologique ni savoir faire. On a beau sortir de Vatel, avoir un pignon puissant, la qualité n’est pas dans la masse des estivants mais dans le tact et au sein de la bonne communication. Ces agences de voyages banlieusardes d’un algérois donné n’ont plus l’honneur, pour certains du moins de représenter l’étendard national. Ils fabriquent la plus mauvaise image du pays moyennant quelques sous et au nom d’un tourisme que cache mal un misérabilisme criard. La courtoisie dans ce secteur était une marque déposée, sinon une profession dans la proximité des espaces touristiques. Elle glisse lentement vers une insouciance voulue. Ainsi nous sommes loin des standards universels en la matière pratiqués en Turquie, en Égypte au Liban où ailleurs.

Ainsi, si cette aubaine de regain s’avérait énergisante pour un secteur bien endormi dans ses langes, il serait d’un salut public que l’autorité le gérant ait le devoir d’assainir un peu cet essaim d’agences par des contrôles inopinés et l’imposition d’un cahier de charge prenant en compte le projet du citoyen touriste de sa naissance à sa finalisation. Un contrat doit être dressé entre les parties à chaque commande. Des arnaques existent. Des déceptions persistent et dissuadent tout futur rêve d’évasion et de villégiature.

Le contrôle ne devra pas se limiter à la conformité d’un agrément ou à une belle devanture, mais montera dans le bus, comparera l’offre à la réalité. C’est dire qu’être professionnel en tourisme, c’est juste d’être beau intérieurement, intègre sur tous les côtés. Néanmoins, rien ne peut se faire, dans une telle opération sans la symbiose de tous les acteurs. Si l’agence s’astreint à se ressaisir ; il reste très difficile à faire ressaisir le candidat au tourisme dans son savoir-être, sa culture de réaction et son comportement avec l’ensemble. L’on ne sait plus voyager ensemble.

Un agent voyagiste ne peut être n’importe qui. Il reste le dépositaire d’une confiance pour un service à rendre selon les termes d’un contrat détaillé à établir préalablement. L’on n’a vu dans ce répertoire hétéroclite que des sigles certes attrayants mais en réalité ne dévoilant que l’anarchie, l’esbroufe et le tic au tac de ceux qui les affichent. Rien du métier de faire aimer aux gens l’escapade, le repos et la béante détente. Il semble qu’un seul souci les concerne. Plus il y a de personnes, plus le bénéfice est conséquent. La quantité aux dépens, évidemment de la qualité, du service et du pouvoir rendre heureux autrui.

Tout cela pourrait s’expliquer par une longue frustration d’une jeunesse déjà sevrée à l’âge d’écolier de tout ce que leur a-t-on gravé comme tabous et interdits sociaux. C’est que ces week-ends organisés par ces agences offrent plus de liberté et d’extravagance, loin d’une société élevée au rang de censeur. Même certains établissements hôteliers s’arrangent dans la combine en ne demandant plus le lien de parenté pour les hébergés en commun. Parfois ça frise la dépravation publique. Il se peut qu’il existe une certaine indéfinition des valeurs morales entre une jeunesse tout sexe confondus et une tranche d’âge mature pétrie de référents que partagent pratiquement toutes les sociétés disons « évoluées «. Un adolescent qui fume ou prononce des insanités devant une personne âgée n’est plus un écart d’éducation, c’est une indécence caractérisée.

Pour ce qui est des lieux hébergement, les hôtels pullulent à la faveur d’un encouragement en termes d’investissement où les avantages fiscaux sont bénéfiques. Le nombre d’étoiles ne signifie rien en fait pour certains. Des foultitudes d’étoiles qui n’assiègent pas dans les frais de buanderie pour ne pas changer la literie quotidienne ou la lingerie de bain ne sont en fait que des clubs de colonie de vacances pour adolescents. Un regard attentif et correctif est à jeter dans les abysses impénétrables des ces lieux. Il ne doit plus s’agir de petites auberges ou de simples caravansérails. Toute étoile attribuée doit scintiller tant à la réception que dans la prise en compte des réclamations ou dans la pureté de l’air ambiant les piaules.

C’est à travers l’une de mes récentes pérégrinations que l’inspiration de la présente est venue titiller ma rage de dénonciation. Le calvaire du transport en commun est vécu non pas par la longueur du trajet d’Alger vers l’ouest, mais par la débandade régnant dans le bus et la désillusion fournie par l’organisateur. Le chauffeur qui utilise son portable, le « guide » qui danse et fait chanter les autres, le raï infecté et mal placé ne sont pas à recommander pour les familles ou les gens assagis qui demeurent en quête de quiétude et de tranquillité. A quand des séjours « spécial seniors » ?

Voilà que la destination, pour moi était meilleure que le trajet contrairement à mes habitues où je préférais l’inverse. Le « Doriane beach club » d’Ain Temouchent, « une ensemble de baraques » comme voulait le caricaturer son affable propriétaire est devenu une adresse que toutes les agences notamment algéroises s’en délectent au vu de la liberté du mouvement et d’accessibilité financière qu’il offre. Un endroit féerique qui se noie dans le brouhaha tantôt positif tantôt maléfique d’une différence de comportement. Une falaise que l’on a su apprivoiser pour la mettre à portée de main, une esplanade, un aquaparc, une belle piscine, des terrasses sont là agençant la récente néanmoins ancienne légende de ce beau rivage. Une belle aire de plaisance, de loisirs et de haute convivialité. Le maitre de céans est là, veillant au p’tit grain, à la moindre plante, à l’infime décoration. En soi, il est une marque déposée du label de son hôtel. Une belle tarte d’anniversaire est venue tempérer l’incompréhension du client que j’étais sur le paradoxe qui fait qu’une bouteille d’eau se cède à 100 dinars alors qu’un café moulu du distributeur est à 30 dinars.

par El Yazid Dib

Le Quotidien d’Oran, 02 juin 2022

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