Première tournée de terrain et test de crédibilité pour de Mistura

Première tournée de terrain et test de crédibilité pour de Mistura – Sahara Occidental, Front Polisario, Maroc, ONU, Staffan de Mistura,

L’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies et coordinateur de la mission onusienne au Sahara occidental (Minurso) a achevé hier soir sa première visite des camps de réfugiés sahraouis à Tindouf par un entretien officiel avec le président sahraoui et secrétaire général du Front Polisario, Brahim Ghali.

Depuis sa nomination le 6 octobre 2021, Staffan de Mistura clôt ainsi sa première mission de terrain, qui l’a d’abord menée au Maroc, et de contact avec les parties marocaine et sahraouie en conflit.
A partir d’aujourd’hui, l’envoyé spécial d’Antonio Guterres prévoit de rencontrer des responsables algériens et mauritaniens, Alger et Nouakchott étant considérés par l’ONU comme des pays observateurs dans l’épineux dossier de décolonisation du Sahara occidental. Ainsi, il aura achevé sa tournée inaugurale dans la sous-région avant de s’attacher à trouver des points de rencontre entre les parties en conflit, le Maroc considéré comme puissance occupante et le Polisario comme représentant unique et légitime des Sahraouis pour leur indépendance. Un périple qui a fait dire à l’ambassadeur sahraoui, Abdelkader Taleb Omar, son « optimisme », espérant toutefois que Staffan de Mistura « trouvera une solution à même de relancer le processus de paix ».

Dans la réalité, le diplomate onusien, contrairement à ses prédécesseurs, intervient dans le dossier sahraoui alors que le conflit est redevenu armé après que le Maroc ait rompu les accords de cessez-le-feu de 1991, en s’attaquant à des manifestants sahraouis dans la zone tampon de Guerguerat, le 13 novembre 2020. Pour résumer cette situation, le négociateur en chef, responsable du secrétariat de l’organisation politique du Front Polisario Khatri Addouh, a rappelé samedi 15 janvier que « la visite de De Mistura intervient à un moment important où la situation est complètement différente de ce qu’elle était il y a deux ans ». « Nous sommes actuellement, a-t-il précisé, dans une situation de confrontation militaire et de blocage du processus de règlement pacifique du conflit ».

Ce qui n’a pas changé, c’est la position du Polisario à revendiquer la solution d’un référendum d’autodétermination comme seule issue possible au conflit, par ailleurs conforme aux résolutions des Nations unies. « L’échec de toutes les entreprises par le passé est dû à l’entêtement du régime marocain et à son refus de respecter la légitimité internationale et le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance, en connivence avec des pays influents au sein du Conseil de sécurité de l’ONU », a commenté, à ce sujet, le responsable sahraoui Khatri Addouh. « Les Sahraouis acceptent le référendum comme solution médiane entre leur revendication légitime à travers leur lutte pour asseoir la souveraineté sur l’ensemble du territoire de la République sahraouie, d’une part, et la proposition marocaine illégitime d’annexion des territoires sahraouis, d’autre part », avait déclaré avant lui, et avant l’arrivée de Staffan de Mistura dans les camps sahraouis, le représentant du Front Polisario à l’ONU et coordonnateur avec la MINURSO, Sidi Mohamed Omar.

Entêtement marocain et refus de respecter la légitimité internationale

En Face, le Maroc ne parle de que de son « initiative d’autonomie ». Selon un communiqué de la diplomatie marocaine publié jeudi 13 janvier à l’issue d’une rencontre entre le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et Staffan de Mistura, Rabat a déclaré réaffirmer son attachement « à la reprise du processus politique conduit sous l’égide exclusive de l’ONU pour parvenir à une solution politique sur la base de l’initiative marocaine d’autonomie, dans le cadre du processus des tables rondes, en présence des quatre parties (le Maroc, l’Algérie, le Front Polisario et la Mauritanie) ». Une solution qui ne cadre pas avec toutes les résolutions onusiennes sur le territoire du Sahara occidental, considéré comme éligible à la décolonisation, mais qui est soutenue par de nombreux pays membres du Conseil de sécurité dont la France et les Etats-Unis qui, d’ailleurs, ne sont pas encore clairement exprimés sur la remise en cause ou non de la décision prise par l’ancienne administration Trump d’ouvrir une représentation consulaire dans les territoires sahraouis dans le sillage de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël.

La première tournée de Mistura dans la région s’inscrit dans le cadre de « la mise en œuvre de la résolution 2602 du Conseil de sécurité, adoptée le 29 octobre 2021, dans laquelle l’instance exécutive de l’ONU réitère son appel à toutes les parties à poursuivre leur engagement dans le processus des tables rondes, dans un esprit de réalisme et de compromis, pour parvenir à une solution politique, réaliste, pragmatique et durable basée sur le compromis », lit-on dans le communiqué d’annonce de la visite de l’envoyé spécial par l’ONU.

Un « compromis » difficile à trouver dès lors que les Sahraouis restent déterminés à ne pas monnayer la solution du référendum de l’autodétermination et dès lors que l’Algérie a déjà déclaré qu’elle n’acceptait pas en tant que pays observateur le principe des « tables rondes », un procédé qui ferait oublier que les négociations concernent avant tout les parties belligérantes, occupant marocain et indépendantistes sahraouis.

Pour rester dans le discours de la diplomatie, le porte-parole du Secrétaire général des Nations unies, Stéphane Dujarric, avait déclaré, lors d’une conférence de presse tenue mercredi 12 janvier, que Staffan de Mistura « avait l’intention d’entendre les points de vue de toutes les parties concernées sur les moyens d’avancer vers une reprise constructive du processus politique sur la région du Sahara». C’est désormais presque fait. Attendons la suite.

Par Kahina Terki

Reporters, 17/01/2022

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