Deux rencontres avec les USA ont précédé le virage espagnol sur le Sahara

Deux rencontres avec les USA ont précédé le virage espagnol sur le Sahara – Sahara Occidental, Maroc, Pedro Sanchez, autonomie,

La numéro 2 de la diplomatie nord-américaine, Wendy Sherman, s’est rendue à Madrid et à Rabat dix jours avant l’annonce et en pleine crise due à l’invasion de l’Ukraine

Lorsque la secrétaire d’Etat américaine adjointe, Wendy Sherman, a terminé sa réunion à Rabat avec Nasser Bourita, ministre marocain des affaires étrangères, elle a parlé à la presse locale de l’avenir du Sahara occidental : « Nous continuons à considérer le plan d’autonomie du Maroc comme sérieux, crédible et réaliste ». C’était l’après-midi du mardi 8 mars. Ces trois adjectifs transcrits par l’agence marocaine MAP de la bouche du numéro deux de la diplomatie de Washington sont les mêmes que ceux que, dix jours plus tard et dans le même ordre, le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares, a prononcés devant les médias : le plan d’autonomie du Maroc est « la base la plus sérieuse, crédible et réaliste pour la résolution de ce différend ».

La femme qui s’est rendue à Rabat mardi est l’une des principales figures du parti démocrate américain et de l’orbite de Joe Biden. Ancienne conseillère de Bill Clinton, collaboratrice de Madeleine Albright au secrétariat d’État dans la période précédant le 11 septembre, superviseur de la politique à l’égard de la Corée du Nord, participant à la course aux armements nucléaires avec l’Iran… Sa présence dans la capitale marocaine, au plus fort de la tension mondiale liée à l’agression contre l’Ukraine, s’inscrit dans une chronologie parallèle et quelque peu inaperçue d’événements et de scènes avant que l’Espagne ne confirme l’abandon de sa position traditionnelle à l’égard de son ancienne colonie saharienne.

Le lundi 7 mars, Wendy Sherman s’est rendue à Madrid et a rencontré le ministre Albares. L’occasion était un séminaire bilatéral – qualifié de « haut niveau » par le ministère des affaires étrangères – sur la cybersécurité au siège du ministère. C’était aussi la première visite de Sherman en Espagne. Et pour ne pas parler que de cybersécurité, il a rencontré le ministre espagnol des affaires étrangères avec trois points à l’ordre du jour : la crise en Ukraine, le sommet de l’OTAN à Madrid et l’état des relations bilatérales entre l’Espagne et les États-Unis.

Le mardi 8 mars, Sherman s’est rendu à Rabat. L’occasion était le Dialogue stratégique Maroc-USA, un forum convoqué par les deux administrations. À la fin de la réunion, Sherman n’a pas seulement consacré des mots au Sahara, il a également parlé d’une coopération militaire accrue avec le royaume alaouite, notant que le Maroc a déjà participé à 100 exercices conjoints avec les États-Unis par an. À cette occasion, il a confirmé les préparatifs d’une nouvelle grande manœuvre militaire multinationale dans le nord du Sahara : African Lion 2022. Lors de l’édition 2021, contrairement à la coutume, l’armée espagnole était absente après que le Maroc ait tenté – sans succès – de faire le détail gênant qu’une partie des exercices se déroulerait en territoire sahraoui. Le Pentagone a dû le démentir.

Le 18 mars, lorsque Albares a confirmé le contenu de la lettre de Sánchez dévoilée par Rabat, la Maison Blanche a annoncé la nomination d’un nouvel ambassadeur au Maroc. Puneet Alwar succède à l’homme d’affaires David Fisher, qui a quitté Rabat en janvier 2021. Expert en politique de défense et en missions militaires étrangères des États-Unis, M. Alwar a été un acteur clé des négociations avec l’Iran pour mettre un terme à son expansion nucléaire. Il s’agit d’une nomination clé pour les sources de la Sécurité d’Etat, qui le considèrent comme visant à mettre fin au conflit avec le Polisario et à réparer le tampon de sécurité Sahel-Atlantique-Libye pour lequel le Maroc fonctionne comme le glacis de l’Europe.

El Periódico, 22/03/2022

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