Mali: Nécessité d’accompagner les sanctions d’une aide humanitaire

Mali: Nécessité d’accompagner les sanctions d’une aide humanitaire – Abdoulaye Mar Dieye, climat, paix et développement au Sahel, CEDEAO,

Déclaration de M. Abdoulaye Mar Dieye à la réunion de la Commission de consolidation de la paix sur les défis liés au climat pour la paix et le développement au Sahel

Excellences,

Chers collègues,

Je suis particulièrement heureux de vous rejoindre aujourd’hui depuis Dakar pour faire la lumière sur la situation au Sahel.

Je voudrais saisir l’occasion pour remercier le vice-président de la Commission de consolidation de la paix, SE l’ambassadeur Jose Blanco ainsi que l’ASG Elizabeth Spehar, qui est en ligne avec nous, et les collègues de PBSO, pour avoir organisé cette réunion opportune. Je tiens également à remercier mes collègues de l’OIM, de la FAO et de l’UNOWAS ; nos briefers de la société civile du Niger et du Mali ainsi que des représentants du G5 Sahel (ES Eric Tiare), de l’UA (Ambassadrice Fatima Kyari Mohammed) et de l’UE (Envoyée Emanuela Claudia Del Re). La liste des briefers d’aujourd’hui démontre l’énorme effort de coordination et les partenariats solides qui sont nécessaires pour garantir des résultats positifs au Sahel.



Excellences,

Ce sont des temps graves ! Le Sahel, objet de notre discussion aujourd’hui, subit des tensions supplémentaires, non seulement au niveau national et régional, mais aussi d’un point de vue international.

D’une part, les récentes transitions militaires dans la région ont encore restreint les espaces démocratiques et politiques. Les sanctions de la CEDEAO contre le Mali, si elles ne sont pas accompagnées d’une clause humanitaire forte et de solides mesures d’atténuation, exerceront une pression supplémentaire sur une situation économique et sociale déjà désastreuse dans toute la région.

D’autre part, la guerre actuelle en Ukraine pousse déjà à la hausse les prix du pétrole, du gaz et des denrées alimentaires dans le monde et aura sans aucun doute un fort impact sur les pays du Sahel. Cela créera probablement un effet d’éviction sur le financement humanitaire, singulièrement pour le Sahel, où les besoins humanitaires sont considérablement sous-financés à un taux faible de 20 à 25 %.

Ces faits alarmants rendent cette réunion du PBC d’autant plus opportune et je tiens à vous remercier tous pour votre engagement envers le Sahel et votre leadership dans la résolution des causes profondes de la crise dans la région.

La situation appelle des réponses édifiantes et solidaires.

Premièrement, il est crucial de préserver l’unité politique du G5 Sahel et de réaffirmer son rôle central pour relever les nombreux défis auxquels la région est confrontée. Ce faisant, nous devons élever notre partenariat programmatique avec le G5 Sahel ; grâce à un meilleur alignement de notre soutien collectif à son Programme d’Investissement Prioritaire (PIP).
Constatant l’importance et la centralité du G5 Sahel, je voudrais attirer votre attention sur la nécessité d’aborder le Sahel « à géométrie variable » : en effet, il faut regarder la région dans une perspective plus large, en incluant dans la politique et paramètres de sécurité, le Processus de Nouakchott et l’Initiative d’Accra.

Deuxièmement, il est essentiel d’intensifier notre financement structurel aux pays du Sahel dans l’esprit du Plan Marshall allemand avec l’Afrique, qui vise à promouvoir l’innovation et à exploiter le potentiel de la jeunesse africaine. Le drame du Sahel est que l’investissement global est chroniquement faible ; une moyenne de 16-18 % du PIB ; tandis qu’un plancher minimum de 24 % du taux d’investissement global serait requis.

À cet égard, les investissements structurels tels que l’Initiative de la Grande Muraille Verte de l’Union africaine et l’initiative Desert-to-Power de la Banque africaine de développement auront besoin d’un soutien plus fort pour une mise en œuvre à plus grande échelle.

Troisièmement, les initiatives en cours réussies mises en œuvre dans le cadre de la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel (SINUS) doivent être renforcées. Parmi ceux-ci, permettez-moi de mentionner l’initiative conjointe FAO-OIM sur la transhumance et la prévention des conflits soutenue par le Fonds pour la consolidation de la paix, l’initiative dirigée par le PNUD sur la stabilisation dans le bassin du lac Tchad et récemment dans la région du Liptako-Gourma, les agences des Nations Unies basées à Rome. appui à la résilience au Sahel. Toutes ces initiatives ont été vivement saluées par les chefs d’État et de gouvernement du G5 Sahel lors du sommet de N’Djamena en février 2021.

Ce que nous apprenons de ces initiatives, c’est que le fonds pour la consolidation de la paix est un outil utile grâce auquel nous pouvons tester de nouvelles approches en plaçant la prévention au centre du lien humanitaire/développement/consolidation de la paix et en investissant dans la participation et l’autonomisation significatives des femmes et des jeunes, ciblant les groupes à risque dans les zones frontalières et transfrontalières traditionnellement délaissées.

Excellences,

Nous devons agir avec un sentiment d’urgence et de solidarité. Par conséquent, nous devons investir dans le moteur le plus puissant qui transformerait le Sahel en une version meilleure et stable, à savoir l’éducation. Il n’y aura pas de Sahel paisible et prospère sans notre jeunesse, et n’oublions pas l’importance d’investir dans les jeunes filles. Le Sahel a besoin de tout le monde sur le pont et dans de nombreuses configurations, nous avons vu comment les femmes et les filles agissent comme une force motrice.

Investir dans la jeunesse n’est pas seulement une bonne économie et intelligente face au climat ; mais c’est un acompte pour un avenir stable, paisible et des plus prometteurs. Cela devrait alors être au cœur du Fonds de Consolidation de la Paix, singulièrement au Sahel.

Merci.

United Nations Integrated Strategy for the Sahel, 21/04/2022

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