France-Algérie : Manœuvre imprudente de Paris

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Exercices militaires franco-marocains dans l’est du royaume alaouite – Manœuvre imprudente de Paris – Comment expliquer ce genre d’opération inopportune à un moment où Alger et Rabat sont en situation de quasi-guerre froide?

Les armées française et marocaine ont effectué des manœuvres dans l’est du royaume à quelque 600 kilomètres des frontières algériennes. Annoncés récemment par voie de communiqué par les Forces armées royales, ces exercices d’ampleur ont eu comme théâtre d’opération, la nouvelle région militaire, frontalière de l’Algérie, instituée par Rabat tout en assumant des visées belliqueuses. Le ton du communiqué annonçant la création de cette région militaire insinuait une probable escalade entre les deux pays. L’absence de toute réaction d’Alger a rendu la démarche marocaine presque insignifiante, n’était-ce ces dernières manœuvres franco-marocaines. Celles-ci qui ont député le 1er mars dernier et ne prendront fin que demain, ont lieu dans la région marocaine d’Errachidia.

Dénommé, «Chergui 2022», cet exercice est «mené dans le cadre des missions de défense de l’intégrité territoriale, visant à consolider les capacités de planification et le développement de l’interopérabilité technique et opérationnelle», rapporte un communiqué des FAR.

Lancées dans un contexte trouble et chargé d’électricité entre l’Algérie et le Maroc, les simulations de guerre auraient également pu passer inaperçues. Seulement, les Marocains y ont associé un allié et pas n’importe lequel. Et pour cause, la France que le sens du bon voisinage, en pareilles circonstances, aurait dû l’obliger à rester à équidistante des deux pays, lance un mauvais signal à l’Algérie. Comment expliquer ce genre d’opérations inopportunes à un moment où Alger et Rabat sont en situation de quasi-guerre froide?

Les autorités françaises peuvent toujours invoquer des exercices techniques. Sauf qu’il faut être aveugle et sourd pour ne pas y voir une manœuvre marocaine pour impliquer un pays tiers dans sa discorde avec l’Algérie, et entendre des bruits de bottes dans une région militaire spécialement créée pour faire face à l’Algérie. Ce n’est peut-être pas, à proprement parler, une immixtion dans la brouille algéro-marocaine, mais ces manœuvres disent des messages pas du tout réconfortants de la part de Paris. Surtout que le contexte géopolitique prévalant dans la région devrait inciter l’ensemble des partenaires de l’Algérie et du Maroc à éviter toute action susceptible d’être mal interprétée. En l’espèce, on ne peut pas avoir une autre interprétation que celle qui s’impose, à savoir que la France consolide son alliance avec le Maroc à un niveau tel qu’elle prend le risque de susciter de sérieuses interrogations de l’Algérie. Cette interprétation est tout à fait recevable, lorsqu’on la soupèse aux initiatives brutales du Maroc à l’endroit de ses voisins algérien et espagnol.

La diplomatie française, dont personne n’ignore la finesse et le savoir-faire international, ne saurait passer à côté de pareilles manœuvres militaires sans en évaluer les impacts et les conséquences sur l’état des relations stratégiques avec les partenaires de Paris dans la région. L’ambassade de France au Maroc a affirmé que «ces manœuvres sont conduites régulièrement dans le cadre de la coopération militaire entre les deux pays». Sauf que le lieu et le timing ne relèvent pas du hasard.

Il serait exagéré de parler d’un alignement français aux thèses que le Maroc développent, ces derniers mois, mais il y a tout de même dans l’attitude de la France, soit une légèreté incompréhensible compte tenu des enjeux régionaux, soit une incompétence dans la lecture de la géopolitique régionale. Dans les deux cas, la participation de l’armée française à ces manœuvres posent question.

L’Expression, 24/03/2022

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Saïd BOUCETTA