Du gaz au Maroc : Une annonce en fanfare qui fait flop

Du gaz au Maroc : Une annonce en fanfare qui fait flop – Algérie, Chariot Limited, Predator Oil & Gas Holdings PLC, gazoduc Maghreb-Europe,

Des mois d’annonces mensongères, représentant les découvertes au Maroc de gaz naturel, faites début janvier par deux sociétés pétrolières britanniques, comme un événement important dans le monde énergétique, se sont soldées récemment par un fiasco.

Le royaume chérifien s’est vu même se vanter en devenant un puissant pays producteur et exportateur de gaz naturel. Il va être confronté à une cuisante déception : Les estimations sur les périmètres et gisements explorés ont révélé des découvertes de quantités modestes en gaz, qui n’arrivent même pas à compenser les approvisionnements – interrompues – algériens. En janvier 2022, deux sociétés pétrolières, Chariot Limited et Predator Oil & Gas Holdings PLC, toutes les deux prouvées au Royaume-Uni, ont annoncé de bonnes nouvelles sur deux permis au Maroc. Ces découvertes de gaz naturel ont fait couler beaucoup d’encre, mais ces derniers temps, des doutes ont été émis sur ces découvertes annoncées, y compris même de responsables gouvernementaux, malgré l’investissement par le Royaume de 2,92 milliards de dollars dans l’exploration.

Le Maroc est confronté à une pénurie de gaz après que l’Algérie a cessé de le pomper vers l’Europe via un gazoduc qui traverse le territoire marocain, depuis le 31 octobre dernier. Le royaume cherche à compenser les approvisionnements gaziers algériens en accélérant les investissements d’exploration gazière dans plusieurs régions du pays, mais en vain. Craignant une grogne de la population, le pays se prépare à recevoir les premières cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL) importé, le premier navire en transportant une quantité devant arriver dans les ports marocains d’ici la fin avril, selon des sources médiatiques. En novembre dernier, le Maroc avait annoncé dans un rapport du ministère des Finances dans le cadre de l’exercice budgétaire 2022, que « des travaux sont en cours pour créer une société qui gérera et développera l’infrastructure gazière nationale ».

La nouvelle société gérera le gazoduc « Maghreb-Europe ». Mais, le 13 avril, la ministre marocaine de la Transition énergétique, Leila Benali, a minimisé « l’importance des découvertes de gaz au Maroc ». « Les réserves confirmées de gaz naturel actuellement découvertes au Maroc n’ont pas encore atteint le niveau requis », a déclaré la ministre lors d’une réunion d’une commission parlementaire, qui annonce la fin définitive du rêve marocain de devenir un État gazier. Elle a ajouté : « Le niveau requis est d’au moins 30 ans d’exploitation et d’utilisation du gaz découvert, afin de garantir les besoins du développement durable ». L’économiste marocain Fouad Abdel Moumni a estimé que « ce type de découverte ne rassure pas et ne révèle pas le fait que le gaz est disponible en quantité commerciale tant qu’une production à grande échelle n’est pas réalisée ».

« Nous avons vu comment des entreprises étrangères ont prétendu qu’il y avait d’énormes gisements de pétrole dans l’est du Maroc. Après cela, il s’est avéré qu’il ne s’agissait que de manœuvres pour faire des gains rapidement », a-t-il déclaré à l’agence de presse turque « Anadolu ». Le 6 janvier dernier, le Conseil de la concurrence (organisme gouvernemental) a publié un rapport, à la demande du gouvernement, qui prévoyait que la demande de gaz naturel dans le Royaume passerait à 1,1 milliard de mètres cubes par an d’ici 2025. Le rapport indique que « les estimations révèlent que le taux de demande des consommateurs finaux pour le gaz naturel atteindrait environ 1,7 milliard de mètres cubes d’ici 2030 et environ 3 milliards de mètres cubes d’ici 2040 ».

La ministre marocaine de l’Énergie avait prévu en novembre dernier que la production de gaz naturel du pays atteindrait 110 millions de mètres cubes par an en 2021, contre 98 millions de mètres cubes en 2020. La consommation de gaz du Maroc est actuellement d’environ un milliard de mètres cubes par an. Le Maroc recevait des redevances de transit pour le gaz algérien, en plus d’une part de gaz pour répondre aux besoins de la consommation intérieure, avant que le président algérien ne décide fin octobre dernier de ne pas renouveler le contrat de fourniture de gaz à l’Espagne par le gazoduc Maghreb Europe (GME), « au regard des pratiques à caractère hostile du Royaume marocain à l’égard de l’Algérie » et ses « pratiques qui portent atteinte à l’unité nationale ».

Le Maroc a déclaré le 13 avril que le total des investissements dans l’exploration gazière et pétrolière dans le pays s’élevait à 28 milliards et 845 millions de dirhams (2,94 milliards de dollars), de 2000 à fin 2021. Cela est intervenu dans une intervention de la directrice générale de l’Office marocain des hydrocarbures et des minéraux (gouvernementale) Amina Benkhadra, devant une commission parlementaire à la Chambre des représentants (la première chambre du Parlement marocain). Benkhadra a ajouté que « 96 % des investissements pour l’exploration gazière et pétrolière au Maroc sont entièrement financés par les compagnies ». Les opérations d’exploration de pétrole et de gaz au Maroc courant 2021, ont touché une superficie totale d’environ 283 000 kilomètres carrés. Neuf permis d’exploitation et 53 permis d’exploration ont été accordés par le gouvernement marocain, dont 26 dans le domaine offshore et 3 permis de recherches, selon la ministre marocain de l’Energie.

Lahcen El Yamani, secrétaire général du Syndicat marocain du pétrole et du gaz, a souligné dans une déclaration à l’agence « Anadolu » que « les découvertes actuelles de gaz naturel au Maroc ne sont que des effets d’annonces et publicités ». « Nous n’avons pas été en mesure de fournir un stock stratégique de consommables. Cela n’a pas été réalisé sur le terrain, mais il est certain que le Maroc a besoin d’énergie propre pour produire de l’électricité », a-t-il regretté. Il a souligné que « la politique d’exploration du gaz et du pétrole dans le Royaume n’a pas porté ses fruits jusqu’à présent ».

Hamid Mechri

E-bourse, 20/04/2022

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