La guerre du gaz: De l’Asie à l’UE, de l’Afrique à l’Amérique

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La guerre en Ukraine a de multiples effets secondaires, notamment la poussée des pays les plus dépendants des ressources énergétiques russes, à rechercher des sources d’approvisionnement alternatives ou à mettre en œuvre certaines de celles qui existent déjà.

Le gouvernement italien, ces dernières semaines, a donné mandat à certains de ses représentants de renouveler ou de signer de nouveaux contrats avec des partenaires internationaux pour écarter le spectre d’une crise énergétique profonde, en partie déjà en cours.

En conflit en Europe de l’Est, il se greffe sur le défi désormais éternel que se livre l’Afrique du Nord-Ouest qui voit l’Algérie, le Maroc, le Sahara Occidental, la Mauritanie et l’Espagne comme des acteurs directement concernés.

Les affrontements, les représailles et les soupçons ne se concentrent pas seulement sur la frontière près de Guerguerat mais aussi dans les relations diplomatiques et politiques entre les États concernés et au-delà.

Dans ce cadre géopolitique, le conflit russo-ukrainien a entraîné une hausse des prix du gaz et l’Algérie, ennemie historique du Maroc, a expressément menacé de suspendre les exportations de gaz vers l’Espagne si cette dernière l’avait acheminé vers le Maroc.

L’Espagne au cours des trois premiers mois de cette année a reçu environ 26% du gaz consommé par l’Algérie via le gazoduc GME (Maghreb-Europe) et a assuré, par l’intermédiaire de la ministre Teresa Ribera Rodriguez, que « pas une seule molécule du gaz arrivant au Maroc peut être attribué au gaz d’Algérie ».

Dans le même temps, Leila Benali, ministre marocaine de la Transition écologique, a déclaré que son pays s’apprête à acheter du GNL (gaz naturel liquéfié) sur le marché international pour être regazéifié dans les usines espagnoles puis redirigé vers les centrales électriques de Tanger et Ain Beni Mathar fermé il y a quelques mois, lorsque l’Algérie a coupé le flux direct montrant une détermination difficile à trouver ailleurs considérant qu’en plus de la suspension des relations diplomatiques, elle interdisait le survol des avions marocains à travers son espace aérien.

Le Premier ministre espagnol, après avoir reconnu que le plan d’autonomie proposé par le Maroc dans le conflit du Sahara occidental était la solution « la plus sérieuse, la plus réaliste et la plus crédible » en mars dernier, a suscité des dégoûts et des suspicions de la part de l’Algérie, à tel point qu’il Il faut désormais rassurer le ministre algérien de l’Energie, Mohamed Akrab, pour certifier et rendre publique l’origine du GNL acheminé vers le Maroc. N’ayant aucune obligation légale de le faire, le Maroc rendra-t-il ces informations publiques ? Peu probable.

On parle constamment du Qatar et des Émirats arabes unis comme sources d’approvisionnement alternatives avec lesquelles, en particulier ces derniers, Rabat entretient de bonnes relations et devrait s’approvisionner en gaz à prix réduit.

Le ministre Mohamed Akrab a en effet déclaré « toute expédition de gaz naturel algérien fourni à l’Espagne, dont la destination n’est pas celle prévue dans les contrats, sera considérée comme un manquement aux engagements contractuels et, par conséquent, pourra entraîner la résiliation du contrat qui lie Sonatrach avec ses clients espagnols ».

Alger est également irrité par le fait que le gouvernement espagnol va combler, par le biais du pipeline, le déficit énergétique dont souffre le Maroc depuis que le président Tebboune a fermé GME en octobre dernier.

Si l’Algérie suspendait ses exportations vers l’Espagne, l’Italie et la France seraient prêtes à augmenter ses importations et l’Espagne augmenterait ses réserves en acquérant du GNL aux États-Unis (par rapport au premier trimestre 2021, au cours de la même période de 2002, les importations en provenance des États-Unis ont augmenté de 460 %), payant cependant plus que ce qui provient du gazoduc Oran-Almeria (Medgaz) et qui ne nécessite pas de regazéification.

D’un côté, le gouvernement espagnol tend la main au gouvernement marocain « pour chercher une alternative à ses besoins électriques et industriels » et de l’autre il ne veut pas se priver du gaz d’Algérie, garantissant à ce dernier que le gaz qui finira au Maroc ne sera pas algérien.

« Nous aimerions avoir de meilleures relations que les relations actuelles. Nous n’avons pas peur d’une panne de gaz en provenance d’Algérie, mais nous espérons certainement que les choses iront mieux » , a-t-il déclaré ces derniers jours, lors de la douzième édition de la conférence « L’état de l’Union » (1) qui se déroule à Fiesole, la ministre Teresa Ribera Rodriguez.

Les fluctuations continues du gouvernement espagnol qui essaie de naviguer entre l’Algérie et le Maroc, en essayant de ne déranger personne, ont en fait de fortes possibilités d’irriter davantage les deux nations et de s’exposer à de nouvelles pressions de leur part ; pendant ce temps, l’Algérie a déjà réduit le flux de gaz dans le gazoduc Oran-Almeria et le Maroc continue de reporter l’ouverture des frontières terrestres avec Ceuta et Melilla et l’Espagne n’a pas encore activé le flux de gaz vers le Maroc (invoquant des raisons techniques) .

L’Italie reste à surveiller les développements de l’affaire dans laquelle, une fois de plus, le conflit oublié au Sahara Occidental est à l’origine de la crise algéro-hispano-marocaine et a des implications géopolitiques importantes non seulement entre l’Europe et l’Afrique.

En attendant, l’ONU poursuit sa mission (MINURSO) dans ces territoires, confiante dans un abaissement du ton de ces derniers temps entre les parties concernées.

1) « L’état de l’Union », conférence annuelle organisée par l’Institut universitaire européen, organisation intergouvernementale de formation et de recherche. Tedros A. Ghebreyesus, Josep Borrell Fontelles, Roberta Metsola, Jos Delbeke, Kristalina Georgieva, Petra De Sutter, Eva Fodor, Teresa R. Rodriguez, Paolo Gentiloni, Luigi di Maio participent aux 2022L’état de l’Uniondetravaux.

par Antonino Lombardi

Difesa Online, 14/05/22