France: L’Islam au cœur de la campagne présidentielle

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– Si la campagne électorale pour la présidentielle 2022 a déjà commencé pour certains candidats, de droite comme de gauche, il existe une thématique qui occupe déjà le terrain et les débats, celle de l’islam en France.
Les Français vont, comme tous les cinq ans, élire en avril prochain, leur nouveau président. Si la campagne électorale a déjà commencé pour certains candidats, de droite comme de gauche, il existe une thématique qui occupe déjà le terrain et les débats, celle de l’islam en France.

L’islam est-il compatible avec les valeurs de la République ? Les musulmans ont-ils des pratiques séparatistes ? Les mosquées sont-elles des lieux de radicalisation ? Doit-on interdire les prénoms musulmans ? Le débat public est en effet gangrené par des questions identitaires, qui mettent principalement en lumière, un rejet et une islamophobie quasi-pathologique qui conduit inexorablement à la construction d’un problème musulman dans l’imaginaire collectif.

Si les postures islamophobes sont le lot de toutes les élections, qu’elles soient nationales, ou plus locales, la présidentielle revêt un enjeu très particulier, à fortiori dans le contexte très compliqué vécu par les musulmans dans l’Hexagone.

Entre les dissolutions d’associations de lutte contre l’islamophobie, les fermetures administratives de mosquées ou encore l’adoption récente de la très controversée loi contre le séparatisme, les derniers mois ont été destructeurs pour le tissu associatif musulman comme pour les simples fidèles.

Les élections qui arrivent sont évidemment de nature à entretenir les débats, les crispations et les postures outrancières, à l’heure où la visibilité de l’islam fait constamment l’objet de débats houleux.

« Cette élection révèle effectivement une cristallisation des esprits sur les musulmans et plus particulièrement une problématisation du fait musulman par la classe politique française et les médias », analyse Elias d’Imzalène, fondateur du site Islam&Infos.

Il estime que « si l’ambiance délétère islamophobe était déjà bien présente, la candidature d’Eric Zemmour a définitivement focalisé les débats sur les musulmans » et qu’il est « ainsi devenu impossible de parler politique en France sans être ramené à des polémiques inventées de toutes pièces » pour rendre la présence musulmane problématique « sans qu’on puisse véritablement en imaginer les limites ».

Elias d’Imzalène, qui est engagé depuis plusieurs années dans la lutte contre l’islamophobie, pointe, par ailleurs, l’absence de réactions de la gauche, et ses dérives laïcistes.

« Avec les communistes félicités pour leurs positions courageuses par des anti-musulmans, les socialistes en flirt constant avec le Printemps républicain connu pour ses positions islamophobes radicales et la France Insoumise constamment sommée de s’expliquer, souvent honteusement, sur sa participation à la grande manifestation contre l’islamophobie de 2019, on peine à entrevoir un début de soutien franc et sincère à une communauté musulmane continuellement stigmatisée et prise pour cible quotidiennement », tranche-t-il.

Pour Rafik Chekkat, avocat marseillais, et spécialiste des questions d’islamophobie, « un vent mauvais souffle sur les droits et libertés en France » et « les personnes musulmanes sont prises en pleine tempête ».

Il souligne que « le Président sortant a été élu confortablement il y a 5 ans sur la promesse du barrage à l’extrême-droite, un quinquennat sécuritaire et islamophobe plus tard a transformé la campagne présidentielle en cours en une véritable primaire d’extrême droite ».

« Les 4 candidats placés actuellement largement en tête des sondages (le Président compris) ont fait des thèmes de l’islam et de l’immigration (couplés à ceux de l’insécurité et du terrorisme) leurs principaux arguments de campagne » note Maître Chekkat, selon qui ils « rivalisent d’ingéniosité pour savoir lequel va se montrer le plus intransigeant envers les musulmans ».

Il est évident au vu de la couverture médiatique qui lui est dédiée, que le candidat « Éric Zemmour, s’est à ce jour distingué » de ses concurrents « en évoquant notamment la possibilité de déporter les populations musulmanes jugées selon lui inassimilables ».

Malgré les tergiversations de la gauche, dont Anne Hidalgo, candidate socialiste, qui s’est récemment placée en défenseure de la cause des musulmans pour son premier meeting de campagne, les musulmans ne semblent pas amnésiques et se souviennent du sort qui leur a été réservé durant le quinquennat de François Hollande.

Les chiffres font état de près de 5 mille perquisitions sur des familles musulmanes après l’Etat d’urgence décrété au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, à l’initiative du gouvernement socialiste, et ont marqué les esprits.

« La construction du problème musulman sert ainsi de trame à la campagne en cours sans qu’aucune force politique ne soit en capacité (ou n’ait la volonté) d’inverser cette tendance », conclut Rafik Chekkat.

Contactée par l’Agence Anadolu, Maha Tazi, doctorante en études culturelles, fait à cet effet un lien entre la situation française et celle qui est vécue ailleurs dans le monde avec notamment « l’instrumentalisation de la question noire aux Etats-Unis » et « celle de la question identitaire en Allemagne avec les réfugiés ».

Considérant que ce n’est « pas un phénomène qui est propre à la France », elle pense qu’il « faudrait créer une conscience transnationale qui dépasse les frontières » et qui pourrait s’articuler dans un premier temps « au niveau européen ».

Cette chercheuse, qui travaille sur les questions d’islamophobie, note enfin que « les problématiques identitaires ont toujours été soit cooptées soit récupérées à des fins politiques » sans qu’à aucun moment, on n’ait pu assister à « un dialogue honnête avec les minorités musulmanes ».

Selon Maha Tazi le phénomène relève « d’une polarisation complète avec d’un côté Eric Zemmour » et tout ce qui relève de la cooptation, et « d’un autre côté la récupération qui est également une forme d’instrumentalisation qui se doit d’être dénoncée ».

AA/Nice/Feïza Ben Mohamed

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